Meurtre de Tom, 9 ans, dans l’Aisne : les «flashs» et les revirements du suspect

Sept mois après le viol et le meurtre du garçon dans le village d’Hérie-la-Viéville, l’instruction a mis au jour de nouveaux éléments accablants pour le suspect. Elle esquisse le profil d’un jeune homme perturbé.

« Je vois Tom allongé dans une mare de sang. Je me vois ensuite en train de frapper quelque chose, sans savoir quoi ni pourquoi. » Poussé dans ses retranchements en fin de garde à vue, le 30 mai 2018 vers 22 heures, Jonathan Maréchal décrit « les flashs » qui, dit-il, lui reviennent soudainement en mémoire. Le suspect de 27 ans, coiffé d’une imposante crête blonde et porteur de larges piercings, se souvient qu’il a conseillé à Tom, un garçon de 9 ans, de cueillir des cerises dans un jardin abandonné de leur petit village du Hérie-la-Viéville (Aisne) deux jours plus tôt. Puis, sans pouvoir l’expliquer, il se revoit « au-dessus » du corps inerte de l’enfant, avec « quelque chose de gros » entre « les deux mains ».

A-t-il tué Tom ? « Je ne sais pas », répond-il, tout en décrivant du « sang » sur ses mains et ses chaussures. L’a-t-il violé ? « Pas que je sache. » L’autopsie a, en tout cas, révélé des lésions et un traumatisme crânien violent, causés par un parpaing retrouvé sur la scène du crime. Mais aussi des traces d’une agression sexuelle, possiblement post-mortem. Une affaire sordide qui a secoué le village de 240 âmes, marquée par l’absence de témoins et de preuves scientifiques formelles : la scène du meurtre avait été nettoyée en partie par la pluie…

Il est revenu sur ses aveux

Sept mois plus tard, Jonathan Maréchal reste mis en examen pour « homicide sur un mineur de moins de 15 ans » et écroué dans une prison francilienne. Il est revenu sur ses aveux partiels lors de ses derniers interrogatoires devant la juge d’instruction.

Ses « flashs » ? Le jeune excentrique, aux tatouages à l’effigie de personnages de dessins animés japonais, accuse désormais les gendarmes de la section de recherches d’Amiens de lui avoir soufflé les réponses et mis la pression pour qu’il avoue. « Il faisait très chaud pendant les auditions. J’étais assez fatigué, j’avais des migraines. […] Quand ils me parlaient, ils me donnaient pas mal de détails sur l’affaire et j’avais l’impression de voir les mots qu’ils me disaient, comme des flashs, mais je ne me voyais pas le faire », développe l’ancien employé agricole, se disant totalement innocent.

Des vêtements appartenant à Tom et au suspect

Cette nouvelle version est cependant affaiblie par des découvertes récentes des enquêteurs. Ainsi, bien après le crime odieux, ils ont retrouvé dans un champ du Hérie, propriété du maire de la petite commune, des vêtements abandonnés : des baskets, des pantalons de survêtement, un polo, un caleçon pour enfant, un boxer couleur framboise. Ce sont des agriculteurs qui moissonnaient cette parcelle en bordure de route qui ont fait la découverte. Il s’agit d’affaires appartenant… à Jonathan Maréchal et à Tom.

Les gendarmes ont fait le rapprochement avec l’un des « flashs » décrits par le suspect lors de sa garde à vue. Le jeune homme racontait s’être débarrassé de ses vêtements, dont il a fourni une description précise, ainsi que de certaines affaires de Tom le soir du meurtre. Le corps martyrisé de l’enfant avait été découvert dans le jardin abandonné, caché sous des palettes et des branchages, en partie dénudé, vêtu de chaussettes et d’un t-shirt remonté au visage.

« Que pensez-vous du fait qu’on a retrouvé des vêtements d’adulte et d’enfant pouvant correspondre à ceux de Tom et ceux que vous avez décrits [en garde à vue] ? » le tance la juge lors d’une audition. Réponse : « Je ne sais pas comment c’est arrivé là. »

Plus accablant, une expertise rendue le 29 septembre indique que des traces de sang ont été décelées au « luminol », produit révélateur, sur les vêtements retrouvés dans le champ. Des analyses génétiques sont toujours en cours pour déterminer si elles appartiennent à Tom.

Jamais sorti de l’adolescence

Quant à la question du mobile potentiel du meurtre, les gendarmes disposent maintenant de quelques pistes. Interrogée, l’une des sœurs de Jonathan Maréchal estime que celui-ci, homosexuel revendiqué, a fait « un transfert » sur la victime avec un jeune homme de la région dont il était amoureux et qui l’aurait éconduit. « Un blond aux yeux bleus », comme Tom, qui s’appelle… Thomas.

Convoqué à son tour par les gendarmes, ce dernier formule la même hypothèse. « Je me demande si [Jonathan] n’a pas fait une projection de ma personne sur le petit Tom », dit-il, soulignant que le meurtrier présumé a toujours été « attiré » par lui.

En sept mois, les différentes auditions menées par les enquêteurs dessinent le portrait d’un suspect perturbé et narcissique, qui ne serait jamais sorti de l’adolescence. Le tout sur fond d’environnement familial très sombre, entre soupçons de sévices sexuels entre membres du foyer et hospitalisation du père pour schizophrénie. Les gendarmes ont découvert que le jeune marginal, sans emploi, passait son temps à échanger virtuellement avec des jeunes hommes et adolescents. Des conversations très crues dans des rapports dominant-dominé. Des vidéos pornographiques le mettant en scène, sans qu’il soit possible de déterminer l’âge de ses partenaires, ont également été retrouvées sur son téléphone.

Des parents « soudés dans la peine »

Le plus troublant reste son message publié sur Facebook deux mois avant le meurtre dans lequel il évoque des accusations de pédophilie portées à son encontre. Interrogé à ce sujet, Jonathan Maréchal explique qu’il avait été accusé d’avoir « abusé » d’un garçon de 12 ans en présence de témoins lors d’une soirée. Mais aussi d’avoir eu des rapports sexuels avec des animaux. Ce qu’il conteste fermement.

S’il nie tout penchant pédophile, Jonathan Maréchal, dont le casier judiciaire est vierge, admet « une attirance pour des jeunes de 17-18 ans, même 16 ans ». « Mais je n’ai jamais forcé personne », précise-t-il lors d’une audition. Le suspect a depuis été placé à l’isolement en détention après avoir reçu des menaces. Contactées, ses avocates n’ont pas répondu à nos sollicitations.

Depuis le drame, la mère de Tom est restée vivre au Hérie-la-Viéville avec ses deux fils aînés. Le père, avec qui elle est séparée, est lui aussi domicilié dans la région. « Ils souffrent mais ils restent soudés dans cette bataille judiciaire pour la mémoire de Tom, explique leur avocat, Me Paul-Henri Delarue. Le système de défense de M. Maréchal est très mal vécu par mes clients car il y a des éléments contre lui. Ils aimeraient comprendre pourquoi leur fils a été tué dans des conditions sauvages. Même si, au fond, ils savent très bien que, aveux ou pas, cela n’atténuera pas leur peine immense. »

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Article en provenance du PARISIEN

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