Eure-et-Loir : huis clos sanglant dans le pavillon familial

 

Mano Guerfi a été retrouvé mort chez lui, un couteau planté au-dessus du cœur. La scène de crime avait été modifiée et le couteau lavé. DR

Une mère de famille et ses trois enfants ont été mis en examen, soupçonnés d’avoir tué leur époux et père.

Les chats de la famille Guerfi ont déjà pris pension chez les voisins. La maison rue Jean-Moulin, dans un quartier pavillonnaire calme et paisible de Saint-Rémy-sur-Avre (Eure-et-Loir), est toute simple, le jardin encombré de vieilles voitures. Des scellés ont été posés pour cause d’homicide volontaire.

Donazyad Guerfi, 48 ans, son fils aîné Abdeslam, 24 ans, sa fille Inès, 21 ans, et le troisième enfant, un mineur de 17 ans, sont tous soupçonnés d’avoir participé au meurtre, chacun à des degrés divers, de leur époux ou père, Mano, 53 ans, agent d’entretien dans une usine automobile, dimanche 7 janvier. Le père de famille a été poignardé au-dessus du cœur. Un meurtre au « scénario flou, dans un Cluedo familial qui reste à éclaircir », indique Rémi Coutin le procureur de Chartres qui évoque un huis clos sur fond de tension entre le mari et sa femme.

Selon sa fille, Mano « se serait planté le couteau dans le cœur »

Lors de sa garde à vue, Inès, la fille du couple, a indiqué « avoir eu une dispute avec son père » pour « une raison obscure » selon le magistrat. Le père aurait cherché à étrangler sa fille qui l’aurait repoussé et il serait tombé sur une table. La fille serait alors remontée dans sa chambre tandis que le père agonisant aurait appelé son fils Abdeslam. Là, Inès aurait constaté que son « père se serait planté le couteau dans le cœur ».

Un déroulé des faits troublant et ce d’autant plus qu’à l’arrivée des secours, « le pull et le tee-shirt de la victime étaient déjà dans la machine à laver » selon le procureur. Et que le corps avait été déplacé du pied de l’escalier dans le salon. Quant au couteau, il avait été lavé. « Une certitude, la scène de crime a bien été modifiée », note le magistrat qui a « exclu » le suicide, un temps évoqué par les déclarations des mis en cause.

«Son épouse voulait qu’il quitte la maison »

« On sentait Mano malheureux. Il était isolé dans son couple. C’était un brave homme, doux, ouvert, serviable, gentil et par-dessus tout respectueux. Son épouse voulait qu’il quitte la maison », témoigne Nadine, la fidèle voisine depuis dix ans, « décontenancée » par « cette tragédie » (lire son témoignage ci-dessous). « Il venait souvent à la maison nous apporter le thé. Il jouait aux dominos avec mon mari ou aux fléchettes dans le jardin. Samedi soir encore, il était là avant que je ne parte à la messe », ajoute la voisine qui le décrit comme un « homme pudique faisant face à des difficultés financières certaines ». Il avait contracté un prêt à la consommation de 40 000 € sans savoir ce qu’il avait signé, indique le procureur Coutin car « il ne lisait pas le français », confirme la voisine. Il allait aussi chercher du bois dans les forêts environnantes pour alimenter le poêle familial et demandait souvent des coups de main et des outils à des voisins pour réparer ses vieilles voitures souvent en panne.

Lors de la garde à vue de l’épouse et de la fille de Mano, toutes deux ont évoqué le fait que l’ouvrier « volait les petites culottes des unes et des autres et les mettaient sur sa tête » et qu’il « avait des comportements déviants », détaille le procureur. « Ce comportement aurait été à l’origine de la dispute avec sa fille », ajoute-t-il. Mais les deux fils, réentendus sur ce point lors de leur garde à vue, « n’ont pas confirmé cette version ». « Je n’ai jamais rien senti de malsain chez lui, bien au contraire », assure la voisine sous le regard approbateur de sa fille. « Le principal, c’est d’avoir tous les protagonistes sous la main de la justice pour réussir à déterminer le rôle de chacun dans ce huis clos », constate le procureur Coutin. La mère et ses deux aînés ont été mis en examen et écroués. Le dernier enfant mineur a été placé sous contrôle judiciaire.

 

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Donazyad Guerfi, la femme de la victime.

Une voisine décrit un homme exclu de sa famille

Nadine, la voisine, connaissait bien Mano mais beaucoup moins sa femme, Donazyad, et sa fille Inès. « Toutes les deux, elles faisaient semblant de ne pas nous voir et ne répondaient même pas aux bonjours. » Nadine raconte également la visite troublante d’amies d’Inès le jour du drame : « Dimanche, ses amies sont venues chez nous. Elles étaient inquiètes, elles ne comprenaient pas ce qu’il se passait. Inès avait envoyé un SMS le matin même à 9 heures, pour dire à un ami que son père avait fait une crise cardiaque et qu’il n’avait pas pu être réanimé. C’est quand même étrange de raconter ça… ».

 

La voisine se souvient aussi des fils de Mano: «Ils étaient adorables. Abdel, son fils ainé, je ne peux pas croire qu’il ait pu faire quoi que ce soit à son père, c’est un jeune homme très doux. Il cherchait toujours ses chats. Son père était fier de lui parce qu’il avait fait un BTS en informatique. Le fils cadet aussi était mignon comme tout, très jovial. Il me faisait souvent des signes pour me dire bonjour quand je le croisais ».

 

Nadine dépeint néanmoins un homme exclu de sa famille, laissé pour compte. « Cet été, sa femme est partie en vacances sans lui. Au moins à deux reprises, dont une fois il y a peu en décembre, il s’est retrouvé à la porte de chez lui. Toute sa famille était partie sans lui laisser de clé. Il a dû patienter toute la journée dehors. Une autre fois encore, sa famille est allée sans lui à un mariage. Ils sont partis avec la carte bancaire, ils ne lui avaient même pas laissé 20 € pour manger et mettre de l’essence dans sa voiture ».

 

Mais ce qui tient surtout à cœur à la voisine, c’est de rétablir l’honneur de son ami et voisin accusé d’avoir eu des gestes équivoques envers sa fille et sa femme. « Je ne peux pas le croire, ça ne tient pas debout. Il n’y avait rien de malsain chez lui. J’ai deux filles, il n’a jamais eu de comportement ni même un regard déplacé envers elles. Je n’habitais pas avec eux mais je peux pas imaginer ça. On ne peut pas se tromper à ce point-là sur quelqu’un», jure t-elle.

Source: Le parisien

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