Le nombre de personnes s’estimant victimes de violences sexuelles en France a bondi en 2017 dans le sillage du mouvement de libération de la parole des femmes, selon une vaste enquête statistique rendue publique ce jeudi.

L’étude de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) et de l’Insee révèle une « forte augmentation » – de 173 000 en 2016 à 265 000 en 2017 – du nombre de personnes estimant avoir été victimes de ces violences « hors ménage », c’est-à-dire commises par un tiers n’habitant avec elles.

Dans cette douzième enquête annuelle de « victimation » et de perception de la sécurité, l’ONDRP et l’Institut national de la statistique appellent cependant à prendre ces chiffres « avec précaution ».

Une rupture « technique » ?

La reformulation des questions concernant les « violences sexuelles » a ainsi pu accroître le nombre de déclarants et provoquer une rupture « technique » dans la série statistique recueillie au fil des années.

Surtout, le « contexte de libération de la parole autour des violences sexuelles peu avant la collecte des données lié à l’affaire Weinsteinet au mouvement MeToo » a pu provoquer une « prise de conscience par les personnes interrogées de leur statut de victime, de la représentation de ce qu’est une violence sexuelle, et par là même amener une plus forte déclaration des personnes victimes », explique l’ONDRP. Parmi ces victimes, 93 000 disent avoir subi un viol ou une tentative de viol, contre 58 000 en 2016.

Réalisée auprès de 16 000 personnes, l’enquête de « victimation » de l’ONDRP permet de mesurer l’évolution de la délinquance au-delà des seules statistiques administratives de la police et de la gendarmerie, en sondant les Français qui ne portent pas systématiquement plainte.

Un taux de plainte très bas

Les taux de plainte sont en effet très variables selon les atteintes. S’ils dépassent les 75 % pour des cambriolages ou des vols de voiture, ils tombent sous la barre des 30 % en cas de violences physiques. Le taux dégringole à moins de 15 % quand il s’agit de violences sexuelles ou de violences dans le ménage et au sein du couple.

A titre d’illustration, selon les statistiques du ministère de l’Intérieur, les plaintes pour viols et agressions sexuelles ont respectivement augmenté en 2017 de 12 % (16 400) et 10 % par rapport à 2016 (24 000) mais sont loin d’atteindre les chiffres et la tendance mis en lumière par l’enquête de « victimation ».

Dans le sillage du mouvement #MeToo et #balancetonporc, la lutte contre les violences sexuelles est devenue un enjeu pour les pouvoirs publics comme pour la société civile. Fin novembre, le ministère de l’Intérieur a ainsi lancé une plateforme de signalement en ligne des violences sexuelles et sexistes afin de favoriser le dépôt de plainte.

Avec AFP 

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