C’est un homme sans nom. Sans passé. En tout cas, il semble en avoir tout oublié. Il demeure muet. Ce sont les policiers de la sûreté départementale de Marseille (Bouches-du-Rhône), qui ont fini par lui trouver un surnom : Monsieur 13 Août, comme cette nuit de l’été 2017 où il a atterri à l’unité d’hébergement pour sans-abri de la Madrague-ville, à Marseille (Bouches-du-Rhône).

Coincé sous un pont autoroutier, entre des tas de gravats, des pneus déchiquetés et une zone de travaux, ce bâtiment préfabriqué perdu en haut du quartier Bougainville a été son premier point de chute. Là où on l’a croisé pour la première fois, la photo de son visage mutin diffusée par les autorités évoque un vague souvenir. Tout juste se rappelle-t-on que l’homme était plutôt propre sur lui ce 13 août 2017, avant qu’un événement inconnu le plonge dans une violente crise de nerfs. Il a été interné dans la foulée à l’hôpital psychiatrique Edouard-Toulouse de Marseille, où il réside depuis un an et demi.

Agé d’environ 37 ans

Intrigué par l’absence de visiteurs, et une fiche de renseignements désespérément vierge excepté les lettres « MSAO » griffonnées par le mystérieux Monsieur 13 Août, le personnel de l’hôpital psychiatrique alerte les autorités au bout d’un an. La brigade administrative de Marseille est saisie par le parquet. Elle se met en quête de l’identité de cet inconnu. La police scientifique recueille ses empreintes, mais elles n’apparaissent dans aucun fichier. Les enquêteurs questionnent la police aux frontières, les préfectures, ou encore l’Agence régionale de santé pour trouver d’éventuelles traces de son passage dans un autre hôpital. En vain.

« On a presque monté une enquête criminelle pour une recherche d’identité », résume Marjorie Ghizzoli, cheffe de la sûreté départementale des Bouches-du-Rhône. Seul indice tangible : d’après une expertise osseuse, l’homme serait âgé d’environ 37 ans.

« S’il joue un rôle, il est fort »

Démunis malgré leurs multiples recherches, les policiers lancent un appel à témoins fin octobre. Une personne croit l’avoir vu dans une banque, une autre sur un navire comme marin philippin. L’ambassadeur des Philippines est dépêché de Paris pour tenter de faire parler Monsieur 13 Août dans sa langue natale. Un aumônier l’accompagne et s’adresse à lui en tagalog, un dialecte philippin. Surprise : l’homme mystère baragouine quelques mots en… anglais. Mais l’échange n’avance en rien les enquêteurs, qui n’ont pas été avertis de cette visite inopinée. Jointe, l’ambassade confirme que l’homme n’est « probablement pas philippin ».

Est-il possible d’avoir affaire à un simulateur, comme dans le cas de Piano Man ? « S’il joue un rôle, il est fort », estime Marjorie Ghizzoli. « Après un an à l’hôpital, questionné par des médecins ou des policiers… cela ne peut pas être un comédien, sauf à être le plus grand acteur du monde. »

Dans sa chambre, l’homme est calme et souriant. Son activité préférée consiste à dessiner tel un enfant, sans un mot. A chaque apparition des enquêteurs, son regard s’illumine. Mais rien ne sort.

Il pointe du doigt le Laos et le Viêt Nam

Le 20 décembre, les enquêteurs ont rendu une ultime visite à Monsieur 13 Août, accompagnés d’un psychiatre et d’un interprète en anglais. La scène a des allures d’opération de la dernière chance : à huit dans la pièce, les policiers agitent des drapeaux de différents pays asiatiques, diffusent des hymnes, questionnent l’homme et le font dessiner sur une tablette.

À la vue d’une mappemonde, il pointe du doigt le Laos et le Viêt Nam. Serait-il issu de cette région éloignée ? Quand est-il arrivé en France ? Aucun indice fiable pour l’instant.

L’enquête pourrait encore durer plusieurs mois. Si aucune piste n’aboutit, le parquet de Marseille décidera de donner une nouvelle identité à Monsieur 13 Août. Il sera nommé selon le nom du saint du jour où il a été retrouvé, et son lieu d’habitation actuel : Hippolyte Toulouse. Une identité aussi étonnante que son histoire.

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