Le 14 janvier 1991, Anaïs Marcelli, 10 ans, disparaissait à Mulhouse avant d’être retrouvée morte étranglée trois mois plus tard au col de Bussang.

“J’ai des éléments nouveaux d’ordre factuel que je ne peux dévoiler pour ne pas gêner le déroulement des investigations”, a indiqué MeThierry Moser. 

Des nouveaux éléments seraient en cours d’exploitation par les enquêteurs.

Ainsi cela devrait permettre peut-être de résoudre l’affaire.

L’histoire :

L’enlèvement et le meurtre de la petite Anaïs en 1991 sont toujours restés sans coupable. Les enquêteurs ont pourtant une forte conviction, mais les preuves manquent. Le père d’Anaïs dit détenir de nouveaux éléments et voudrait bien rouvrir le dossier.

Le 14 janvier 1991 à Mulhouse, Anaïs Marcelli, dix ans au moment des faits, disparaît à seulement 200 mètres de son domicile, alors qu’elle rentre de l’école. Sa disparition donne lieu dès le lendemain à une traque dans toute l’Alsace. La Croix-Rouge, les associations de chasseurs et des magnétiseurs s’associent aux gendarmes pour retrouver la fillette. Le canal du Rhône au Rhin est vidé. Aucune piste n’est écartée. Des prostituées sont mêmes mises à contribution afin d’identifier les personnes des environs ayant des « déviances sexuelles » ou les réseaux de prostitution dans lesquelles Anaïs auraient pu tomber.

Une cellule d’expertise inédite pour l’époque est créée autour du juge Sengelin sous le nom de « Groupe Anaïs », dans laquelle coopèrent des magistrats, un procureur, des policiers, une psychologue et des scientifiques. Cette cellule sera active durant sept années.

Un corps qui change de département

Le 21 avril 1991, elle est retrouvée morte à trente kilomètres du lieu présumé de son enlèvement. Son corps est mis en scène, entouré et recouvert partiellement de pierres, comme s’il avait été placé dans un mausolée. La mort semble avoir été causée par asphyxie, sans doute par strangulation, mais il n’est fait état d’aucune agression sexuelle ou de grande violence. Des ecchymoses au niveau du dos, des coudes et du poignet droit montrent qu’elle se serait débattue avant d’être étouffée.

Les légistes ne parviennent pas à dater le meurtre puisque le corps retrouvé par un couple de randonneurs semble avoir passé de longues semaines sous la neige. Le cadavre gît au bord d’une route à la frontière entre deux départements : le haut Rhin (Alsace) et les Vosges (Lorraine), du côté vosgien. On ne sait pas si le corps a été déplacé post mortem ou si la fillette a été tuée sur le lieu où elle a été retrouvée.

Ce détail aura pour effet de retarder les investigations puisqu’il faudra attendre l’identification du corps pour faire le lien avec l’enquête pour enlèvement et pour que le juge d’instruction de Mulhouse, Germain Sengelin, puisse ouvrir une enquête pour meurtre. La question se pose toujours de savoir si le corps a volontairement été transporté dans un autre département dans le but de retarder l’enquête.

Un corbeau revendique l’enlèvement

Sept lettres anonymes ont été envoyées, tapées à la machine et bourrées de fautes d’orthographe, tout d’abord à l’école d’Anaïs, puis à la presse, au magazine Panam et à Jacques Pradel, alors animateur de l’émission « Témoin numéro un ».

Le corbeau se décrit comme un prédateur d’enfants et dit vouloir mettre Anaïs enceinte. Il fait référence de manière très détaillée à une autre affaire, l’enlèvement d’un enfant en 1974 à Sainte-Savine non loin de Troyes et que son kidnappeur aurait laissée libre. Ils retrouveront la victime de Sainte-Savine, alors adulte, qui confirmera les détails décrits dans la lettre.

Les lettres du corbeau sont analysées par le Groupe Anaïs dont les linguistes estiment que les lettres pourraient être l’œuvre du grand-père d’Anaïs, mais que sa mère pourrait aussi y avoir contribué.

L’analyse linguistique d’un courrier n’étant pas une science exacte, ces conclusions ne constituent pas une preuve suffisante pour justifier une inculpation, mais elles vont nourrir la conviction des enquêteurs.

Une forte conviction qui se heurte à un manque de preuves

Un faisceau d’indices incite à la poursuite de l’enquête au sein même de la famille d’Anaïs. Des incohérences apparaissent dans les déclarations de Bernard Riedweg, son grand-père, dont le bureau se situe sous l’appartement dans lequel vivait la fillette. Il change plusieurs fois la version et n’a pas d’alibi pour l’heure de la disparition. De plus, il aurait demandé à sa belle fille (la mère d’Anaïs) de changer sa version des faits lors de la reconstitution et aurait tenté de faire douter une voisine quant aux détails qu’elle transmettait sur son emploi du temps aux enquêteurs.

Mais ce sont surtout les perversions sexuelles de Bernard Riedweg qui alertent les enquêteurs. Lors d’une perquisition à son domicile sont retrouvées des photos annotées de la mère d’Anaïs nue lorsqu’elle était enfant. Placé en garde à vue et entendu en 1996, il avoue avoir été coupable d’attouchements sexuels sur la mère d’Anaïs. Son audition et le témoignage de ses anciennes compagnes tendent à montrer certaines pratiques perverses qui correspondraient à celles adoptées lors de l’enlèvement de Sainte-Savine et revendiquées par le corbeau.

De plus, un fait troublant va encore orienter les enquêteurs sur la piste de la famille d’Anaïs. Dans la maison dans laquelle elle vivait, propriété de son grand-père, se trouvait une remise à charbon. Du charbon ayant été retrouvé sur le corps de l’enfant, les enquêteurs se demandent si Anaïs a vraiment été enlevée sur le chemin du retour de l’école ou si elle ne serait pas plutôt rentrée chez elle.

Mais la conviction d’un juge d’instruction, aussi forte soit-elle, n’est pas suffisante pour mettre un suspect en examen. Il manque aux enquêteurs des preuves matérielles et un mobile. Certes Bernard Riedweg n’a pas d’alibi à l’heure de l’enlèvement, mais sa garde à vue n’a abouti à aucun aveu de sa part. Les centaines de perquisitions menées dans tout le quartier de la victime sont elles aussi restées infructueuses. Un non-lieu sera finalement rendu en 1997 puisqu’il sera estimé qu’il n’y a pas matière à accusation.

Un suspect meurt en prison

Même si la thèse d’un crime intrafamilial reste privilégiée, d’autres pistes ont également été explorées. En 2001, le dossier est rouvert sur la base de nouveaux éléments après les révélations du codétenu de Michel Stocks, un routier serial killer belge incarcéré aux Pays-Bas pour le viol de onze enfants et le meurtre de trois d’entre eux.

Il aurait confié en 2007 à l’un de ses compagnons de cellule avoir tuée une fillette à Mulhouse. Des incohérences font douter les enquêteurs français (pas de témoignages, mode opératoire ne coïncidant pas avec celui du meurtre d’Anaïs), mais ils ne pourront pas entendre ce nouveau suspect. Il mourra accidentellement, brulé vif dans un atelier de sa prison peu avant son audition par la SRPJ, et sans qu’aucune preuve de sa culpabilité n’ait été apportée. Un non-lieu sera prononcé en 2002.

Les serials killers Francis Heaulmes (qui se serait trouvé à Mulhouse pendant les faits) et Michel Fourniret sont également suspectés mais rien ne semble les accuser, pas même les tests ADN qui seront pratiqués.

Enfin, en 2011, le nom de Jean-Pierre Treiber, auteur du double meurtre de Géraldine Giraud et de sa compagne Katia Lherbier, et ayant vécu à une rue de la maison familiale d’Anaïs est évoqué. La piste n’est toutefois pas probante et intéresse peu les enquêteurs. Elle est surtout vue comme un moyen pour l’avocat du père de relancer le dossier et de repousser la prescription jusqu’en 2020.

De nouveaux éléments aptes à relancer l’enquête?

La prescription repoussée redonne espoir à la famille de la victime. Le père d’Anaïs a récemment demandé par l’intermédiaire de son avocat la réouverture du dossier sur base de nouveaux éléments incriminant un membre de la famille. Peut-être est-ce le chaînon manquant permettant la mise en examen de Bernard Riedweg. Le procureur de la République de Mulhouse devra maintenant se prononcer sur une possible réouverture de ce dossier.

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