Témoignage: “Je suis enfant unique car j’ai perdu ma soeur”

Elles avaient grandi à deux, mais un jour, tout a basculé. La jeune sœur de Frédérique, 32 ans, est décédée dans un accident de la route. Elle évoque ce moment où elle est devenue enfant unique et comment, malgré le chagrin, elle est parvenue à poursuivre son chemin, toute seule.

“Ma sœur et moi avions un an et demi d’écart. Lorsque nous étions petites, il y avait une certaine rivalité entre nous. Mais au final, on se serrait toujours les coudes. Ma petite sœur Leonore avait un caractère très fort. C’est ce que j’admirais le plus chez elle. C’était aussi une étudiante douée, qui a décroché son baccalauréat en biologie avec brio. Elle avait prévu de se spécialiser en biologie comportementale. Après ce master, elle voulait s’installer en Namibie et travailler pour la Cheetah Conservation Fund, une organisation qui s’intéresse à l’étude et à la survie de la population de guépards du pays. Malheureusement, elle n’a pas eu l’occasion de réaliser son rêve.

Sous le choc

Trois jours après l’obtention de son diplôme, alors qu’elle roulait à vélo, Leonore a été percutée par une voiture. Elle avait 23 ans. Lorsque c’est arrivé, mon père était en Pologne pour son travail. Maman et moi étions au cinéma. Quand nous avons quitté la salle, nous avons découvert une foule de messages sur nos deux téléphones. Leonore avait été transportée d’urgence à l’hôpital. Lorsque nous avons été mises au courant, elle était sur le point d’entrer au bloc opératoire.

À ce moment-là, je n’ai pas compris ce qui arrivait. J’étais bloquée, incapable de faire quoi que ce soit.

Faux espoirs

“Heureusement, maman, elle, a réussi à conserver son calme et nous nous sommes dépêchées de rejoindre l’hôpital. À notre arrivée, les infirmières préparaient ma sœur en vue de l’opération. Ma mère a pu aller la voir, mais Leonore n’était plus consciente. Pendant ce temps, mon père tentait de trouver un avion pour rentrer en Belgique.

Au cours de l’opération, ma mère et moi sommes restées dans une petite salle d’attente. L’angoisse que nous ressentions était atroce.

Vers 18 heures, les médecins nous ont annoncé que ma sœur n’avait pas survécu. L’horreur absolue. Tant pour ma mère que pour moi. Ce soir-là, nous avons été chercher papa à l’aéroport. Dès qu’il a vu nos visages, il a compris et s’est écroulé dans les bras de ma mère en pleurant.”

Comme elle aurait voulu

“La semaine qui a suivi est passée comme dans un brouillard. Le soutien de notre famille, de nos amis et de nos voisins nous a vraiment fait chaud au cœur. Mes parents et moi avons tout fait pour que les funérailles de ma sœur soient conformes à ce qu’elle aurait voulu. Elle a été enterrée juste à côté de mes grands-parents. À la fin de ses études, Leonore avait été pas mal sous pression. De mon côté, j’avais eu beaucoup de choses à gérer. Les dernières semaines avant sa mort, nous n’avions pas eu l’occasion de passer beaucoup de temps ensemble. Mais j’étais convaincue que ce n’était qu’une question de temps et qu’on se retrouverait vite. Deux semaines avant qu’elle nous quitte, nous nous étions appelées pour se fixer un rendez-vous pour aller boire un verre et papoter. Ces retrouvailles n’ont malheureusement pas pu avoir lieu. Ce coup de téléphone est le tout dernier contact que j’ai eu avec elle.”

Partie pour toujours

“Très vite après la mort de ma sœur, j’ai recommencé à travailler (je suis bibliothécaire). Je voulais reprendre le cours de ma vie. Mais c’était impossible. Malgré mes efforts, je n’y arrivais pas. Me retrouver seule dans mon appartement se révélait insurmontable. Je restais donc le plus tard possible au travail et me réfugiais dans le sport pour ne pas me retrouver seule avec mon chagrin.

Quand j’entendais la chanson préférée de Leonore ou lorsque je croisais deux sœurs qui se baladaient ensemble, j’avais du mal à retenir mes larmes.

Les mois qui ont suivi le décès de ma sœur ont été particulièrement durs. Tout à coup, je réalisais qu’elle ne serait plus là pour partager avec moi certaines étapes de la vie, comme un mariage ou le fait de devenir maman.

Seule et incomprise

Parce qu’il a du mal à exprimer ses sentiments, mon père s’est réfugié dans son travail. Ma mère a pu, de son côté, se confier auprès de ses meilleures amies. Moi, je ne connaissais personne qui avait perdu un frère ou une sœur. J’avais la sensation d’être seule au monde, incomprise. Sept mois après la mort de Leonore, j’ai fait la connaissance de Vincent, mon copain. Sur le moment, j’espérais que ma nouvelle belle-famille allait combler le vide laissé par le décès de ma sœur, mais j’ai rapidement compris que les choses n’étaient pas si simples.”

Plus la même

“Peu après la mort de Leonore, maman m’a fait comprendre en une simple phrase que j’étais ‘tout ce qui leur restait’. Cette sensation d’être tout à coup enfant unique et de me retrouver dans la position de celle qui doit combler toutes les attentes de mes parents n’a pas été facile à gérer. Je m’imaginais déjà plus tard, lorsque je devrais m’occuper d’eux, toute seule, sans l’aide de ma sœur. Ce qui m’a sauvée, c’est le groupe de discussions que j’ai rejoint. Ça a été une vraie libération.

Léonore est morte il y a 7 ans. J’imagine que le temps a fait son œuvre, mais je ne suis clairement plus la même depuis. Je suis plus angoissée et je ne considère plus que le bonheur et le reste va de soi. Au quotidien, je chéris chaque petit moment.

Je ne ressens pas le besoin d’aller sur la tombe de ma sœur, mais pas un seul jour ne passe sans que je pense à elle. Chaque année, le 9 octobre, date anniversaire de son décès, mes parents et moi faisons une grande promenade dans la nature qu’elle aimait tant. Le simple fait de manger ensemble, chez moi, nous permet de nous arrêter un moment, pour  prendre pleinement conscience de notre amour pour Leonore.”

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