MONDE: L’avortement au coeur d’une joute politique aux Etats-Unis

Donald Trump et les républicains sont vent debout contre le gouverneur démocrate de Virginie, qui veut assouplir les conditions d’avortement au dernier trimestre en cas de danger pour la mère.

Des manifestants expriment leur soutien au Planning familial et aux droits liés à la reproduction, le 10 février 2017 à Chicago. - Scott Olson - Getty Images North America - AFP

Des manifestants expriment leur soutien au Planning familial et aux droits liés à la reproduction, le 10 février 2017 à Chicago. - Scott Olson - Getty Images North America - AFP

Le président Donald Trump et d’autres républicains se sont emparés ce jeudi de propos d’un gouverneur démocrate sur l’avortement pour lancer une attaque en règle contre l’opposition sur ce sujet très sensible aux Etats-Unis.

Le gouverneur de Virginie, Ralph Northam, a défendu mercredi un projet de loi dans son Etat, qui assouplit les conditions pour avorter au dernier trimestre de grossesse en cas de danger pour la mère. 

Il s’agit de “cas où il y a un risque de graves malformations”, où “le foetus pourrait ne pas être viable”, a expliqué sur la radio locale WTOP l’élu, qui est par ailleurs pédiatre. 

“Dans ce cas-là, si une femme commence à accoucher”, a-t-il ajouté, “le nourrisson sera mis au monde, l’enfant sera gardé confortablement. Le nourrisson sera réanimé si la mère et la famille le désirent. Ensuite, une discussion aura lieu entre les médecins et la mère.”

Ses propos ont immédiatement entraîné une vague de réprobation dans les rangs républicains. “Les démocrates sont devenus le parti des avortements tardifs, des impôts élevés, des frontières ouvertes et du crime”, a tweeté le président Donald Trump.

Des propos repris partiellement

En retranscrivant uniquement la fin des propos de Ralph Northam, les sénateurs Marco Rubio (Floride) et Ted Cruz (Texas) l’ont accusé dans des tweets distincts de défendre “l’infanticide légal” et de plaider “pour retirer la vie des enfants APRES leur naissance”. 

Et dans l’hémicycle, un autre républicain, Ben Sasse, a repris les mêmes accusations en annonçant qu’il réclamait une procédure d’examen rapide de son projet de loi voulant protéger les “survivants à un avortement nés vivants”. Par ailleurs, il espère obtenir un vote par consentement unanime dès lundi soir prochain sur ce texte, déjà co-signé par 39 autres sénateurs républicains. 

Les républicains contrôlent le Sénat américain (53 sièges sur 100) mais les démocrates ont la majorité à la chambre basse, ce qui rend peu probable toute adoption finale de cette loi par le Congrès américain. 

“J’ai dévoué ma vie aux enfants”, se défend le démocrate

Ralph Northam s’est vivement défendu. “J’ai dévoué ma vie aux enfants et toute insinuation contraire est honteuse et écoeurante”, a-t-il écrit sur les réseaux sociaux, tandis que ses services accusaient les républicains de “faire de la politique avec la santé des femmes”.

La Cour suprême des Etats-Unis a légalisé l’avortement en 1973 et une majorité d’Américains (57%) sont favorables à ce que les femmes puissent y avoir recours, selon un sondage du Pew Research Center.

L’avortement, un marqueur politique fort aux Etats-Unis

Mais le sujet divise fortement en fonction des affiliations politiques -59% des républicains considèrent que l’avortement devrait être illégal dans la plupart ou dans tous les cas, alors que 76% des démocrates pensent l’inverse- et religieuses (61% des évangéliques souhaiteraient qu’il soit illégal). 

Depuis 1973, de nombreux Etats aux mains des républicains ont pris des mesures pour restreindre l’accès à l’avortement. En mai 2018 par exemple, l’Iowa a adopté une loi interdisant d’avorter à partir de six mois de grossesse. Le même mois, le département de la Santé américain a pris des mesures afin de ne plus accorder de subventions aux centres de santé qui ne sépareraient pas physiquement leurs activités de planning familial et d’avortement. 

Pendant la campagne, Donald Trump avait gagné le soutien des évangélistes conservateurs en leur promettant de nommer à la Cour suprême des juges opposés à l’avortement. Depuis son élection, il y a fait entrer deux magistrats, ce qui fait craindre aux militants “pro-choix” un revirement de jurisprudence.

Avec AFP

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