Témoignages : Les violées de l’enfance

Mélodie avait 7 ans lorsque l’ami de ses parents l’a violée pour la première fois. Le calvaire durera trois ans. De 8 ans à 15 ans, sa soeur Delphine a également subi les assauts répétés du sinistre individu. Chez lui, chez leurs parents, dans la voiture, à la piscine… Elles ont aujourd’hui 34 et 39 ans. Et leur vie est “fichue“.

Enfants, Mélodie et Delphine ont subi les assauts de “l’ami de la famille”. Elles racontent leur calvaire, entre silences coupables et reconstruction difficile

Le 29 novembre 2012, leur bourreau a été condamné par les jurés de la cour d’assises de Digne-les-Bains à 12 années de réclusion criminelle pour les viols répétés sur les deux fillettes, entre 1986 et 1995. La brune Delphine, aujourd’hui maman d’une adolescente de 15 ans et d’un garçon de 17 ans, a du mal à extérioriser. “Il n’y a rien qui sort. Je ne peux pas“. La blonde Mélodie, qui a enchaîné dépressions, tentatives de suicide, et a même séjourné en hôpital psychiatrique, elle, veut parler. Elle a une fille de 7 ans et un garçon de 12 ans. Ces deux écorchées vives couvent leurs enfants, pour que jamais l’ignominie ne se répète.

“Cet homme est un prédateur”

Moi, je pensais que c’était normal. Que c’était de l’amour. Parce que c’est quelqu’un que tout le monde aimait dans la famille, souffle Mélodie. Peut-être que si j’avais su, si on m’avait expliqué qu’il y a des parties de notre corps qui nous appartiennent et que personne ne doit toucher, j’aurais eu plus de facilité à parler”.

Elle cherche un moyen pour que les actes dégoûtants dont elles ont été les victimes silencieuses ne se reproduisent pas. “Souvent, dès qu’il y a à la télé une émission qui parle de viol, d’inceste, d’agression sexuelle, les parents zappent, constate-t-elle. Mais au contraire, il faut en parler !”. Celle qui est aujourd’hui assistante maternelle dans une crèche recommande un ouvrage pour les 4-5 ans : une main qui se promène sur un corps d’enfant, d’abord sur la joue, le bras. Avant de descendre vers les parties intimes. “Il faut montrer aux enfants ce que personne n’a le droit de toucher !”.

Depuis qu’elle parle de son “affaire” sur son compte Facebook, de nombreuses victimes la contactent. “Beaucoup n’ont jamais osé dénoncer leur violeur. Elles me disent que ça leur fait du bien de parler. Qu’elles pensaient être seules. C’est encore trop tabou“. C’est ainsi qu’a germé en elle l’idée de créer une association où les victimes pourraient être écoutées et échanger : “On se sent davantage compris avec une personne qui a vécu la même chose. Il n’y a rien dans le département. Or, je sais le nombre de personnes victimes de viol ou d’attouchements. J’ai reçu tellement de messages de femmes qui n’osent pas en parler. Je pourrais également les aider dans leurs démarches judiciaires”.

Son violeur libéré le 26 juin dernier

Il y a quelques semaines, Delphine a été informée que son violeur serait libérable le 26 juin. “Il est revenu vivre à Digne où un travail l’attend. Il est placé sous bracelet électronique pour un an. Puis de juin 2019 à juin 2020, il sera en liberté conditionnelleIl a purgé un an de préventive, et 5 ans 1/2 de prison. Il était en Corse, dans une prison sans barreau, avec vue sur la mer. Et aujourd’hui il est dehors ! On aurait préféré qu’il prenne 6 ans et qu’il fasse 6 ans, plutôt que 12 et qu’il en fasse 6 !”, fulminent les deux soeurs. Leur avocat leur a expliqué que la loi est ainsi faite. Mais la pilule est amère.

Dans la rue où vit Carole, leur mère, demeure également le frère du pédophile. À la rentrée de septembre, la fille de Delphine sera scolarisée dans le même lycée que celle de son violeur. Les trois femmes appréhendent grandement de le croiser. “Je ne sais pas qu’elle serait ma réaction. Si je lui saute dessus, s’interroge Delphine, qui elle aussi a été suivie par une psychologue. Avant d’apprendre sa sortie, j’allais bien”. Aujourd’hui hypervigilante avec ses enfants, elle ajoute qu’elle n’accepterait pas qu’il leur arrive quoi que ce soit. “Quitte à faire de la prison. Je pense que rien ne m’arrêterait”.

Mélodie ajoute “Si je le croise, je peux partir en pleurant ou lui sauter à la gorge. Le jour du verdict, quand ils ont dit 12 ans, je me suis dit “Pendant 12 ans je suis tranquille. Libre”. Mais ce n’est pas ça. Cet homme est un prédateur. Il est dehors, et c’est encore une nouvelle étape qu’il faut franchir“. Et lorsque leur entourage leur dit qu’elles ne peuvent pas changer la justice, que cet homme a payé et qu’il faut le laisser tranquille, elles rétorquent : “Parce que nous, on ne paie pas peut-être ? Pour nous, les répercussions, ça sera toute notre vie”. Aujourd’hui en tout cas, plus jamais elles ne baisseront la tête. “Je n’ai plus honte”, lance Mélodie.

1 thought on “Témoignages : Les violées de l’enfance

  1. Par ma formation, j’ai reçu des témoignages de femmes qui dans leur enfance ont été violées régulièrement, la plupart par leur père. Des années de torture. A mon avis, comme le stipule Mélodie, il ne faut pas hésiter à parler aux jeunes enfants des parties de leur corps qui ne doivent en aucun cas être touchées par qui que ce soit. Ce serait un bon projet dans les écoles maternelles et primaires effectué par un professionnel pouvant avoir les compétences d’aborder ce sujet avec pédagogie. D’autre part les peines de prison sont bien trop courtes, laissant le risque que l’agresseur récidive..!

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