La piste Michel Fourniret étudiée dans la disparition d’une femme en 1993

Michel Fourniret, le 29 mai 2008, arrive au tribunal de Charleville-Mézières. - Alain Julien - AFP

Selon les informations du Parisien, une trace ADN relevée dans la camionnette du tueur en série établit une correspondance positive avec le profil génétique des proches d’une femme disparue en 1993 dans l’Orne.

Dans le parcours criminel de Michel Fourniret, une décennie a toujours intrigué les enquêteurs : entre 1990 et 2000, aucun crime n’a jamais été imputé au tueur en série, amateur de jeunes femmes. Mais selon nos informations, une expertise génétique datée de février 2019 vient ouvrir une nouvelle piste dans un cold-case qui n’avait jamais été rapproché avec l’Ogre des Ardennes.

Il s’agit de la disparition de Lydie Loge, évaporée le 18 décembre 1993 à l’âge de 29 ans à Saint-Christophe-le-Jajolet (Orne). Après deux non-lieux en vingt-six ans, le parquet d’Argentan a discrètement rouvert une enquête pour « disparition inquiétante » au courant de l’année 2018.

D’après des sources concordantes, une infime trace ADN non identifiée et prélevée dans la camionnette de Michel Fourniret, utilisée pour séquestrer ses victimes, a émis une correspondance avec le profil génétique de proches de Lydie Loge. « Il y a effectivement des éléments permettant d’établir un lien entre la disparition de cette jeune femme et les agissements de Fourniret, confirme le procureur d’Argentan, Hugues de Phily. Mais il s’agit d’un lien ténu, fragile, car nous sommes sur des matériaux anciens. Il n’est pas possible d’avoir une certitude à 100 %. »

Fourniret censé se trouver en Belgique

Au cours de l’année 2018, les policiers de l’Office central de répression des violences aux personnes (OCRVP) ont sélectionné vingt dossiers de disparitions de meurtres et de disparitions non élucidées afin d’effectuer des comparaisons ADN avec les traces pilaires inconnues relevées dans le fourgon Citroën C25 blanc de Fourniret. À ce jour, seul le dossier Lydie Loge a donné lieu à un résultat positif.

Les enquêteurs et la justice restent encore prudents sur ce rebondissement. D’autres expertises pourraient être pratiquées pour confirmer ou non cette correspondance génétique. Un élément intrigue les policiers : selon les informations dont ils disposent, Michel Fourniret est censé se trouver en Belgique à l’hiver 1993, mois de la disparition de la jeune femme de 29 ans.

« Le résultat de cette expertise est donc à la fois curieux et inquiétant. Mais l’ADN relevé chez Fourniret est mitochondrial et non nucléaire (NDLR : le premier se transmet seulement par la mère, le second par les deux parents) », confie une source proche de l’enquête. Ce qui signifie qu’il existe une petite chance, au gré des mutations, qu’il appartienne à une personne aux caractéristiques proches de la victime.

La piste du tueur en série jamais envisagée

L’affaire de Saint-Christophe-le-Jajolet est en tout cas restée peu médiatisée. Les circonstances de la disparition de Lydie Loge restent floues. « Il y a des vérifications à ce sujet au regard du mode opératoire de Fourniret », explique un autre proche des investigations. Lors de sa disparition, la jeune femme, de corpulence moyenne et aux cheveux marron bouclés, portait un manteau en cuir marron, des chaussures de sport et était en possession d’une trousse de toilette et d’un sac.

Seule certitude : une première information judiciaire avait été ouverte en 1994 avant d’être clôturée en 1998. La justice avait rouvert le dossier en 2004, après avoir exploré la piste de l’entourage familial de Lydie Loge, avant à nouveau de le refermer en 2009. « Suicide, proches… Tout avait été envisagé, mais jamais celle du tueur en série », glisse la même source.

«Un tueur multicarte»

À ce jour, Michel Fourniret, qui est incarcéré à la maison centrale d’Ensisheim (Haut-Rhin), a été condamné à la perpétuité pour le meurtre de huit jeunes femmes et adolescentes. Décrit comme intelligent, cultivé et manipulateur, le tueur de 77 ans a commencé à livrer d’autres aveux partiels sur d’autres victimes potentielles en prison : Marie-Angèle Domece et Joanna Parrish, vraisemblablement tuées dans l’Yonne en 1988 et 1990. Des fouilles ont récemment été lancées pour retrouver le corps de la première sur un terrain ayant appartenu au tueur en série dans les Ardennes.

Lydie Loge pourrait-elle faire office de onzième victime potentielle ? « Les jeunes femmes de 29 ans, ce n’est pas dans les habitudes de Fourniret. Les victimes étaient surtout des pré-adolescentes, il était attiré par l’image de la pureté virginale, observe le psychiatre Daniel Zagury, qui a expertisé Michel Fourniret. Mais on a pu voir aussi chez lui des crimes d’opportunité, comme celui de Farida Hammiche où le mobile est financier. C’est un tueur multicarte. La question à se poser est : cette femme avait-elle quelque chose ou possédait-elle quelque chose pour attirer Michel Fourniret ? »

D’après LP

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