Rennes : Les parents abandonnent leur fille face à son violeur

Karine Jambu a été la victime d’un ami de ses parents, qui ont menacé leur fille plutôt que de la protéger. Aujourd’hui âgée de 20 ans, elle s’apprête à les revoir ce mardi, à la cour d’assises de Rennes.

« Pour moi, ils n’existent plus, c’est comme s’ils étaient morts. » Ainsi évoque-t-elle aujourd’hui ses parents, qu’elle se refuse à appeler autrement que par leurs prénoms. Et encore, quand il faut parler d’eux. Karine Jambu n’est plus la petite fille terrifiée qui n’osait pas dénoncer, l’enfant fracassée par les abus que personne n’a su -ou voulu- voir…

À presque 21 ans (elle les fêtera samedi), la jeune femme s’est reconstruite sans haine, sans pour autant céder sur ses griefs. Les premiers, elle les nourrit à l’encontre des services sociaux, coupables, selon elle, de l’avoir privée d’une « enfance normale ». « Comment est-il possible qu’on m’ait laissée chez eux, alors qu’Anne-Marie avait été condamnée pour un infanticide ? » interroge-t-elle.

« Eux », elle les a déjà condamnée, convaincue, en dépit des poursuites finalement retenues, qu’ils ont été les artisans de son malheur. « Ils disent qu’ils ne souviennent pas, mais moi je me souviens parfaitement, quand il [NDLR : Roland B., qui est jugé pour viols] leur donnait de l’argent le mercredi pour qu’ils aillent acheter des cigarettes ou de l’alcool et qu’ils me laissaient seule avec lui. Ils savaient très bien ce qui se passait chez eux. J’espère qu’ils seront bousculés durant le procès, qu’ils diront enfin la vérité. »

Enfant, elle était la victime d’un ami de ses parents qui ont menacé leur fille plutôt que de la protéger.

Il y a bien longtemps qu’elle ne les appelle plus ni « papa », ni « maman ». À l’aube de ses 21 ans, qu’elle fêtera samedi, et après neuf ans d’une procédure éreintante, c’est dans le cadre d’une cour d’assises que Karine Jambu s’apprête à revoir ses parents, jugés à Rennes (Ille-et-Vilaine) à partir de ce mardi au côté de celui qui a brisé son enfance.

Roland B., 65 ans, comparaît pour d’innombrables viols survenus entre 2002 et 2005, sous le toit même des Jambu, qui l’hébergeaient à l’époque. Des faits sordides qu’il nie -il ne reconnaît que des agressions sexuelles- et qui ont démarré alors que Karine n’avait pas cinq ans.

René et Anne-Marie Jambu, eux, sont poursuivis pour « subornation de témoin » pour avoir exercé pressions et menaces sur leur fille. Un délit passible de trois ans de prison, là où les avocats de Karine et de sa tante, qui l’a recueillie, ont longuement bataillé pour obtenir un renvoi pour complicité de viol. En vain.

Les parents de Karine ont pourtant reconnu avoir plusieurs fois surpris leur fille nue dans le clic-clac du salon avec Roland B. De même ont-ils refusé de la croire quand elle leur a rapporté les viols, la laissant même seule de longues heures avec leur « ami », dont ils connaissaient le passé judiciaire -des attentats à la pudeur commis sur des mineurs.

14 signalements : «aucun n’a abouti»

Il faudra attendre 2005 pour que le calvaire de Karine cesse, Roland B. étant alors interpellé pour des viols sur sa propre fille. Et encore quatre ans pour que, une fois éloignée de ses parents qui la terrorisaient, Karine ne trouve le courage de parler.

L’issue d’une « succession de terribles ratés de la justice », regrette sa tante Laurence Brunet. « Il y a eu pas moins de 14 signalements à la justice entre 1998 et 2005, aucun n’a abouti ! » enrage celle qui devenue depuis présidente locale d’une association d’aide à l’enfance maltraitée, la fédération des comités Alexis-Danan.

Une procédure pour faute lourde contre l’État, dont l’audience s’est tenue ce lundi, a d’ailleurs été engagée. Par deux fois, en 2003, puis en 2005, des enquêtes ont bien été ouvertes, puis classées… en dépit des rapports alarmants des services sociaux.

Un bébé tué de 180 coups de couteau

« En février 2005, lorsqu’ils sont entendus par les gendarmes, les parents de Karine produisent un certificat médical établi la veille par leur médecin de famille attestant de l’absence de violences sexuelles… alors même qu’ils ne sont pas censés connaître le motif de la convocation ! » s’énerve ainsi Me Patrice Reviron, avocat de Laurence Brunet.

Par peur de représailles, Karine, qui a alors sept ans, se mure dans le silence. Des menaces qui reprendront en 2009, sa mère allant jusqu’à lui promettre de la « saigner comme l’autre » si elle doit retourner en prison. C’est ainsi que Karine apprendra qu’elle avait une sœur, un bébé que sa mère a tué à la naissance de 180 coups de couteau…

« C’est une jeune femme qui garde des séquelles physiques et psychiques, mais qui force l’admiration par son courage, reconnaît son avocate Anne-Claire Le Jeune. Aujourd’hui, elle n’aspire qu’à une chose : être reconnue comme victime. » Verdict vendredi.

Lire les articles au complet sur Le Parisien logo

Laisser un commentaire