Le procureur de la République à Grenoble Jean-Yves Coquillat a proposé mercredi de mieux armer la justice face au phénomène des tueurs en série, avec notamment la création de fichiers permettant de recenser de potentielles victimes.

Le magistrat grenoblois est chargé du dossier de la disparition de la petite Maëlys en août, pour laquelle un suspect, Nordahl Lelandais, est poursuivi et détenu pour « meurtre ». Lelandais est aussi mis en examen, à Chambéry cette fois, pour « assassinat » dans l’affaire du caporal Arthur Noyer, disparu en avril et dont des ossements ont été retrouvés en Savoie.

La « difficulté d’identifier un serial killer ». Lors de l’audience solennelle de rentrée du tribunal de grande instance de Grenoble, Jean-Yves Coquillat a souligné « la difficulté d’identifier un ‘serial killer' ». Le magistrat avait déjà eu à instruire en 1988 le cas d’une des victimes (violée mais vivante) du tueur en série Pierre Chanal. Pour Jean-Yves Coquillat, les enquêtes sur un ‘serial killers’ sont rendues complexes par « la difficulté d’identifier ou même de découvrir les victimes » quand les corps ont disparu, « la durée très longue de l’activité criminelle qui souvent ne s’arrête qu’avec l’arrestation ou la mort » du tueur, et enfin « l’adaptation insuffisante de l’institution judiciaire face à ce phénomène ».

Le magistrat plaide pour la création de deux fichiers. Pour mieux détecter un tueur en série, « il faut d’abord identifier ses victimes »: Jean-Yves Coquillat plaide donc pour la création « d’urgence de deux fichiers qui n’existent pas », dont la gestion serait confiée au ministère de la Justice et non à celui de l’Intérieur. D’abord, pour les tueurs en série qui font disparaître les corps, un « fichier des personnes disparues », qu’elles le soient de manière inquiétante ou non, car disparaître en France est un droit de toute personne majeure. Pour ceux qui ne prennent pas cette peine vis-à-vis de la dépouille de leur victime, un « fichier des personnes décédées de mort violente » pourrait permettre de « faire des rapprochements pour découvrir des phénomènes de sérialité », sur la base de critères de géographie, du modus operandi…

Prévoir un « mécanisme de regroupement des procédures ». Après la détection, le traitement du dossier peut être « amélioré », selon Jean-Yves Coquillat, par plusieurs mesures. « L’allongement de la détention provisoire » en est une: il répondrait à la complexité de ces affaires, surtout quand la personne est suspectée dans des dossiers distincts. Sur ce dernier point, il faudrait « prévoir des mécanismes pour le regroupement des procédures même en cas de désaccord des juges d’instruction ou des parquets », sur des « critères objectifs » à définir (nombres de victimes ? solidité des preuves ?). À défaut, « il faut que des juges de différents ressorts puissent travailler ensemble » et une « co-saisine de juges de tribunaux différents pourrait être inventée ».

Avec  AFP

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