Affaire Maëlys : Le coup de poker de l’avocat de Nordhal Lelandais

Confronté à une forte pression médiatique depuis qu’il assure la défense de Nordahl Lelandais, mis en examen pour le meurtre de la petite Maëlys, qui a disparu en août en Isère, l’avocat Alain Jakubowicz tente de démonter un à un les éléments apportés par les enquêteurs. Après s’être attaqué aux images de vidéosurveillance sur le plateau de BFMTV il y a un mois et demi, il a relevé mercredi sur RTL « un nombre d’incohérences » important dans le dossier de son client. Il est notamment revenu sur l’un des axes clés de sa défense : la chronologie de la nuit du drame et le témoignage du cousin de la mère de Maëlys. Ce dernier est récemment revenu sur l’heure à laquelle il a vu la petite fille pour la dernière fois la nuit du drame. Pour Alain Jakubowicz, seul son premier témoignage est crédible. Deux avocats pénalistes analysent sa démarche.

Reconquérir l’espace médiatique

Alain Jakubowicz l’assure : « Médias et l’opinion publique ne fixeront pas le rythme de ce dossier » ; « Je n’ai de comptes à rendre qu’à la justice », a-t-il ajouté mercredi. Début décembre, il a toutefois trouvé nécessaire de venir s’expliquer longuement sur BFMTV. Il a recommencé sur RTL. Une tactique qui n’étonne pas l’avocat pénaliste Stéphane Babonneau : « C’est une affaire extrêmement médiatique avec beaucoup de choses qui se disent à l’extérieur. Il y a des conférences de presse du procureur de la République sur des éléments qui sont censés être couverts par le secret de l’instruction. Il y a un ‘deuxième procès’ instruit dans les médias et donc je pense qu’Alain Jakubowicz se sent obligé de répondre publiquement de choses qui sont lancées par les journalistes, le parquet ou les avocats de la victime. On a quand même accusé son client de toutes les disparitions non résolues donc ça l’oblige à venir affronter les médias. »

Dans la plupart des dossiers, il est plus important de défendre dans le prétoire et dans le cabinet d’instruction que dans l’espace médiatique

Egalement contacté par le JDD, un autre avocat pénaliste précise : « C’est une manière pour lui de ne pas perdre médiatiquement le dossier, de continuer à être audible ». Mais il relativise l’intérêt de la démarche : « J’ai tendance à considérer que dans la plupart des dossiers, il est plus important de défendre dans le prétoire et dans le cabinet d’instruction que dans l’espace médiatique. C’est à chaque avocat de choisir sa stratégie. Quoiqu’il en soit, c’est l’honneur de l’avocat de faire barrage et d’essayer que la balance soit un minimum équilibrée pour que l’accusé ne soit pas foudroyé par les médias et l’opinion publique. »

Attaquer chaque élément d’accusation un à un

En décembre, Alain Jakubowicz s’était montré très offensif sur les images de vidéosurveillance sur lesquelles une forme blanche apparaît sur le siège passager de la voiture de Nordahl Lelandais, semblable à la robe que la fillette portait ce soir-là. Il s’intéressait aussi à la chronologie de la nuit du drame, assurant que le cousin de la mère de Maëlys avait vu l’enfant à 3h15, ce qui rendait impossible l’implication de son client. Sur RTL mercredi, c’est de nouveau la chronologie telle qu’avancée par le parquet qui a été au coeur de ses attaques. « J’ai un avantage sur vous, c’est que je parle de ce que je sais, d’un dossier que je connais par coeur. Il y a des incohérences », a-t-il assuré face à Yves Calvi, une manière de rappeler que la vérité judiciaire ne se fera pas dans les médias.

Une stratégie logique, selon Stéphane Babonneau : « Le travail de l’avocat, c’est de déconstruire les arguments du parquet, c’est un travail de fourmi, étape après étape. Quoiqu’on en dise et même si Nordahl Lelandais est en détention, il est présumé innocent. L’avocat a d’ailleurs déposé une requête en nullité pour contester certains éléments de la procédure donc c’est vraiment un travail très factuel. On vous amène des éléments de preuve et vous les contestez. La seule différence, c’est que d’habitude cela se passe dans le secret de la procédure. »

Il faut bosser le dossier, l’étudier à fond, non pas pour trouver des failles procédurales mais pour voir s’il y a des choses qui ne tiennent pas

Son confrère abonde : « Quand tout accuse son client, il faut bosser le dossier, l’étudier à fond, non pas pour trouver des failles procédurales mais pour voir s’il y a des choses qui ne tiennent pas. Manifestement, c’est qu’il essaye de faire. C’est un travail technique avant tout », explique-t-il, rappelant que les preuves sont « extrêmement fragiles ». « Le témoignage est une preuve humaine, pas scientifique ou technique. Le témoin en question avait-il une montre, avait-il bu, était-il stressé au moment de son audition? S’il n’est pas corroboré ou circonstancié par d’autres choses, ce n’est pas un élément suffisant. Cela ne peut ni accuser ni innocenter de manière irrémédiable. » Difficile donc de faire reposer sa stratégie sur un témoignage, surtout quand il s’agit d’un horaire, retenu à l’occasion d’une fête de mariage.

Même chose concernant la vidéosurveillance : « Il n’y a pas de preuves parfaites. La vidéo nous permet d’identifier un véhicule à une heure donnée mais pas d’avoir un détail précis. L’interprétation des bandes nécessite de visionner. Alain Jakubowicz l’a nécessairement fait et a son opinion. Assurément, elles sont floues, sinon il n’y aurait pas de débat. »

Une stratégie médiatique risquée

Cet avocat estime toutefois que les sorties médiatiques d’Alain Jakubowicz peuvent s’avérer risquées. « Le danger, c’est de dire des bêtises et d’être mis face à ses contradictions plus tard et de se rendre la défense plus compliquée, explique-t-il. Les informations sur le rattachement de Nordahl Lelandais à d’autres affaires sont arrivées postérieurement à ses premières interventions », rappelle-t-il. L’ancien militaire a en effet été mis en examen pour « l’assassinat » du caporal Arthur Noyer le 20 décembre dernier. « Je suis très étonné de sa communication sur un dossier comme ça. J’ai trouvé que c’était dangereux d’aller ferrailler avec les médias, à ce stade-là de la procédure, sans certitudes absolues. »

Source :  Le JDD via Europe 1

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