Huit étaient encore mineurs en 2016, lorsqu’ils ont été arrêtés pour un viol en réunion dans une cave à Noisy-le-Sec. Trois autres victimes ont depuis été identifiées, au cours de l’instruction.

Comment des lycéens perçus comme des « gamins corrects » dans leur club de sport, sans casier pour la plupart, dont un jeune footballeur à l’avenir prometteur, peuvent-ils se retrouver dans un box de cour d’assises pour des viols collectifs ?

La question sera posée à partir de ce mardi, pour un procès qui se tiendra à huis clos à Bobigny, puisque huit des accusés étaient encore mineurs en septembre 2016. Le 15 septembre, une adolescente en état de choc s’était confiée à une riveraine.

Attirée dans une cave

Cette jeune fille était venue retrouver son ancien petit ami, à la demande de ce dernier. En repartant chez elle, à l’arrêt de bus, elle s’était fait voler son téléphone par d’autres. Un motif fallacieux pour l’attirer dans une cave de l’allée Mansart, où dix jeunes hommes au moins auraient abusé d’elle.

Certains étaient en tenue de foot, prêts pour leur entraînement, et c’est sur le terrain voisin que les premières arrestations ont eu lieu.

Plusieurs victimes

La victime en a reconnu sept. Mais les enquêteurs de la Sûreté territoriale ont continué leurs recherches, dans les clubs de foot des environs et des lycées du coin, pour aboutir à onze placements en détention provisoire les mois qui ont suivi.

Ce n’était pas le seul rebondissement. Les policiers ont aussi découvert d’autres victimes, de faits similaires, des rapports jamais protégés, impliquant pour partie les mêmes suspects.

Certaines n’avaient jamais eu de relation sexuelle

Sur les messages, ils évoquaient des « plav », comprendre « un plan avec une meuf facile », parfois une ancienne petite amie, quand bien même certaines n’avaient jamais eu de relation sexuelle auparavant. Trois autres jeunes femmes ont été retrouvées, d’autres recherches sont restées vaines.

L’une des victimes a expliqué qu’elle n’aurait jamais parlé si elle n’avait pas été convoquée par la police. « On ne peut pas déduire un consentement par l’absence d’un dépôt de plainte », insiste Me Barbara Wallaert, conseil d’une partie civile. Une des plaignantes a évoqué le poids de « la loi de la cité, la loi du silence, où tout le monde sait mais ne dit rien ».

«Une banalisation de la sexualité qui questionne »

Pour la défense des accusés, Me David-Olivier Kaminski estime qu’il s’agit « d’une affaire de mœurs des quartiers, avec tout ce que ça comporte de codes dits et non-dits ». « On est face une banalisation de la sexualité qui questionne », estime pour sa part Me Laure Berrebi-Amsellem. « Cela interroge aussi le rapport des hommes aux femmes et des femmes à elles-mêmes », complète Me Ian Knafou.

En aparté, un avocat explique que les notions de « contrainte, menace, violence et surprise qui caractérisent un viol sont loin d’être évidentes pour les mis en cause, même deux ans après les faits ».

Effet de groupe

Les expertises psychologiques et psychiatriques, qui n’ont révélé aucune pathologie mentale, ont mis en lumière un effet de groupe déterminant dans le passage à l’acte.

Fait rarissime dans l’histoire des assises de Seine-Saint-Denis, le siège d’avocat général sera occupé par deux représentantes du parquet.

Les accusés, aujourd’hui âgés de 18 à 22 ans, encourent vingt ans de réclusion pour les majeurs, moitié moins pour les plus jeunes, si l’excuse de minorité est retenue comme c’est le principe. Le verdict est attendu le 24 mai.

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