Société / Disparition : Ils refusent d’abandonner les recherches après la disparition de leur enfant

Des dizaines de parents de jeunes disparus depuis des semaines, des années ou même des décennies, refusent de croire que leur enfant puisse être mort. L’espoir qu’ils nourrissent de le retrouver vivant, aussi mince soit-il, leur permet d’affronter ce supplice.

CAUCHEMAR POUR DES DIZAINES DE FAMILLES

L’inébranlable conviction d’une mère de famille qui est assuré que son petit garçon Habib Nedder est toujours vivant. Jennifer est comme bien d’autres parents, mère, père à ne jamais abandonner.

Dans certains cas, ces personnes gardent espoir depuis des années. Et elles déclarent qu’elles n’abandonneront jamais.

Sans preuve, sans corps, impossible pour elles de faire leur deuil.

Certains parents d’enfants disparus depuis des années posent encore des affiches ou rêvent au retour de leur enfant durant la nuit.

«Sans cet espoir, il n’y a pas de vie, expliquait la maman de Lucas Tronche dans un entretien accordé pour les 3 ans de la disparition de Lucas Tronche.  Si on abandonne ce rêve, quelque part, c’est comme abandonner notre enfant.»

«INIMAGINABLE»

«Je l’affirme avec force, oui, il est encore en vie, nous indiquera Jennifer à l’époque où nous l’avions rencontré, mère du petit Habib Nedder. C’est ça qui nous tient dans un combat : l’espoir. Parce qu’on sait que Habib nous reviendra.»

Des dizaines de familles en France vivent un cauchemar comparable à celui vécu par cette mère de famille.

À l’heure actuelle, les proches d’au moins 45 jeunes disparus tentent de les retrouver, parfois depuis des mois, voire des années, selon l’ARPD qui nous avait accordé une interview début avril . « C’est inimaginable ce que vivent ces familles, affirme Pascale Bathany, président de l’association ARPD.

Ces familles se lèvent et se recouchent tous les jours en se posant la même question qui n’a pas de réponse. »

Des rencontres pour tenter de comprendre : 

Au cours des derniers mois, Radio Capitole est allé rencontrer certaines de ces familles courageuses et meurtries. Parmi celles-ci :

  • Jennifer Dana, la maman d’Habib Nedder, enfant disparu depuis Janvier 2014
  • Nathalie, la maman de Lucas Tronche, disparu en 2015
  • La mère de Mélina , qui s’est évaporée dans la nature à 13 ans en 2005, croit que sa fille est toujours en vie.
  • La famille de Marilyn cherche encore et toujours des réponses pour expliquer sa disparition mystérieuse survenue en Espagne, il y a 10 ans.

Le courage :

Le «courage» de ces parents incite chaque jour l’équipe du Réseau ARPD ainsi que notre Rédaction à poursuivre sa mission.

«Ce sont des êtres humains extraordinaires que j’admire beaucoup. Ils font preuve d’une résilience qu’on ne voit pas souvent», exprime notre Président de l’association Radio Capitole.

Alors ne les oublions pas … Partagez, et surtout observez chaque jour autour de vous, car cet enfant ou adolescent peut-être très proche de vous …

Une carte interactive pour recenser les disparitions : 

Radio Capitole travail actuellement sur une carte interactive permettant de regrouper sur une carte internationale les disparitions. Cette carte est accessible via l’onglet WIKICARTE . 

Cette carte mis à jour régulièrement doit être partager par tous, afin qu’elle soit visible par les internautes. 

Vous avez repérer un enfant disparu depuis plus d’un mois ? Alors adressez nous un email à disparition@radiocapitole.fr pour qu’on ajoute cet enfant sur notre carte. 

Vous pouvez également nous contacter via le formulaire ci-dessous : 

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Comment les proches de disparus font face à l’angoisse du vide ?

Quoi qu’il en soit, pour les parents qui attendent le retour de l’enfant disparu depuis très longtemps, la douleur est incommensurable. « Ils vivent en apnée et ils ont l’impression de n’être entendus nulle part, car les policiers ne détaillent pas toujours leurs actions », constate Anne Larcher. Certains décident de médiatiser leur affaire pour multiplier les chances de retrouver la chair de leur chair. « Mais d’autres s’y refusent pour protéger leurs autres enfants », observe-t-elle. Dans les cas les plus positifs où leur enfant est finalement retrouvé, les retrouvailles sont souvent douloureuses : « Ils récupèrent une enfant qu’ils ne reconnaissent plus. Dans les cas de fugues longues, certains adolescents ont vécu dans la précarité et certaines jeunes filles sont tombées enceintes. Il faut du temps pour retisser les liens », commente Anne Larcher.

« Mon combat c’est de retrouver Mathis »

Cette attente, Nathalie Barré la vit depuis six ans. Depuis que son fils, Mathis Jouanneau, a disparu. Il avait 8 ans à l’époque. C’était un dimanche soir, après un week-end de garde chez son père. Sylvain Jouanneau n’a pas ramené son fils chez sa mère à Caen (Calvados), comme il aurait dû le faire. Il affirme avoir confié l’enfant à des tiers à l’étranger. Mais à qui et à quel endroit ? Il refuse catégoriquement de répondre pour, dit-il, « protéger » ceux à qui il a remis son fils. Même face à une cour d’assises, il n’a pas craqué. Au terme d’un procès de quatre jours, le 4 juin 2015, cet homme de 41 ans a été condamné à vingt ans de réclusion pour avoir enlevé et séquestré son fils.

Un temps, Nathalie Barré a espéré que le père de son fils, qui semble détenir les clés de la disparition, délivre la vérité. Comme la mère de Maëlys, qui se dit persuadée que le suspect mis en examen « pourrait détenir des informations importantes et pouvant [l’] aider à retrouver [sa] fille ». Mais aujourd’hui, Nathalie Barré ne veut plus penser à Sylvain Jouanneau. Elle demande même à ce qu’on l’oublie. « Pendant l’audience, j’espérais que M. Jouanneau parle, mais au fond de moi, je savais qu’il n’allait pas le faire. Son procès n’était qu’une étape. Mon combat, ce n’est pas de le faire parler, c’est de retrouver Mathis. Il ne veut pas parler. Donc, il ne faut plus mettre d’énergie à essayer. Il faut continuer l’enquête, c’est tout », martèle-t-elle à franceinfo.

« Mon combat c’est de retrouver Estelle Mouzin »

Eric Mouzin partage cette colère. Comme Maëlys, sa fille Estelle avait 9 ans lorsque, le 9 janvier 2003, elle a disparu vers 18 heures, sur le chemin entre son école et son domicile, à Guermantes (Seine-et-Marne), soit un itinéraire d’environ un kilomètre. Le lendemain, une information judiciaire pour « enlèvement et séquestration de mineur de 15 ans » est ouverte. Depuis, six juges d’instruction ont été nommés. Un renouvellement mal vécu par les parents, mais inhérent au modèle de justice pénale pratiqué en France. Le juge n’est pas tenu d’informer les parents de l’avancée de son enquête. S’il doit communiquer, il le fait via l’avocat des parties civiles. Quant aux enquêteurs, ils n’agissent que sur instruction du juge, à partir du moment où une information judiciaire est ouverte.

« Les juges sont débordés, ils ne font plus leur métier correctement, déplore Eric Mouzin, interrogé par franceinfo. Une réunion avec le juge, les enquêteurs et la partie civile (nous), c’est très difficile à organiser au vu des disponibilités des uns et des autres. »  Jean-Marc Bloch le confirme à franceinfo : les rencontres ne se font pas en direct, « comme l’aimeraient des parents de victimes », ce qui limite la communicationLui était directeur du service régional de la police judiciaire à Versailles et, à ce titre, en charge de l’enquête sur la disparition d’Estelle Mouzin, jusqu’en avril 2003. Il se souvient de ses rapports avec les parents de la fillette : « Je décrochais mon téléphone pour leur faire part des pistes, mais il y en avait peu… Je ne les appelais pas à chaque fois qu’une personne était placée en garde à vue. Je ne savais pas si ça allait donner quelque chose, et puis je ne voulais pas donner de faux espoirs. »

« Plus il y a de monde qui connaît son visage, mieux c’est »

C’est également l’espoir d’Eric Tronche, le père de Lucas. Ce lycéen de Bagnols-sur-Cèze (Gard) avait 15 ans au moment de sa disparition, le 18 mars 2015. Ce jour-là, vers 17h15, il devait prendre le bus avec son frère Valentin. Les deux frères étaient en retard. Lucas a dit à son aîné de prendre de l’avance, pendant qu’il fermait la maison familiale. Depuis, le garçon a disparu en laissant ses affaires. Son portable a été éteint peu après sa disparition. 

Les enquêteurs du SRPJ (Service régional de police judiciaire) de Montpellier ont travaillé sur toutes les hypothèses, sans qu’un élément probant ne vienne lever le mystère sur le sort du jeune homme. « Je n’écarte aucun scénario. Je ne sais pas si Lucas est vivant ou mort. Donc plus il y a de monde qui connaît son visage, mieux c’est. On met tout en œuvre pour essayer de le retrouver », explique à franceinfo Eric Tronche. Il a par exemple accepté de témoigner avec sa femme dans l’émission « Dans les yeux d’Olivier » diffusée sur France 2 le 26 septembre 2017.

Interviews à la télévision, affiches en 4 x 3, lâcher de ballons, groupe Facebook très actif… Les parents de Lucas Tronche utilisent tous les moyens pour mobiliser autour de la disparition de leur fils. « En réalité, ce sont les initiatives de gens autour de nous et des membres du bureau de l’association Retrouvons Lucas, créée en novembre 2015. Ils proposent leurs idées lors des réunions. On se laisse porter. Jusqu’ici on dit oui à tout, sauf à son visage sur des briques de lait [comme cela avait été le cas pour Marion Wagon, disparue en 1996]« , précise Eric Tronche.

En sollicitant à ce point l’attention, le père de Lucas dit avoir « conscience » d’être « un cas unique » parmi les parents d’enfants disparus, qui refusent parfois totalement de communiquer. « J’ai peur que les moyens d’investigations se restreignent dans le temps. C’est pour cela que je médiatise la disparition de mon fils, ajoute Eric Tronche. Mais parfois j’en ai assez de tout cela… J’aimerais me réfugier dans ma coquille, que la douleur s’arrête… Mais ce n’est pas possible, je n’ai pas le choix. »

 » Je sais que mon fils est vivant » Le combat et l’inertie judiciaire de Jennifer Dana la Maman d’Habib Nedder

Le 19 janvier 2014, Jennifer reçoit un message étrange : “Désolé pour tout. Mais tu l’auras voulu. Bye“. L’auteur du message est Mehdi, son ex-compagnon qui supporte mal leur séparation. Problème : elle lui a exceptionnellement laissé garder leur enfant, le petit Habib, 15 mois. Jennifer comprend alors que son fils vient d’être enlevé par son père… Le lendemain, elle signale la disparition d’Habib à la gendarmerie. De son côté, elle commence sa propre enquête.

Trois mois plus tard, les gendarmes retrouveront un corps mutilé dans la rivière Ariège, près d’une centrale électrique. C’est celui de Mehdi, son ex-compagnon. Mais Habib, lui, est introuvable. Une autopsie du corps est pratiquée et les experts concluent à un suicide. Un rapport qui laissera la mère sans réponse concernant la date de la mort de Mehdi, un élément déterminant selon elle dans sa quête pour retrouver Habib.

Plus de 4 ans après les faits, Jennifer n’a toujours pas retrouvé Habib. Persuadée qu’il est toujours vivant, elle continue de remuer ciel et terre pour revoir son enfant. Elle s’est confiée à Détective…

Trois ans après la disparition d’Habib, où en est l’enquête ?

J’essaye de la faire avancer de mon côté. Mais voilà, toutes mes demandes d’actes, notamment pour une nouvelle expertise du rapport d’autopsie de mon ex-compagnon, restent systématiquement sans réponse ! On ne connaît même pas la date et la cause exacte de sa mort. J’apporte également de nombreux éléments aux enquêteurs mais, encore une fois, sans qu’ils me fassent le moindre retour. La situation est très dure à vivre. J’ai l’impression que rien n’est fait pour retrouver mon enfant…

Comment vit-on l’absence de son enfant au quotidien ?

Habib me manque beaucoup. Tous les jours, j’ai l’impression de vivre avec son petit fantôme à côté de moi. C’est extrêmement dur d’aller de l’avant quand votre enfant a été enlevé. Heureusement, j’ai mon autre petit garçon qui me pousse à avancer. Le pire dans cette situation, c’est que l’on se sent coupable de quelque chose, de ne pas le retrouver. Finalement, on apprend à vivre au jour le jour pour que ça soit supportable.

Pour vous, ça semble clair, vous allez retrouver Habib un jour ou l’autre…

J’essaye de rester en bonne santé, d’être suffisamment forte pour l’accueillir quand il rentrera. Habib a toujours sa chambre qui l’attend. Demain, à n’importe quel moment, il peut franchir la porte de la maison. Je parle de lui à son frère, il le connaît et l’attend également. Tous les jours, je vis dans l’espoir qu’il va revenir.

Sur votre page Facebook, vous adressez directement vos messages à Habib…

De base, je suis une personne très pudique, mais l’amour que j’éprouve pour mon fils me pousse écrire toutes ces choses. Dans mes messages, je m’adresse à lui comme si je lui parlais. Depuis qu’il a disparu, je me suis mise à lui écrire des petits poèmes. J’espère qu’à son retour, il pourra lire tous ces textes et voir que nous avons pensé à lui pendant tout ce temps.

Combien de disparition en
France… 

En France, en 2016, 49 347 mineurs ont été enregistrés dans le fichier des personnes disparues. Face à ces situations, les parents se trouvent souvent sans réponses pendant des mois.

Le bilan des disparitions d’enfants en France a de quoi affoler. Parmi ces 49 347 mineurs recensés en 2016, l’immense majorité sont des fugueurs (48 156). Un chiffre que la directrice de l’association, Anne Larcher, invite à ne pas «relativiser» puisque, selon le CFPE, même en cas de fugue, l’épreuve vécue par les familles est terrible : un tiers des enfants sont retrouvés dans les jours qui suivent, un autre tiers dans les trois mois et le dernier tiers parfois des années plus tard. Restent près de 1 200 enfants dont la situation est plus préoccupante : 497 ont été enlevés ou détournés par une personne majeure, souvent l’un des deux parents, et 687 font l’objet de disparitions «inquiétantes» , c’est-à-dire que les éléments de l’enquête ne permettent pas encore de déterminer les motifs de leur disparition.

Commissariat.Combien d’enfants jamais retrouvés ? «On n’en a aucune idée, c’est un flux permanent d’entrées et de sorties» , explique la directrice de l’association, qui appelle à une «coopération renforcée» des pays européens autour du numéro d’urgence 116 000, instauré en 2007 pour permettre aux familles de signaler la disparition d’un mineur. En théorie, quand un enfant disparaît, le réflexe des parents est d’aller au commissariat. Mais lorsque cette première démarche est enregistrée, ils se retrouvent souvent sans véritable réponse, dans une détresse psychologique immense durant des semaines, des mois, voire des années. Une enquête n’est pas toujours ouverte (notamment pour les enfants de plus de 12 ans), «ce qui nourrit un sentiment d’anxiété supplémentaire» pour les familles, souligne Anne Larcher.

Lorsque le mineur disparu a atteint la majorité, il arrive aussi que police et justice referment les dossiers, laissant «les familles totalement seules». C’est ici que le CFPE-Enfants disparus intervient. L’association, qui coordonne les activités du 116 000 en France, propose aux familles un accompagnement psychologique et juridique dès les premiers moments du drame. Elle aide à gérer l’attente, à se préparer au retour ou non de l’enfant, mais surtout à «engager toutes les démarches juridiques nécessaires» , explique Anne Larcher, qui rappelle que leur but «n’est pas de se substituer aux forces de police et de gendarmerie» mais de «travailler avec elles» , de façon complémentaire.

Mal connu.Pour autant, ce numéro d’urgence reste mal connu en France, des familles, voire des services de police ou de gendarmerie. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’année passée, la ligne française du 116 000 n’a enregistré que 1 208 appels signalant des disparitions, un chiffre «ridicule» selon la directrice, qui espère que cette journée internationale sensibilisera un maximum de personnes. Elle souhaite également que celle-ci soit l’occasion de briser le «tabou français» sur la disparition des mineurs, encore renvoyée aujourd’hui au registre des«faits divers».

Déplorant la suppression récente du ministère de la Famille et de l’Enfance, elle a également insisté sur la transversalité de ce sujet qui rejoint à la fois «celui des trafics d’enfants et des réseaux de prostitution». Présente à ses côtés, Isabelle Jégouzo, cheffe de la représentation en France de la Commission européenne, a quant à elle rappelé le soutien de l’UE, qui a déjà investi 7,5 millions d’euros pour la mise en place du 116 000, mais aussi «l’efficacité du système de Schengen», qui contrôle chaque mineur aux frontières, en se référant au fichier européen des personnes disparues.

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