La double peine des enfants placés : à 18 ans, « ils doivent voler de leurs propres ailes »

En France, on estime qu’un SDF sur quatre est un ancien enfant placé. Ne bénéficiant plus d’aide lorsqu’ils atteignent leur majorité, ces enfants doivent se battre pour poursuivre leurs études et ne pas s’isoler. C’est le cas de Brice, 20 ans, à Paris.

Le Gouvernement a lancé en décembre une concertation sur la prévention et la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes. Les conclusions de ce travail seront remises à Emmanuel Macron en avril prochain. La situation des jeunes qui sortent des dispositifs de protection de l’enfance fait partie des thèmes de ce vaste chantier.

 

 

Quand Brice a eu 18 ans, il était en première année de BTS. Il a alors dû se débrouiller seul très rapidement, après des années passées en foyer. En effet, aujourd’hui, lorsqu’un jeune qui a été placé en foyer atteint l’âge de 18 ans, il ne bénéficie plus de la prise en charge de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Il existe les « contrats jeunes majeurs », financés par les départements, qui permettent de prolonger la prise en charge du jeune par l’ASE au-delà de sa majorité, en fonction de son projet personnel et professionnel. Mais l’obtention de ces contrats est de plus en plus aléatoire, faute de moyens suffisants. Dans ces conditions, il est difficile à ces jeunes de poursuivre des études, de faire les démarches administratives, de trouver un logement puis d’obtenir un emploi.

Des jeunes particulièrement vulnérables

Brice vivait en foyer depuis l’âge de 15 ans. Il en a 20. Il s’est battu pour poursuivre des études secondaires. « Cela a été un peu difficile de continuer, confie-t-il. Il n’y a plus ce soutien que j’avais constamment derrière moi. Je me retrouvais, en quelques sortes, en toute autonomie. C’est vrai que j’ai eu pas mal de difficultés à m’adapter à mes études et à la nouvelle vie qui s’offrait à moi. » Le jeune homme bénéficie d’une bourse étudiante, mais doit travailler comme animateur en parallèle de son BTS.

Si Brice s’en sort, ce n’est pas le cas de tous, loin de là. Selon l’Insee, en 2013, près d’un quart des personnes sans domicile fixe (23 %) étaient d’anciens enfants placés. La fondation Apprentis d’Auteuil a publié en 2017 Prendre le parti des jeunes (éd. L’Atelier), un livre blanc dans lequel elle formule deux propositions : assouplir l’accès aux « contrats jeunes majeurs » et développer les dispositifs d’accompagnement des sortants de protection de l’enfance.

Être autonome financièrement et affectivement

« J’assimile un peu le départ de l’établissement à 18 ans au départ d’une famille, raconte Pauline Beydon, la directrice d’un établissement de protection de l’enfance qui dépend de la fondation Apprentis d’Auteuil. Il est rare qu’un jeune quitte sa famille du jour au lendemain et ne retourne pas pour un déjeuner familial dimanche ou peut-être faire laver son linge par sa maman… C’est rare les arrêts brutaux. Or, pour des jeunes qui n’ont pas de ressources familiales, du jour au lendemain, ils doivent voler de leurs propres ailes quand la prise en charge s’arrête. C’est à dire être autonome financièrement, administrativement, affectivement. »

La Fondation accueille 3 200 jeunes confiés par le juge pour enfants ou par l’ASE. Depuis 2016, elle expérimente le dispositif « Touline » qui permet un suivi de ces jeunes pendant trois ans. Il est financé par des fonds privés et européens et pourrait inspirer le gouvernement et accueille aujourd’hui 200 jeunes dans cinq centres : Lille, Dijon, Nantes, Paris et le Val-d’Oise.

Source :  France Inter

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