Chaque année en Suisse, elles sont plusieurs centaines de femmes à décider d’interrompre leur grossesse après la 12e semaine. Une réalité.

C’est une réalité qui peut déranger en Suisse. Selon le «Tages-Anzeiger», chaque année, 500 femmes décident d’avorter après leur 12e semaine de grossesse. Cela représente 5% de tous les avortements. Pour rappel, un bébé peut montrer des signes de vie après un avortement dès la 17e semaine et il peut même survivre à des soins intensifs dès la 22e semaine.

Ce chiffre intervient alors que la Commission nationale d’éthique dans le domaine de la médecine humaine (CNE) veut uniformiser la pratique de l’avortement à un stade avancé de la grossesse, a-t-elle annoncé jeudi.

«Une réalité, qu’on le veuille ou non»

«Ces avortements sont une réalité. Qu’on le veuille ou non, ils se produisent dans le monde entier», a déclaré Tanja Krones, médecin-cheffe pour l’éthique clinique à l’Hôpital universitaire de Zurich, coauteure d’une prise de position de 50 pages sur le sujet. «Cela n’aide personne si ce sujet reste tabou».

Certains réagissent avec horreur à l’avortement et le rejettent pour des raisons éthiques ou religieuses. «Nous respectons ces positions, mais dans le débat actuel, il y a d’autres questions urgentes», souligne Tanja Krones. Personne ne souhaite un avortements tardif, affirme-t-elle. «Mais la vie crée des situations difficiles auxquelles nous devons faire face», regrette-t-elle. Condamner moralement les personnes touchées n’aidera personne, selon elle.

Diagnostic prénatal en tête

La majorité des avortements tardifs survient après un diagnostic prénatal défavorable. En effet, si les tests sanguins peuvent révéler dès le 3e mois des anomalies génétiques telles que la trisomie 18 ou 21, il faut encore des examens complémentaires pour confirmer ces résultats, ce qui retarde l’interruption volontaire de grossesse. Celle-ci survient alors généralement entre la 13e et la 18e semaine.

Mais la génétique n’est pas la seule en cause. Selon Tanja Krones, des femmes développent parfois des maladies mentales lourdes pendant la grossesse et présentent des risques suicidaires même si elles souhaitent garder leur bébé.

En outre, un viol peut aussi être responsable d’une interruption de grossesse. «Parfois, les femmes répriment ce qui s’est passé à tel point qu’elles ne remarquent même pas une grossesse avant le 4e ou le 5e mois», précise la scientifique. L’idée d’avoir un enfant du violeur peut alors déclencher des crises psychologiques existentielles, selon elle.

La commission nationale d’éthique rappelle toutefois que la Suisse a l’un des taux d’avortement les plus bas au monde. Celui pour des grossesses avancées, à partir de la 17e semaine ou plus, est d’environ 1,4% par an.

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Avec 72,2% de oui, le peuple suisse a adopté le régime du délai le 2 juin 2002. L’initiative “Pour la mère et l’enfant qui demandait l’interdiction absolue de l’avortement avait été balayée à 81,7%. Le régime est entré en vigueur le 1er octobre de la même année. Depuis, dans les 12 premières semaines, la décision d’interrompre ou non une grossesse appartient à la femme enceinte. Dès la 13e semaine, le Code pénal admet l’IVG si un avis médical démontre qu’elle est nécessaire pour écarter le risque d’une atteinte grave à l’intégrité physique ou un état de détresse profonde. Ce danger devra être d’autant plus grave que la grossesse est avancée. En 2017, il y a eu 103 avortements en Suisse après la 17e semaine et 41 avortements ont été pratiqués après la 23e. Environ 25 enfants survivent chaque année à cette procédure. Si l’enfant survit, il est considéré comme n’importe quel autre bébé prématuré.

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