“Dès qu’elles m’ont attachée, je ne pouvais plus me sauver. Ce n’était plus des amies!”: une jeune déficiente mentale a raconté mercredi les humiliations, violences et viols infligés en 2015 à Verdun, par six personnes jugées depuis dix jours à Nancy. 

“Tout ce qui m’est arrivé m’a endurcie, j’ai plus mûri. Je suis plus méfiante”, raconte d’une voix assurée la victime, une jeune femme menue de 24 ans, des cheveux châtains tombant dans le dos, interrogée toute la journée sur le déroulement des faits. 

A quelques mètres, dans le box, trois hommes et deux femmes, âgés de 22 à 30 ans, sont soupçonnés de l’avoir séquestrée et martyrisée pendant plusieurs jours. La petite copine de l’un deux est jugée pour l’avoir frappée lors d’un passage à tabac qui a duré plusieurs heures et avoir assisté à des brutalités sans réagir.

Placée en famille d’accueil dans son enfance, la jeune fille, atteinte d’une débilité mentale légère, arrive à Verdun à l’automne 2014 pour un contrat d’apprentissage. Elle vit dans un foyer de jeunes travailleurs, découvre avec difficulté l’autonomie et la solitude. “Je me sentais perdue”, reconnaît la victime, placée désormais sous curatelle renforcée. 

Elle retrouve deux amis d’enfance, dont Raphaël Gentilhomme, qui lui présente un couple de femmes mariées, Laëtitia Dupont et Caroline Denisart. Elles l’hébergent, lui extorquent de l’argent et lui infligent divers sévices avec Manuel Pasquereau, Dylan Bouflioune et Raphaël Gentilhomme, en représailles d’un prétendu vol. 

Parfois les souvenirs sont confus, la chronologie des faits incertaine. Mais elle est capable d’attribuer chaque coup, chaque humiliation, à son auteur.

Claques, coups de poing et de pied avec des chaussures à crampons, cheveux rasés, brûlures avec un couteau chauffé à blanc, stylo à bille enfoncé à plusieurs reprises sur les fesses, excréments étalés sur son visage… Des scènes ont été filmées ou photographiées.

– “Capable d’endurer” –

Dans le box, Lætitia Dupont, 26 ans, que la victime présente comme l’instigatrice, s’agace. “Je vais péter les plombs”, lâche-t-elle, excédée par le récit de la jeune femme à la barre.

“Une brûlure de cigarette, c’est particulièrement douloureux. Vous avez crié?”, demande la présidente de la cour d’assises, Catherine Hologne.

“Non, je n’ai rien dit”, répond la jeune fille, habillée d’une jupe en jeans et d’un pull clair. 

“Comment avez-vous cette résistance? Sur les vidéos, vous êtes impassible”, s’étonne la magistrate.

“Je ne peux pas vous dire, c’est mon corps qui réagit comme ça”, avance sans émotion la victime.

Et puis, il y a eu les nombreux viols. “Ces violences-là, j’essaie de les effacer de ma tête”, souligne-t-elle. 

Elle raconte aussi les deux bains forcés dans la Meuse, toute habillée, en pleine nuit. La seconde fois, le groupe l’a empêchée de regagner la berge pendant plusieurs minutes, la repoussant vers l’eau. Arrivée sur le bord, titubante, elle est tombée à cause d’un croche-pied de Lætitia Dupont. 

Craignant pour sa vie, elle avait révélé les faits à son assistante sociale en mars 2015.  

Aujourd’hui, elle refuse tout suivi psychologique, se sent “capable d’endurer tout ça” et a pris “un petit chat pour les cauchemars”. “Je voyais des scènes, les étranglements, les viols, les violences. La semaine dernière, j’en ai encore vécu deux”, précise-t-elle. 

“J’aimerais qu’ils paient pour ce qu’ils m’ont fait, je ne veux pas qu’ils sortent de prison. Ils peuvent recommencer”, ajoute-t-elle.

Leur version des faits ne l’intéresse guère. “C’est sûr qu’il y a plein de choses qu’ils n’assument pas, soit parce qu’ils ont oublié, soit parce qu’ils ne le veulent pas. Mais moi, je sais ce qu’ils m’ont fait”, affirme-t-elle. 

Le verdict est attendu le 8 février.

Le père d’un accusé, âgé de 56 ans et qui comparaissait libre pour “non-dénonciation de crimes”, sera jugé ultérieurement en raison d’une blessure.

Avec AFP

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