34 ans après avoir accusé son beau-frère Bernard Laroche d’avoir enlevé Grégory Villemin puis de se rétracter, une volte-face toujours au cœur de l’affaire.

« Parce que l’injustice est allée trop loin et que je n’en peux plus, j’ai décidé de raconter mon histoire, toute mon histoire. (…) Pour qu’on apprenne enfin la vérité », explique en introduction cette femme de 49 ans, dont la mise en examen l’an dernier a été annulée depuis, pour une question de forme, par la cour d’appel de Dijon.

« Vous êtes LA Bolle? », lui demande-t-on régulièrement depuis ce 7 novembre 1984, quand son visage aux tâches de rousseur est sorti de l’anonymat. « Non, j’étais pas dans la voiture de Bernard. Bernard, il est innocent », affirmait aux journalistes, ce jour-là, l’adolescente de 15 ans, la voix pleine de sanglots.

Quelques jours auparavant, en garde à vue puis devant le juge d’instruction, elle avait accusé Laroche d’avoir enlevé en sa présence Grégory, 4 ans, retrouvé mort, pieds et mains attachés, dans la Vologne, le 16 octobre 1984.

Depuis, Murielle Bolle ne s’était plus exprimée publiquement, sauf lors du procès en 1993 de Jean-Marie Villemin, père de Grégory, qui avait tué d’un coup de fusil Bernard Laroche, le 29 mars 1985. 

Dans son livre de 265 pages (éditions Michel Lafon), écrit avec la romancière et scénariste Pauline Guéna, elle déroule chronologiquement « cette histoire qui a eu raison de (son) enfance », « une interminable tempête qui va nous emporter, nous secouer, nous noyer ».

Quand ils l’interrogent en 1984, dit-elle, les gendarmes la traitent de « menteuse », la menacent d’aller « en maison de correction ». Persuadée qu’ils sont « tout-puissants », elle finit par « lâcher » des oui et des non, « en fonction de ce qu’ils veulent, des mots qui ne sont pas les miens, (…) aux conséquences irréparables »: la mort de son beau-frère, selon elle.

Les jours qui ont suivi celle-ci « sont les pires de ma vie »: « J’ai tué Bernard. Voilà ce que je me répète (…) Je ne me le pardonnerai jamais », confie-t-elle.

– « Je vais me battre » –

« Qui peut encore croire aujourd’hui que, si c’était Bernard le coupable, je le couvrirais ? (…) Pourquoi aurais-je couvert le meurtre d’un enfant ? (…) Si Bernard avait eu quoi que ce soit à voir avec la mort d’un gosse, je l’aurais dit sans hésiter, quel que soit le prix à payer », écrit Murielle Bolle.

Et de balayer, un à un, les témoignages accréditant la participation au rapt de son beau-frère, qu’elle assure « loyal, protecteur, gentil et généreux ».

« Je comprends que les parents de Grégory cherchent la vérité. Mais ce que je ne comprends pas, c’est que la seule piste qu’ils semblent vouloir explorer soit celle de Bernard », regrette-t-elle.

Au fil du récit, elle revient sur son enfance, les excès d’alcool et de violence de son père, un quotidien chiche avec néanmoins « des éclats de bonheur ». Avant-dernière d’une fratrie de dix, elle se rêve pâtissière, écoute Johnny Hallyday,  joue au foot et fréquente une « classe de transition pour les élèves en échec scolaire » à Bruyères, près de Lépanges-sur-Vologne où vivait la famille Villemin.

Presque 33 ans plus tard, en juin 2017, elle est mise en examen pour le rapt mortel de Grégory, tout comme Jacqueline et Marcel Jacob, grand-tante et grand-oncle de l’enfant, et incarcérée pendant 38 jours. « A 48 ans. Alors que je suis grand-mère ». 

Ces mises en examen ont été annulées en avril pour des questions de procédure. Le Conseil constitutionnel, saisi d’un question prioritaire de constitutionnalité à l’initiative de ses avocats, dira le 16 novembre si ses droits fondamentaux ont été respectés lors de sa garde à vue.

« A partir de maintenant, je vais me battre. (…) Je prouverai que ce que je répète depuis plus de trente-trois ans est vrai. Je rétablirai la vérité sur notre famille, même si elle n’est pas toujours belle, sur Bernard et sur moi », promet-elle dans le dernier chapitre.


Avec AFP 

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