Diffusé jeudi soir sur M6, “Leaving Neverland” donnait la parole à deux hommes qui accusent Michael Jackson de les avoir violés durant leur enfance. Au-delà des témoignages, à la fois crus et poignants, le documentaire de Dan Reed remet en question la fascination du public pour le chanteur et sa musique.

Michael Jackson Leaving Neverland – Documentaire – 1ère partie from Radio Capitole on Vimeo.

Faut-il séparer l’homme de l’œuvre ? Ce vaste débat, remis au goût du jour ces dernières années par les affaires Roman Polanski, Bertrand Cantat ou Woody Allen, prend une autre dimension à la vision de “Leaving Neverland”, le documentaire de Dan Reed consacré à deux victimes présumées de Michael Jackson, diffusé jeudi soir sur M6.

Si les accusations ne sont pas nouvelles, la victoire judiciaire du chanteur, en 2005, l’avait provisoirement réhabilité auprès d’une partie de l’opinion. Sa mort inattendue, quatre ans plus tard, lui offrira une absolution. Celle-ci vole en éclats avec “Leaving Neverland”, pour peu qu’on accepte d’entendre les témoignages de Wade Robson, James Safechuk et leurs familles. Ils constituent le fil rouge de cette enquête dépourvue de toute voix off extérieure à l’histoire.

“Leaving Neverland” commence comme un conte de fées. Wade et James ont respectivement 7 et 8 ans lorsqu’ils font la rencontre du roi de la pop. Le premier a remporté un concours de danse dans son Australie natale. Le second a participé à une publicité aux Etats-Unis pour Pepsi, dont le chanteur était l’égérie. Après avoir amadoué les parents, Michael Jackson les éloigne progressivement de leur progéniture. Avant d’abuser d’eux dans le secret d’une chambre d’hôtel ou de l’un des innombrables pièces secrètes du ranch de Neverland.

C’est tout un processus de prédation qui est décrit méthodiquement par les victimes et leur entourage, fascinés par la notoriété de la star. Sa générosité aussi. Dans l’une des séquences les plus bouleversantes, James Safechuck montre la boîte dans laquelle il conserve les coûteux bijoux que lui offrait Michael Jackson en échange de ses faveurs. L’une d’entre elles a servi à célébrer une noce fictive avec le garçonnet. C’est glaçant, presque davantage que les descriptions d’actes sexuels sordides.

La précision, la multiplicité et la concordance des détails énumérés par les deux hommes et ceux qui les aiment donnent la sensation qu’ils sont tous tombés dans un piège qui a probablement fait bien d’autres victimes. Et dont le spectateur,  fan de l’icône, hardcore ou occasionnel, a lui-même été complice en validant, pendant plusieurs décennies, le mythe de “l’enfant dans un corps adulte” cher à Yann Moix.

“Leaving Neverland” donne le sentiment que toutes les pièces du puzzle étaient là sous nos yeux, en évidence pendant toutes ces années. Et que nous avons refusé de les voir parce que l’amour que nous portions à Michael Jackson – sa voix, sa musique, ses clips, ses chorégraphies – était trop fort. Ecoutez les “Billie Jean”, “Thriller” autre “Black or White” après une telle épreuve ? C’est sûrement à chacun d’entre nous de prendre la décision, en son âme et conscience. Plus sans doute qu’aux radios de boycotter l’artiste, comme c’est déjà le cas dans certains pays anglo-saxons.

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