“Ecole de la confiance”: une réforme, six points de tension

Image AFP

Après le lycée, Jean-Michel Blanquer s’attelle à l’école. Instruction obligatoire dès 3 ans, refonte de l’évaluation, rôle étoffé des assistants d’éducation (surveillants)… L’Assemblée examine à partir de ce lundi le premier grand texte sur l’école du quinquennat Macron, qui crispe les syndicats et nourrit les critiques des oppositions.

Ce projet de loi “pour une école de la confiance”, porté par le ministre de l’Education nationale, entend répondre à deux enjeux: “élever le niveau général des élèves” et promouvoir “la justice sociale”.

Il est nécessaire “d’enclencher un cercle vertueux de confiance au sein du système éducatif, mais aussi dans la société grâce à l’école”, fait valoir le ministre. 

Le devoir “d’exemplarité” des enseignants

Le texte est contesté dès son premier article, qui rappelle le devoir “d’exemplarité” des enseignants et le respect que doivent leur manifester en retour élèves et familles.

Des enseignants y voient une volonté de “museler” leur liberté d’expression, alors que des mouvements comme les “stylos rouges” ou #PasDeVague ont émergé fin 2018 sur les réseaux sociaux, dans le sillage des gilets jaunes, afin d’obtenir pour le premier, un meilleur statut des enseignants, et pour le second, dénoncer les violences scolaires.

Cette thématique est absente du texte, le gouvernement ayant récemment repoussé une nouvelle fois son plan contre les violences scolaires, faute d’arbitrage sur certains sujets controversés comme la suspension des allocations familiales pour certains parents, mesure que Les Républicains et le Rassemblement national (ex-FN) vont réclamer dans l’hémicycle.

“L’école du socle”

Autre point de crispation: la notion “d’établissements publics des savoirs fondamentaux”. L’idée est de pouvoir regrouper administrativement – voire physiquement – des écoles et des collèges, à l’initiative des collectivités territoriales. La direction d’un tel établissement reviendrait au directeur du collège, secondé par un adjoint responsable de l’école.

Cette “école du socle”, de la petite section à la 3e, permettrait de réduire le choc de la transition entre primaire et secondaire et d’améliorer les ressources des petites écoles. Dans certaines zones rurales, on y voit surtout une intention de faire des économies et un éloignement entre l’encadrement pédagogique et les parents.

Plus d’écoles internationales

Dans une même veine, le projet de loi prévoit la création “d’établissements publics locaux d’enseignement international” (Eplei). Sur le modèle de l’école publique qui accueille à Strasbourg plus de 900 élèves de 48 nationalités différentes, essentiellement enfants de personnel du Parlement européen, Jean-Michel Blanquer veut développer une dizaine d’écoles internationales.

Plusieurs projets sont en cours, notamment à Courbevoie (Hauts-de-Seine) et à Lille (Nord). Si le ministre assure au JDD vouloir “tirer tout le monde vers le haut”, ses détracteurs parlent d’établissements élitistes avec un accès privilégié pour les enfants d’institutions européennes.

L’instruction obligatoire à 3 ans

Le ministre de l’Éducation “assume” que le projet de loi “ne touche pas à tous les sujets” et défend sa mesure centrale, l’abaissement de l’âge obligatoire de l’instruction – et non la scolarisation – à trois ans au lieu de six. Il y voit une mesure “emblématique” à “la portée internationale”.

“Nous serons le pays (de l’UE) qui positionne l’âge de l’instruction obligatoire le plus tôt dans la vie”, se félicite-t-il. Cette disposition est “totalement symbolique” pour des élus Les Républicains qui réclament sa suppression, arguant notamment que “l’immense majorité” (98,9%) des enfants de 3 à 5 ans sont déjà scolarisés.

De son côté, la gauche reproche au gouvernement de vouloir ôter la mention de l’instruction obligatoire “pour les enfants des deux sexes, français et étrangers”, incluse dans le Code de l’éducation. L’ex-ministre George Pau-Langevin (PS), comme certains députés LaREM, craint que cela ne freine la scolarisation d’enfants étrangers.

Des “missions d’enseignement” pour certains surveillants

Autre pomme de discorde: les “missions d’enseignement” confiées aux assistants d’éducation (surveillants) dès leur deuxième année de licence si ceux-ci préparent les concours au métier d’enseignant. Pour le ministre, c’est une manière de doper le pré-recrutement. Syndicats et oppositions de gauche craignent que ces surveillants ne soient sollicités pour remplacer des enseignants absents.

Un Conseil d’évaluation de l’école

La création du Conseil d’évaluation de l’école (CEE), pour jauger l’efficience des politiques éducatives, braque aussi les syndicats.

“Le CEE proposera des outils d’auto-évaluation aux établissements. Ce sera aux enseignants de s’en saisir”, assure Anne Brugnera, cheffe de file des députés LaREM pour l’éducation, qui réfute toute volonté d’inspecter davantage les personnels.

Refonte de la formation des profs, extension du champ des expérimentations pédagogiques, habilitation pour le gouvernement à refondre par ordonnances l’organisation des académies métropolitaines figurent aussi dans le texte.

Le gouvernement proposera en outre d’y intégrer des mesures de la proposition de loi socialiste pour l’inclusion des élèves handicapés, tout récemment votée par les députés, et d’instaurer une obligation de “formation” pour les jeunes de 16 à 18 ans, mesure annoncée dans le plan pauvreté.

Avec AFP

Laisser un commentaire