Meurtre d’Eva Bourseau : Taha et Zak, la personnalité mystérieuse des accusés

Deux jeunes étudiants brillants tombés dans la drogue et une descente aux enfers.

Pas un geste, pas un regard. Un siège seulement les sépare dans le box des accusés, mais les deux anciens « frères » s’ignorent ostensiblement. Il en va de leur survie judiciaire dans ce dossier glaçant : le meurtre d’Eva Bourseau, 22 ans, tuée à coups de poing américain et de pied de biche un soir de juillet 2015 à Toulouse (Haute-Garonne) pour lui voler son stock de drogue. Un crime commis à quatre mains qui à lui seul leur fait encourir la perpétuité, mais dont l’épilogue sordide – ils avaient tenté de dissoudre le corps dans l’acide chlorhydrique – pèsera très lourd dans l’esprit des jurés.PUBLICITÉ

Trajectoires parallèles, mais singularité propre : au premier jour de ce procès, la cour d’assises de la Haute-Garonne s’est penchée ce lundi sur la personnalité des accusés, deux anciens brillants étudiants alors en perdition scolaire dont l’amitié, scellée autour des drogues, va précipiter leur déchéance.

Épaules voûtées, comme encombré de sa grande carcasse, Zakariya Banouni, dit Zak, 22 ans, fixe le sol, relevant parfois la tête d’un air craintif, tandis que l’enquêtrice de personnalité déroule le fil de sa vie. Sa veste trop grande et ses grosses lunettes lui donnent des airs de premier de la classe, conformes à son parcours : excellent élève, poussé par des parents aimants, il n’a que 14 ans lorsqu’il débarque au très sélectif lycée Pierre-de-Fermat, au centre-ville de Toulouse. Un choc des cultures pour ce fils d’immigré d’extraction modeste, discret et émotif, qui décrochera malgré tout son bac avec près de 16 de moyenne et son sésame pour la prépa « maths spé ». Mais en quelques semaines, marqué par le suicide de son meilleur ami, étouffé par le rythme et la pression, il craque et s’inscrit en fac de maths.

Un frustré abonné aux échecs à Polytechnique

C’est là qu’il rencontre Taha Mrani Alaoui, de trois ans son aîné. L’orgueilleux jeune homme n’a pas digéré son échec au concours de Polytechnique : vénéré par des parents surprotecteurs, formaté pour réussir, il a raté l’objectif de sa vie pour quelques dixièmes de points. À Casablanca (Maroc) où il grandit, élevé par une mère chimiste et un père journaliste, l’échec n’a pas sa place. « On vivait comme des sous-prolétaires pour leur payer des études. Le seul but de notre vie, c’est la réussite », diront-ils au sujet de leurs enfants.

Brevet et bac mention très bien, meilleure prépa de la ville, Taha enchaîne les succès. « Le meilleur, l’idole de la classe », clame son père, qui concède l’avoir élevé comme « un prince autrichien ». Mais quand Taha arrive finalement à Toulouse, c’est pour intégrer l’ENSEEIHT, une prestigieuse école d’ingénieurs. Lui n’y voit qu’une voie de garage, repasse le concours de Polytechnique, essuie un nouvel échec. Direction la fac de maths, lui aussi, par défaut.PUBLICITÉ

Une plongée dans la drogue

Buste redressé, gestes vifs et regard droit, caressant sa petite moustache à la Don Juan, l’homme de 25 ans tranche avec son coaccusé. Sur une question de son avocat Me Edouard Martial, il fait profil bas : « J’ai été pourri gâté, mes parents ont tout fait pour moi, et je voulais toujours plus. » Et confirme ses ambitions : « Quand je suis dans la compétition, je n’ai plus de famille », lâche-t-il au sujet d’une rivalité aux concours avec sa propre sœur, qui pourtant, dit encore de lui : « Si j’avais rencontré quelqu’un comme lui, je l’aurais épousé. »

Quel ascendant a-t-il pu exercer sur Zak, interroge l’avocat de ce dernier, Me Georges Catala ? L’enquêtrice évoque une forme de fascination. À l’époque, il a une « aura », il en « impose », disent ses amis. Il en rajoute aussi, se disant proche du roi du Maroc, ou à son « 80e trip de LSD », quand, au printemps 2015, Zak et lui ont délaissé leurs études pour plonger la tête la première dans les drogues dures (ecstasy, MDMA, cocaïne, kétamine…) et dans le deal. Pour les avocats de Zak, il est l’initiateur. Pour ceux de Taha, c’est « une descente à deux ». Le timide et l’arrogant, deux personnalités et un tandem, que la cour d’assises va disséquer durant deux semaines.

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