Mort mystérieuse dans le Jura : les parents de Lucas réclament la vérité

Le corps de cet étudiant de 20 ans a été retrouvé en juin, huit jours après sa disparition pendant une randonnée. Ses proches ne savent toujours rien des circonstances du drame.

C’est une famille pour laquelle le temps s’est arrêté le 26 juin dernier. Et qui vit depuis comme « suspendue », dans l’attente de réponses qui ne viennent pas. Pourtant, les questions sont légion, que Dominique Renoud et Magali Berger, les parents de Lucas, ressassent au quotidien : comment leur fils de 20 ans s’est-il perdu, le 18 juin, aux cascades du Hérisson , le site touristique le plus fréquenté du Jura ? Pourquoi, en dépit d’un important dispositif de recherches, n’a-t-il pas été retrouvé ? Surtout : quand, et de quoi est-il mort ?

Le 26 juin, c’est finalement un promeneur qui a fait la macabre découverte. Le corps de Lucas gisait à seulement 30 m de l’un des sentiers du site , très fréquenté à cette période de l’année. Logiquement, l’enquête préliminaire ouverte pour disparition inquiétante a été requalifiée en recherche des causes de la mort. Une autopsie a été réalisée, mais aucune des conclusions n’a filtré, le nouveau procureur de la République de Lons-le-Saunier (Jura), Lionel Pascal, arguant d’analyses complémentaires à effectuer. « Pourtant, le corps de Lucas a été rendu à la famille et inhumé », s’étonne Me Elsa Ghanassia, son avocate.

Au regard de son état, ses proches n’ont pu le voir. « On est encore dans le déni, dans l’incompréhension que Lucas soit parti pour une simple balade pour ne jamais en revenir », souffle Dominique, son papa. Originaire d’Izeaux (Isère), le jeune homme était titulaire d’un baccalauréat STAV, pour sciences et technologies de l’agronomie et du vivant. Passionné par les animaux, il avait rejoint fin mai le parc polaire de Chaux-Neuve (Doubs) pour y effectuer un stage de soigneur. C’est avec quelques collègues – entendus depuis par les enquêteurs – qu’il s’était lancé ce 18 juin à l’assaut des cascades. Une randonnée de difficulté moyenne, surtout en été.

Un appel de huit minutes au 112

Vers 17h30 ce jour-là, Lucas appelle sa maman pour lui souhaiter son anniversaire. Une dernière photo le montre en train de descendre l’un des escaliers longeant la rivière, portant dans ses bras le chien d’un des membres du groupe. Un peu plus tard, il aurait perdu ses camarades de marche, dans des circonstances restant à éclaircir. Vers 22h20, Lucas compose le 112, le numéro d’urgence européen, expliquant à son interlocuteur qu’il est las d’errer dans les bois, et commence à avoir mal aux jambes. Un appel de près de huit minutes.

Dans la nuit, les secours se mettent en place. Un hélicoptère, équipé d’une caméra thermique, effectue deux passages. Jusqu’à 90 hommes quadrilleront les lieux, dont des spécialistes du secours en montagne, et plusieurs équipes cynophiles. La famille de Lucas assure que le dispositif de recherches a toutefois été levé dès le jeudi 20, soit le surlendemain de disparition du jeune homme. De leur côté, les gendarmes indiquaient au quotidien Le Progrès avoir sillonné le secteur jusqu’au dimanche. « En tout cas, ils n’étaient pas sur les sentiers », regrette Dominique Renoud, le papa de Lucas, pour lequel, à ce moment-là, seuls la famille et de nombreux bénévoles continuaient à sonder le secteur.

«Il y a trop de zones d’ombre»

C’est finalement un promeneur qui a trouvé le corps le mercredi 26, rapidement identifié grâce à ses vêtements. A priori au pied d’un arbre, à l’abri des regards mais à seulement 30 m du sentier et 500 m du parking où se garent les visiteurs des cascades. « Est-il mort sur le coup ? A-t-il souffert ? Aurait-il pu être sauvé ? C’est d’abord ce que mes clients veulent savoir, insiste Me Elsa Ghanassia. Une fois que nous disposerons de ces éléments, se posera également la question d’un éventuel manque de diligence des services de secours. »

Début juillet, le procureur de la République de Lons-le-Saunier avait indiqué au quotidien Le Progrès qu’il communiquerait en temps voulu avec la famille, se bornant à exclure « l’intervention d’un tiers » dans la mort de Lucas. Depuis, ses parents n’ont encore reçu aucune réponse à un courrier adressé mi-juillet au magistrat. Et déplorent qu’aucun rendez-vous n’ait pas ailleurs été fixé. « Il y a trop de zones d’ombre, lâche Dominique Renoud d’une voix atone. Nous n’en pouvons plus d’attendre et ça nous met en colère. » Contacté, le parquet de Lons-le-Saunier s’est refusé à communiquer, en l’absence du procureur, « en vacances jusqu’au 18 août ».

Avec LP

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