Près de cinq ans après l’affaire qui avait fait scandale, la Canadienne Emily S. a retrouvé lundi aux assises à Paris les deux policiers qu’elle accuse de viol dans les locaux de la police judiciaire parisienne lors d’une soirée très arrosée, mais qui continuent de clamer leur innocence.

«Je plaide non coupable», a déclaré à la barre Nicolas R., 49 ans, crâne rasé et vêtu d’un costume sombre, dans ses premiers mots à la cour. «J’espère pouvoir démontrer mon innocence pendant ces trois semaines de procès et reprendre une vie normale. Au-delà des complications professionnelles, ça a été un cataclysme dans ma vie privée. Ça a été très compliqué d’expliquer tout ça à ma fille ado.»

Même tonalité chez son collègue, Antoine Q., 40 ans : «Jamais je n’aurais pu faire une chose pareille à cette dame.»

Il a reconnu tardivement dans l’enquête, probablement poussé par les expertises génétiques, qu’il y avait eu des caresses sexuelles consenties, avec une pénétration digitale. «J’ai été long à en parler, mais j’ai une vie familiale», a-t-il tenté de justifier.

La victime présumée avec son avocat

Emily S. n’a pas pris la parole au premier jour de ce procès. Cheveux très courts, pantalon et chemisier noirs, cette Canadienne de 39 ans est venue de Toronto pour le procès qui se déroule au palais de justice de Paris, d’où l’on peut apercevoir le pub, de l’autre côté de la Seine, où toute l’affaire a démarré, le 22 avril 2014.

Emily S., alors en vacances à Paris, avait rencontré les policiers de la BRI (Brigade de recherche et d’intervention, un service d’élite) au comptoir, dans une ambiance de flirt, festive et alcoolisée. Peu après minuit, la touriste, Antoine Q. et Nicolas R., se sont rendus au 36 Quai des Orfèvres, pour une visite nocturne de ces célèbres locaux de la police judiciaire.

Elle est entrée, joyeuse, dans le bâtiment à 0h40, mais en est ressortie à 2h, en larmes, en état de choc, sans ses collants, chaussures à la main. «Quatre policiers m’ont violée avec condoms [préservatifs]», a-t-elle raconté dans ses premières déclarations aux enquêteurs.

Elle accuse les policiers de l’avoir forcée à boire, puis de l’avoir violée, avec fellations et pénétrations vaginales forcées. Elle parlera ensuite d’au moins deux violeurs.

La salle de cour où le procès a lieu.

«Orgie»

«Les présentations sont très contrastées», a souligné le président de la cour, lors de la lecture du dossier. La cour entendra une cinquantaine de témoins et experts, pour tenter de faire la lumière sur les faits.

Qui dit vrai? La personnalité et le passé de la victime présumée seront sans aucun doute examinés à la loupe. La présence d’opiacé, de cannabis a été retrouvée dans les analyses toxicologiques. Des experts ont parlé d’une personnalité «borderline», mais elle n’a pas été jugée affabulatrice.

Éléments compromettants

Parmi les éléments pesant contre les policiers, un SMS : «Ça est une touseuse [partouzeuse], dépêche», avait envoyé Nicolas R. à un collègue.

Photos, vidéos, messages de cette nuit-là ont été effacés, mais un autre, cru, a été retrouvé : «Suite à notre petite soirée arrosée, Antoine, gamin et Nico ont montés une gonzesse au 36 pour la fourrée. Sauf qu’elle a déposé plainte pour viol.»

Les empreintes génétiques des deux accusés ont été trouvées sur le string d’Emily S. Deux caleçons d’Antoine Q. portent l’ADN d’Emily S. mélangé à son sperme. L’examen médico-judiciaire a révélé notamment une lésion gynécologique traumatique sur le sexe de la victime présumée.

Selon son avocate Sophie Obadia, Emily S. souffre toujours d’un choc post-traumatique. «Elle ne travaille plus, elle est retournée vivre chez ses parents». Les policiers, qui avaient été suspendus quand l’affaire a été révélée, ont eux repris le travail, dans un autre service.

Avec AFP

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