Haute-Savoie : 8 ans de prison pour l’affaire du bébé secoué d’Annecy

Le corps constamment plié en deux, l’accusé semble s’effondrer un peu plus à chaque parole énoncée. Il se redresse seulement pour se saisir un mouchoir et le porter à son nez qui s’est mis soudainement à saigner.

Le procès qui s’est ouvert mercredi devant la cour d’Assises de Haute-Savoie est une véritable épreuve. L’homme, un trentenaire, est accusé de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ; elles portent sur sa fille, un bébé de 4 mois. Sa compagne et mère de l’enfant est dans la salle, elle ne s’est pas portée partie civile. Le couple a un autre enfant, un petit garçon de 4 ans, et est sur le point d’en accueillir un autre, en septembre. C’est la fédération des comités Alexis-Danan pour la protection de l’enfance qui portera la voix de la jeune victime.

« Clara (*) a été victime d’un traumatisme crânien non accidentel ou syndrome du bébé secoué (SBS) », explique Me Verel. « Un véritable problème de santé publique selon la Haute autorité de la santé. Les 200 cas de SBS identifiés ne sont qu’une partie de l’iceberg de la douleur infantile. Il faudrait multiplier ce chiffre par un facteur de 3 à 10 pour s’approcher de la réalité », dit-il. « Il y a les cas où il y a des stigmates visibles et d’autres, comme celui de Clara, où il n’y a aucun symptôme visible immédiatement. Pour autant, les bleus et les hématomes sont là, l’équivalent d’un AVC. » Et Me Verel de suggérer à la cour de « lancer un signal pour que son décès ne reste pas une simple statistique ».

L’UDAF s’est également portée partie civile, en sa qualité d’administrateur ad hoc pour le garçonnet du couple. « Martin (*) a assisté à des scènes horribles. Il a vu son père s’en prendre violemment à sa petite sœur », poursuit Me Rothera. « Il ne pouvait rien faire pour lui venir en aide. Depuis, il a développé un caractère agressif. »

« Il ne supportait pas ses pleurs »

« Les secousses étaient volontaires, affirme l’avocate générale. Elles sont attestées par les éléments médicaux. Même prématuré, ce bébé allait bien. Ce sont les secousses qui vont entraîner les malaises, pas l’inverse. L’autopsie est accablante : elle va s’éteindre le 18 novembre 2016, après seulement deux mois confinée dans un appartement, où elle est née, des suites d’hémorragies consécutives à des gestes très violents. » Des secousses pour faire cesser les cris. « Son père ne supportait pas ses pleurs. Et ce, malgré les efforts répétés de sa compagne pour que tout aille bien, pour apaiser la situation. Elle l’a confié : “J’avais peur qu’il s’énerve”. Il criait de jour comme de nuit. »

Et l’avocate générale de faire part de son inquiétude quant à l’avenir. « Narcissique, il est comme ces enfants tyrans. On doit se plier à leurs besoins. Il n’a pas conscience de la gravité de ses actes. » Et de demander une peine entre 15 à 18 ans de réclusion criminelle et retrait de l’autorité parentale sur le garçonnet.

« Il était aux antipodes de savoir les lourdes conséquences d’un secouement. D’ailleurs, les campagnes d’information sur ce sujet manquent cruellement », oppose Me Dufour pour la défense. « Il reconnaît les faits mais pas l’intentionnalité. Il ne voulait pas lui faire du mal. » D’ailleurs, « il est décrit par tous comme un papa protecteur. Il n’a pas su gérer des semaines de stress, dû en partie à son boulot ». Et le conseil d’inviter les jurés « à fermer le code pénal et à ouvrir leurs cœurs ».

Nicolas Depollier a été condamné à 8 ans de prison, avec un suivi sociojudiciaire pendant 10 ans.

(*) Prénoms modifiés.

Avec DL 

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