Jeanne Calment a-t-elle menti sur son âge? Une étude réaffirme qu’elle est bien morte à 122 ans

L’hypothèse d’une usurpation d’identité par sa fille Yvonne en 1934 ne tient pas debout, martèlent les scientifiques franco-suisses, en réponse à une polémique de décembre dernier. 

Polémique en décembre 2018. Des chercheurs russes affirment que Jeanne Calment, imbattable doyenne des Français et de l’humanité, morte à 122 ans en 1997, a usurpé son record. Pire encore, qu’elle a été remplacée par sa fille Yvonne en 1934. 

Une théorie “sans fondement” selon des scientifiques suisses et français, dont Jean-Marie Robine et Michel Allard qui avaient validé son record à l’époque. Les chercheurs publient ce lundi dans la revue scientifique Journals of Gerontology les résultats de neuf mois de travaux afin de répondre aux arguments des sceptiques. 

Pour infirmer cette théorie du complot, ils ont exhumé plusieurs documents historiques, dont un article paru dans la presse locale en 1934 à Arles – où vivait Jeanne Calment – attestant qu’une “foule particulièrement nombreuse” avait assisté aux obsèques de sa fille Yvonne, morte à l’âge de 36 ans. 

Difficile d’imaginer que ces nombreux témoins n’aient rien remarqué de la supercherie, “à moins d’accepter l’idée de la complicité de dizaines de personnes” dans cette fraude à l’identité, soulignent les chercheurs.

Pas de trace de maladie de Jeanne Calment avant la mort de sa fille

Ils ont également retrouvé plusieurs documents attestant qu’Yvonne était malade depuis plusieurs années, mais aucun qui accréditerait l’idée que Jeanne aurait été malade avant 1934. 

En outre, un acte notarié datant de 1926 montre que Nicolas Calment, le père de Jeanne, avait légué tous ses biens à ses enfants avant son décès, ce qui met à mal la thèse des chercheurs russes selon laquelle Yvonne aurait voulu éviter de payer deux fois des droits de succession sur le patrimoine familial : une fois en 1931 à la mort de son grand-père, puis une seconde fois en 1934 à la mort – supposée – de sa mère.

“Tous les documents trouvés vont à l’encontre de la thèse russe”, a dit à l’AFP le démographe Jean-Marie Robine, directeur de recherche à l’Inserm et à l’Ecole pratique des hautes études. Il avait lui-même rencontré plusieurs fois la doyenne de l’humanité dans ses dernières années. Il avait validé à l’époque son record de longévité, qu’il explique par “un mélange de bon patrimoine génétique et de chance”.

Un solide patrimoine génétique qui lui a probablement permis de présenter un “vieillissement remarquablement lent”, ce qui répond aussi à ceux qui estiment que Jeanne Calment ne faisait pas ses 122 ans. 

“Les supercentenaires (…) se caractérisent typiquement comme des personnes ayant différé (l’arrivée) des principales maladies ou y ayant complètement échappé. Ils ont de la sorte réduit la durée pendant laquelle on va observer chez eux un déclin sévère”, explique l’étude citée par Le Parisien

Les travaux se penchent aussi sur les quelques incohérences qu’a pu prononcer Jeanne Calment ou les anecdotes qu’elle a pu distiller à son public, comme une rencontre avec Van Gogh. Les chercheurs pointent ici l’ancienneté des faits relatés, ou la volonté d’enjoliver un peu. Rien de quoi justifier un remplacement par sa fille, selon eux: “Il n’est pas raisonnable de penser qu’Yvonne aurait pu, par exemple, fournir les noms des parrain et marraine de (sa mère) en se basant uniquement sur le souvenir de ce qu’elle aurait lu de nombreuses années auparavant”, peut-on lire dans le quotidien. 

122 ans: une rareté statistique, mais pas une impossibilité

L’étude publiée ce lundi s’attaque également à un autre argument des chercheurs russes, qui estimaient statistiquement impossible qu’un être humain puisse vivre 122 ans.

En étudiant la longévité de toutes les personnes nées en France en 1875 et en 1903, les chercheurs ont calculé qu’un centenaire avait une chance sur 10 millions d’atteindre l’âge de 122 ans.

“Une probabilité certes mince, mais qui est loin de faire de Mme Calment une impossibilité statistique”, selon un des coauteurs de l’étude, le Dr François Herrmann, gériatre aux Hôpitaux universitaires de Genève et spécialiste de l’épidémiologie des personnes âgées.

“Considérant que l’humanité a accumulé au moins de 8 à 10 millions de centenaires depuis les années 1700, l’existence d’une personne de 122 ans autour de la fin des années 1900 est quelque chose de plausible”, ajoute-t-il.

D’ailleurs, étant donné que la planète pourrait abriter 25 millions de centenaires en 2100, “la découverte d’une autre personne âgée de 122 ans (et même probablement un peu plus âgée) apparaît aussi comme quelque chose de raisonnable dans les années à venir”, selon les auteurs.

avec AFP

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