TOULOUSE : Les meurtriers d’Eva Bourseau condamnés à 30 ans et 25 ans de prison

La jeune femme avait été frappée à mort par deux étudiants pour lui voler drogue et argent. Son corps avait ensuite été plongé dans un bain d’acide, le duo espérant le dissoudre comme dans la série «Breaking Bad».

Un mobile dérisoire, un crime abject et deux accusés aux airs d’étudiants modèles devenus, en l’espace de quelques mois, de véritables toxicomanes : le procès du meurtre d’Éva Bourseau, massacrée en juillet 2015 à l’âge de 23 ans s’est clos ce vendredi à Toulouse (Haute-Garonne). Peu avant 14 heures, Taha Mrani Alaoui, 25 ans, et Zakariya Banouni, 22 ans, ont été condamnés par la cour d’assises de la Haute-Garonne respectivement à 30 et 25 ans de réclusion criminelle. Des peines qui prennent en compte l’horreur absolue du crime mais aussi la jeunesse des accusés au moment des faits – un cran en dessous ce que l’avocat général avait réclamé (perpétuité et trente ans).

Dans son réquisitoire, mercredi, David Sénat avait évacué l’excuse de la drogue et fustigé les deux accusés qui disaient y avoir trouvé une échappatoire à leur échec scolaire. « La drogue, la drogue. On répète ce mot comme si ça changeait quelque chose. Comme si la défonce était une fatalité ! » avait tonné le magistrat, moquant ces « problèmes de milliardaires », allusion à la dégringolade scolaire des accusés, en fait toute relative.

Tuée à coups de poing américain

Élèves doués et promis à de brillantes études, poussés par leurs parents, Taha et Zak avaient fini par s’inscrire en fac de maths. Le premier après avoir échoué aux concours de Centrale et Polytechnique – et ayant pourtant intégré une prestigieuse école d’ingénieurs – le second après une année décevante en prépa « maths sup ».

Mais le tandem s’était bien vite enfoncé dans la drogue (ecstasy, LSD, kétamine, speed…) jusqu’à vouloir cambrioler leur amie Éva, elle aussi consommatrice et revendeuse de stupéfiants. La jeune femme avait finalement été tuée à coups de poing américain et de pied de biche, dans son studio toulousain, au petit matin du 27 juillet 2015. Mais le pire est ailleurs. « Ils ont transformé la victime en objet de laboratoire », a crûment résumé David Sénat.

Pour maquiller le crime, Taha, avait suggéré de s’inspirer de la série « Breaking Bad » dans laquelle un cadavre est dissous dans une solution chimique. Quelques heures après leur forfait, les deux étudiants avaient donc acheté des litres d’acide chlorhydriques, une malle en polypropylène. Puis plié le corps pour l’y faire entrer, surveillant jour après jour, pendant une semaine, sa destruction.

« Vous irez directement en enfer, parce que vous êtes les fils du diable » leur lancera ainsi Christophe Bourseau, le père d’Eva, à la barre. La mère de cette jeune femme attachante, originale et entière n’a, quant à elle, pas eu la force d’assister au procès.

« L’admiration » de Zak pour Taha

Dans leur verdict, les jurés ont toutefois suivi l’avocat général en opérant une distinction entre les deux accusés, punissant plus sévèrement Taha. Zak voyait en lui son « grand frère », avait de « l’admiration » pour ce garçon de trois ans son aîné, si charismatique. Zak, ce garçon si « empathique », de l’avis de tous, qui, après un premier mutisme, avouera en trois heures pour ne plus changer de version.

Taha, lui, s’était certes rendu de lui-même au commissariat, a souligné sa défense. Mais pour mieux accuser Zak et un troisième homme : « le Chinois », leur grossiste, qui fournissait également Éva. Une version vite démentie. Dans sa plaidoirie pour Taha, Me Edouard Martial avait d’ailleurs lui-même reconnu l’ascendant de l’un sur l’autre, évoquant son client comme « celui qui vous a tiré vers l’enfer », avait-il dit en se tournant vers Zak.

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