Victime d’inceste de la part de son père pendant près d’une dizaine d’années pendant son enfance, une femme a trouvé la force de lui pardonner et de l’accompagner à la fin de sa vie.

Anne Potvin a subi entre ses 5 et ses 15 ans de nombreuses agressions sexuelles de la part de son père avec qui elle vivait après le divorce de ses parents dans les années 1980.

En entrevue à «Denis Lévesque», elle est revenue longuement sur son histoire qui s’étale sur plusieurs décennies.

Mme Potvin a raconté avoir voulu le dénoncer quand elle était adolescente, mais qu’elle n’avait alors pas été crue.

«On a dit que j’étais la méchante, celle qui faisait du tort à son père: “Voyons, elle est donc bien menteuse, François ne ferait jamais ça”», a-t-elle confié.

Elle a donc gardé le silence pendant de nombreuses années avant de se décider à porter plainte.

Demande de clémence

Lors du procès, Anne Potvin a surpris beaucoup de gens en s’adressant au juge et en demandant la clémence à l’égard de son père.

«Si je disais au juge que je voulais qu’il soit en prison, j’entretenais ce malheur-là, j’entretenais le négatif d’une vie d’une personne. Pourquoi engendrer le mal par le mal? Ce n’est pas de ça qu’il avait besoin, ce gars-là. Pour moi, dans ma tête, il était malade mental», a-t-elle raconté.

Elle a expliqué beaucoup de gens ont eu du mal à comprendre sa démarche.

«Je ne suis pas capable… Je ne sais pas si ce sont les liens du sang, mais je ne suis pas capable d’être méchante.»

L’homme a finalement été condamné à une peine d’emprisonnement à domicile de deux ans avec sursis.

Il a également commencé à suivre une thérapie pour les délinquants sexuels.

Cancer incurable

L’agresseur de Mme Potvin est tombé malade quelque temps après la sentence.

Au lieu de le laisser vivre seul sa maladie, la femme a décidé de l’aider.

«Il a eu un cancer incurable, beaucoup de monde l’avait abandonné, il ne restait plus personne près de lui (…) À un moment donné, son cancer a fait qu’il est devenu paralysé dans un fauteuil roulant, il n’avait plus personne, il tombait partout dans la maison et personne n’était là pour le ramasser», a-t-elle dit.

Avec son conjoint, ils ont pris soin de l’homme jusqu’à son décès.

«Je me sentais bien de l’aider, c’est niaiseux hein? Je me sentais bien de l’aider dans ça, parce que je savais aussi qu’il était encore dans sa thérapie. Mais je pense que ce qui m’a fait le plus de bien, c’est la fois où on a trouvé, dans son tiroir, une grande lettre, la lettre où il disait avoir regretté de m’avoir agressée sexuellement. Ça, je l’ai attendu toute ma vie. J’ai tellement braillé quand j’ai vu cette lettre-là! J’ai braillé et je l’ai donnée à mon mari et j’ai dit: “Regarde, j’ai attendu ça toute ma vie!”.»

Anne Potvin a expliqué que lors des funérailles, elle a demandé aux gens de lui pardonner parce qu’elle l’avait fait.

La femme a décidé de raconter son histoire dans un livre intitulé «Inceste, témoignage», publié aux Éditions Apothéose.


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