Narbonne : Il tente d’étrangler sa femme, 18 mois de prison

Lors de la dernière journée du procès, hier au Palais de Justice de Carcassonne, les parties civiles de la victime sont intervenues pour dire qui elle était et exprimer le ressenti des familles.

Durant les deux premières journées de ce procès aux Assises, la place avait été laissée à l’accusé, Karim Koibich, 50 ans, pour s’expliquer sur le geste qui l’a amené à étrangler sa femme, Nacera. Les débats se sont clos hier matin. «Malgré les efforts de la Cour et sa patience», a expliqué l’avocat général, Florence Galtier, les explications ne sont pas venues. Alors pour cette dernière journée, ce sont les parties civiles qui ont eu droit à la parole pour dire qui était la victime et exprimer le ressenti des familles. Contrairement au portrait, parfois à charge, dressé par l’accusé, Me Mohammed Essaqri, pour les intérêts des proches, a présenté aux jurés un autre aspect de la défunte : «Une femme attentionnée, aimante, qui a vécu dans une prison de verre avec une infidélité supposée. Tous les témoignages convergent en ce sens : elle a pris des coups toute sa vie, il y en avait encore sur son cadavre».

Dès le premier jour du procès, l’accusé a rappelé qu’il avait toujours été amoureux de sa femme. Mais Me Hichem Laredj a corrigé : «Non, ce n’est pas un crime d’amour, ce n’est pas non plus un crime passionnel, comme on a pu le lire, votre amour-propre et votre ego ont été touchés. Puisque Nacera ne pouvait plus être à vous, elle ne pouvait être à personne d’autre».

Dans sa plaidoirie, Me Philippe Calvet a littéralement porté la voix du jeune garçon qui a perdu sa mère alors qu’il n’avait que 10 ans : «Je m’appelle Medhi. Ma mère m’a offert un ordinateur pour Noël. Papa donne des coups de pied, il frappe fort. Je crois que Maman a peur. J’ai 10 ans, mais je sais ce que ça veut dire d’être jaloux. Hier, elle devait être là vers 19 h. A 21 h, c’est Tonton qui a appelé. J’ai pleuré. Même Papa ne répondait pas. Au commissariat, on m’a dit que Papa a tué Maman».

«L’intention de tuer»

Le grand frère, Hakim, 24 ans, est actuellement en détention. «C’est entre quatre murs qu’il a appris le décès de sa mère», a plaidé Me Sarah Hunot, du barreau de Toulouse. «Il est également victime car on lui a enlevé sa mère».

Florence Galtier, l’avocat général, est revenue sur l’audience de la veille, lorsque les photos de la victime allongée sur la scène de crime ont été projetées dans la salle. Elle s’adresse alors à l’accusé : «Vous n’avez pas eu de réactions, je vous ai regardé. Le plus inquiétant est votre manque d’empathie, même pour le devenir de vos enfants». La magistrate n’a pas cru aux «flashs» qui auraient obscurci la mémoire de l’accusé au moment des faits. Elle reprend les éléments du médecin légiste pour démontrer «l’intention de tuer». «Vous avez exercé une pression de 5 kg avec l’écharpe. Entre 15 et 30 secondes, il se peut que votre femme ait perdu conscience. La pression est maintenue, on voit la marque d’abrasion. Vous avez parfaitement constitué ce crime». L’avocat général a requis 20 ans de réclusion criminelle.

Pour la défense, Me Sébastien Leguay, il faut comprendre ce qu’il s’est passé dans cet appartement : «Mon client était dans un état affectif émotionnel anormal. Ce n’était pas Nacera qui était face à lui, c’était en fait la fin de son existence à lui. C’est lui qu’il a voulu étrangler». Quant à la mesure sécuritaire du parquet, l’avocat a considéré «qu’il y avait un risque illusoire de récidive». L’accusé a eu la parole en dernier : «C’est vrai que j’aurais dû parler, c’est difficile pour moi. J’ai du mal à parler, je tremble. Je demande pardon à la partie civile».

Le verdict a été rendu après trois heures de délibération. Karim Koibich a été condamné à 18 ans de réclusion criminelle.

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