Stop aux féminicides pour le pape !

De notre envoyé spécial à Trujillo (Pérou)

Ce mot, le pape François ne l’avait encore jamais prononcé publiquement. «Féminicide». Il l’a utilisé pour la première fois, samedi soir, sur la place colorée de la ville de Trujillo, au Nord du Pérou, avant-dernier jour de son périple latino-américain commencé par le Chili. Il présidait une célébration de prière à la «Virgen de la Puerta», «la Vierge de la Porte» très honorée dans cette région du Pérou.

Des dizaines de milliers de personnes se pressaient là.

Samedi matin François avait présidé une messe sur le front de mer, à Huanchaco face à l’océan pacifique réputé ici pour le surf mais redouté avec le phénomène climatique «El Nino» qui sévit régulièrement depuis 1920. Début 2017, ses tempêtes et inondations ont tué dans cette ville 113 personnes et provoqué des dévastations considérables. «C’est pour cette raison que j’ai voulu être ici et prier avec vous», a donc confié le pape au début de la messe devant 200.000 fidèles très fervents.

Cette grande ferveur mariale s’est retrouvée samedi après-midi sur la place majeure de Trujillo. «Marie sera toujours une Mère métisse, a lancé le Pape, parce que dans son cœur tous les sangs trouvent leur place».

Méditant sur la «compassion de Marie», le pape a alors évoqué «toutes les mères et grands-mères de cette Nation ; elles sont la véritable force motrice de la vie et des familles du Pérou». Il a donc appelé à «la reconnaissance» envers «la femme, envers nos mères et nos grands-mères qui sont un rempart dans la vie de nos cités. Presque toujours silencieuses, elles font avancer la vie».

«Il ne nous est pas permis de détourner le regard et de permettre que tant de femmes, surtout adolescentes, soient ‘‘bafouées » dans leur dignité.»

Le pape François

 

Mais il a surtout terminé par cet appel inédit: «En regardant les mères et les grands-mères, je voudrais toutefois vous inviter à lutter contre un fléau qui touche notre continent américain: les nombreux cas de féminicide. Il y a de nombreuses situations de violence qui sont étouffées derrière tant de murs. Je vous invite à lutter contre cette source de souffrance, en demandant que soient encouragées une législation et une culture du rejet de toute forme de violence.»

La veille, vendredi, dans la zone amazonienne du sud du pays, il avait aussi dénoncé cette violence faite aux femmes: «Il est regrettable de constater à quel point sur cette terre, qui est sous la protection de la Mère de Dieu, de nombreuses femmes sont dévalorisées, méprisées et exposées à d’innombrables violences. On ne peut pas ‘‘normaliser » la violence à l’encontre des femmes, en entretenant une culture machiste qui ne prend pas en compte le rôle important de la femme dans nos communautés. Il ne nous est pas permis de détourner le regard et de permettre que tant de femmes, surtout adolescentes, soient ‘‘bafouées » dans leur dignité.»

Le mot «féminicide» a été défini par l’auteur féministe Diana E. H. Russel en 1976 comme un «meurtre de femmes commis par des hommes parce que ce sont des femmes» mais il est apparu au cours du 20ieme siècle, en langue espagnole et… en Amérique Latine. Les études démontrent que 87,3 % des féminicides se déroulent dans le cadre du couple, vivant sous le même toit, ou séparé, et donc de la famille.

Et pour cause: ce continent détient un triste record du monde. En 2016 par exemple 1997 femmes ont été assassinées, parce qu’elle sont des femmes, dans 17 pays de ce continent. Si le Pérou n’est que cinquième dans ce sinistre classement avec un centaine de «féminicides» par an selon l’observatoire de la criminalité du Pérou, c’est le Honduras qui détient le record avec 531 «féminicides» pour la même année 2014 selon la Commission Economique pour l’Amérique Latine (CEPAL). Mais avec 225 féminicides, le deuxième pays du classement latino-américain en matière de violence faites aux femmes est… l’Argentine.

Source Le Figaro

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