Viols au centre aéré de Nîmes: 200 familles seraient victimes

Jacques Le Roi, 62 ans, l’ancien directeur, est accusé de viols et d’agressions sexuelles sur plusieurs fillettes qui fréquentaient en 2014 et 2015 le centre de l’Oeuvre Argaud, une institution nîmoise.

 Les enquêteurs de la brigade des mineurs à la barre.

“C’était un peu surprenant compte-tenu de son âge et de sa position de le voir dans la piscine. Il faisait chaud, il y avait beaucoup de monde, d’autres enfants, d’autres animateurs” raconte Guillaume, enquêteur à la brigade des mineurs de la Sûreté départementale du Gard. C’est lui qui est allé interpeller, le 8 jullet 2015 Jacques Le Roi à l’Oeuvre Argaud, deux jours après la déposition de Léonie, 11 ans, la première à s’être plaint du comportement de l’ancien directeur. 

Une pénétration “par accident ?”

Autre suprise pour les policiers: “Il nous déclare de suite: “je pense que c’est pour Léonie.” Le sentiment que j’ai, c’est qu’il sait au fond de lui-même que ce qu’il a fait n’est pas normal. Au début il parle d’accident pour la pénétration digitale. En tant qu’enquêteur, j’ai du mal à y croire. Il reste dans la minimisation. Pendant la garde à vue, il s’inquiète de son propre sort, mais je n’ai pas eu de mots sur la victime. Quand je l’interroge sur des actes commis sur d’autres enfants, il répond: “Il se peut que certains de mes gestes soient mal interprétés par les enfants.”

200 familles contactées

“Nous avons récupéré le listing exhaustif des familles 200 familles qui fréquentaient le centre” enchaîne Jean-Philippe, le second enquêteur à être intervenu sur l’affaire.  “La plupart répond. Cinq familles avaient eu des confidences laissant entendre que leur enfant avait pu être victime d’agissements suspects de sa part.”

“Ces enfants sont alors âgées de six à huit ans. Sont-elles crédibles ?” demande Me Lobier-Tupin, partie civile. “Les auditions sont difficiles, elles parlent vraiment avec des mots de petites filles. Il n’y a pas de paroles qui puisse venir d’adultes” répond le policier. ” Les auditions des enfants se passent à l’hôpital, dans une salle spéciale, avec des poupons sexués, garçon et fille. On demande aux enfants de montrer ce qui s’est passé pour elles sur le poupon. Cela détend l’enfant et comme cela les réponses sont beaucoup plus naturelles.”

La surprise des formateurs

Le policier a aussi interrogé les formateurs qui ont encadré Jacques Le Roi lorsqu’il s’est reconverti pour devenir directeur de centre aéré. “Ils étaient très surpris. L’un d’eux m’a dit qu’ils avaient abordé le thème de l’agression sexuelle sur mineur et qu’il avait eu un comportement normal et approprié. Ils étaient choqués de voir qu’ils avaient pu passer à coté de quelque chose”.

L’accusé raconte son parcours de vie.

“Ça a été plus fort que moi. Je n’ai pas su me contrôler” explique Jacques Le Roi, à la barre de la cour d’assises du Gard. Avant que le procès ne se penche sur les faits qui lui sont reprochés, cet homme chauve aux lunettes dorées a retracé son parcours de vie devant les jurés. Une vie qui s’est entièrement passée à Nîmes, et qui est marquée par le décès précoce de ses parents: “A 4 ans j’ai perdu mon père et à 5 ans j’ai perdu ma mère, j’ai été élevé par ma grand-mère”.

Dans son enfance, il fréquente dès l’âge de sept ans le centre de l’Oeuvre Argaud, avenue du Général Leclerc, qui se trouve non loin de son domicile. “J’ai dû y rentrer quand j’avais 7 ou 8 ans, dans les années 60 70. On avait des activités de jeu, on avait aussi tout le coté religieux, avec les messes, le chapelet. c’était les grands qui s’occupaient des petits, et il y avait des prêtres qui étaient là pour encadrer.”

“C’était hiérarchisé, on avait des charges, enfant de choeur, sacristain, premier servant, maître, toutes ces charges étaient remises à plat chaque année. Dans la chapelle, l’endroit central de l’oeuvre, chacun avait une place selon sa charge.”

Vendeur dans des magasins de sports

Après un bac comptabilité, il fait une carrière de vendeur dans les magasins de sports. “J’ai commencé dans le tennis de 1981 à 2002. Une carrière de 31 ans dans le sport.Je pratiquais un peu mais j’étais surtout intéressé par le matériel, la technicité. Je cordais des joueurs professionnels.” Il tient longtemps un magasin situé tout près de l’Oeuvre Argaud, qu’il ferme en 2005, pour travailler comme employé chez un concurrent. A partir de 2012, il s’investit avec d’autres anciens dans la reprise du centre aéré, que l’institution religieuse qui l’a fondé au milieu du XIXe siècle a délaissé: “Ils avaient un manque de vocation et de personnel, Nîmes a été la première maison qu’ils ont sacrifiée.” Et en 2015, il se reconverti, passe ses diplômes d’animateurs et de directeur de centre de loisir. 

Pulsions et regrets

“A partir que quand avez vous commencé à sentir une attirance pour les enfants ?” demande son avocat, Me Alain Ottan.

“Ça a a été à partir du moment où je me suis retrouvé là. Ça a été difficile. Quand j’y repense, j’arrive pas à comprendre ce qui s’est passé. Je regrette énormément ce que j’ai fait. C’était un boulot qui me plaisait bien, je ne sais pas pourquoi ça a dérapé.”

“Vous êtes père, grand-père vous avez conscience que la personne d’un enfant est sacrée. Cet interdit, vous l’avez transgressé. Comment vous analysez ce passage à l’acte ?

“Ça a été une attirance pour une personne. C’était plus fort que moi, j’ai pas su me contrôler.”

 Ouverture de l’audience

“Je reconnais une partie des faits, les attouchements et les viols sur Léonie, et je conteste les attouchements sur les autres enfants.” Jacques Le Roi, 62 ans, a donné d’emblée sa position devant la cour d’assises du Gard, où il comparaît à partir de ce lundi 21 janvier, et pour trois jours.

L’ancien directeur du centre aéré L’Oeuvre Argaud, une vénérable institution nîmoise, fréquentée depuis 181 ans par des générations de Nîmois, est accusé d’avoir commis des viols et atteintes sexuelles sur une fillette de 11 ans, et des atteintes sexuelles sur quatre autres jeunes filles, entre 2014 et 2015.

Pendant les vacances scolaires

L’affaire a été révélée en juillet 2015 lorsque Léonie, 11 ans, a raconté à sa famille ce qu’elle subissait pendant les vacances scolaires où elle allait à ce centre aéré: des caresses appuyées, et des pénétrations digitales de la part de celui que tout le monde, au centre, appelait Jacques. 

Arrêté deux jours plus tard, alors qu’il était, à l’arrivée de la police, dans la piscine du centre avec plusieurs enfants, Jacques Le Roi a rapidement reconnu les faits dénoncés par Léonie, évoquant des pulsions réveillées par l’exercice de ce métier de directeur de centre de loisir. 

L’accusé encourt 20 ans de prison

L’enquête a mis au jour des attouchements subis par quatre autres fillettes. Jacques Leroy, qui a passé 22 mois en détention, et 18 mois sous surveillance électronique à son domicile, comparaît libre. Il encourt 20 ans de réclusion criminelle.

D’après Midi-Libre

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