Renvoyée devant le tribunal correctionnel le 4 mars prochain, Vanessa Keryhuel a créé l’association Adikia qui regroupe 200 familles accusées de maltraitance sur leurs bébés et criant leur innocence.

Ses yeux s’embuent régulièrement, mais elle garde le fil des événements qui l’ont marquée au fer rouge : les jours d’angoisse aux urgences, la fatigue, l’incompréhension, la douleur d’être séparée de son bébé, le choc d’être placée en garde à vue, la mise en examen…

Vanessa Keryhuel comparaîtra le 4 mars prochain devant le tribunal correctionnel de Rennes pour violences volontaires sur mineur de moins de 15 ans par ascendant. Cette préparatrice en pharmacie de 32 ans installée à Maxent (Ille-et-Vilaine) est accusée d’avoir secoué violemment son fils Hylann alors qu’il n’avait pas deux mois, ce qu’elle nie catégoriquement. Elle encourt 10 ans de prison.

Tout commence le 16 février 2015. Le petit Hylann a 38,5°C de fièvre et il est de mauvaise humeur. Craignant qu’il ait contracté la grippe dont souffrent alors son père et son frère aîné, Vanessa consulte sa pédiatre qui l’oriente vers les urgences. Là-bas, Hylann semble déjà aller mieux. « Il souriait et prenait son biberon », se souvient sa mère. Le médecin qui l’examine remarque immédiatement que sa tête est anormalement grosse et pense à une infection de type méningite.

«La descente aux enfers commence»

S’ensuit une batterie d’examens qui révèlent un épanchement de liquide autour du cerveau. Hylann est hospitalisé et « la descente aux enfers commence », se souvient Vanessa. Le neurochirurgien rassure les parents : « Il nous explique qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter, que notre bébé va bien ». Le 18 février, celui-ci passe un scanner qui met en avant la présence de deux hématomes sous-duraux. « On comprend que c’est grave, mais lorsqu’on pose des questions, personne ne nous répond. »

Cinquième jour d’hospitalisation, le verdict tombe : Hyllan souffre du syndrome du bébé secoué. Le 20 février, l’équipe médicale fait un signalement au procureur de la République de Rennes. La maison du couple est perquisitionnée, les téléphones portables, tablettes et ordinateurs mis sous scellés. Quelques jours plus tard, la Commission départementale d’aide sociale (CDAS) convoque Vanessa et son mari et leur apprend qu’Hyllan va être immédiatement placé durant 15 jours. « On a dû lui dire au revoir, il s’est mis à hurler. Ça a été monstrueux, totalement irréel. »

Convoqué le lendemain à la gendarmerie, le couple est placé en garde à vue durant 36 heures et passe la nuit en cellule. « On m’a mis les menottes pour me déplacer d’un bâtiment à un autre. Je me demandais ce que j’avais fait pour en arriver là ». Un gendarme présente à Vanessa un SMS qu’elle a écrit à une amie le 20 janvier. « Mon fils avait souvent des problèmes pour respirer la nuit. Ça nous stressait beaucoup et j’expliquais dans ce message que j’avais dû le secouer pour qu’il revienne à lui. Le gendarme a pris ça comme un aveu alors que je l’avais seulement sorti un peu rapidement de sa nacelle pour qu’il reprenne sa respiration. »

«Je suis innocente»

Vanessa est mise en examen. Interdiction lui est faite d’entrer en contact avec son mari innocenté qui part vivre chez sa mère. « Et moi, on me laisse seule m’occuper de son grand frère alors qu’on m’accuse de maltraitance. Logique ! »

Le 12 mars 2015, le placement d’Hylann prend fin et il retourne vivre avec son père. La famille ne sera réunie qu’au mois de juillet avec un suivi mensuel de l’aide sociale à l’enfance. En septembre 2016, le juge des enfants ordonne un non-lieu, l’enquête judiciaire, elle, se poursuit. Vanessa découvre sur Facebook que d’autres familles vivent le même cauchemar et crée l’association Adikia en septembre 2017.

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Dans son dossier, c’est la première expertise qui a conclu au syndrome du bébé secoué. Le couple a donc décidé de solliciter d’autres spécialistes. Les rapports se suivent et se contredisent. Le dernier en date réalisé par un expert à titre privé conclut « à l’absence d’argument en faveur d’un syndrome du bébé secoué. L’hypothèse médicale la plus vraisemblable est celle d’une hydrocéphalie externe », une maladie due à un excès de liquide cephalo-rachidien entre le crâne et le cerveau. « Je ne dis pas que le syndrome du bébé secoué n’existe pas, mais je suis innocente. Est-ce qu’on va enfin m’entendre le 4 mars ? Je ne demande même pas d’excuses, juste qu’on nous laisse tranquilles. »

D’après LP

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