Société : Le viol bénéficierait encore d’une grande “tolérance sociale”.

Selon un rapport dévoilé ce mercredi 5 octobre par le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, le viol bénéficierait encore d’une grande “tolérance sociale”.

“Une grande tolérance sociale” face aux viols : Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie, invitée des “Auditeurs ont la parole”

C’est un constat accablant que dévoile le rapport du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes. Selon sa présidente, Danielle Bousquet, les viols et les agressions sexuelles bénéficieraient encore d’une très grande tolérance sociale. Un sentiment que partage Murielle Salmona, psychiatre et présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie : “Il y a une véritable culture du viol

, une véritable méconnaissance de la réalité et parfois même une mise en cause de la victime, perçue comme étant responsable”, a-t-elle indiqué dansLes Auditeurs ont la parole

Pour lutter contre ce qu’il estime être une “banalisation”, le Haut Conseil à l’Égalité (HCE) entend demander au gouvernement de lancer une grande campagne de sensibilisation contre le viol. Une volonté soutenue par Murielle Salmona pour qui il est indispensable de rappeler que c’est un crime : “Il y a encore une minimisation du viol, une culture à la fois du déni mais aussi du silence vis-à-vis de cette situation là”.

Il faut, selon la psychiatre, rappeler les définitions et les droits des victimes, rappeler aussi les conséquences psychologiques qu’elles subissent : “Ce sont des conséquences psycho traumatiques qui vont être le plus souvent à l’origine de très grandes difficultés des victimes à pouvoir revendiquer leur droit et à pouvoir porter plainte”, explique Murielle Salmona.

Une femme sur dix porte plainte

Déposer plainte semble en effet représenter une grande difficulté. Selon les statistiques avancées par le Haut Conseil à l’Égalité, seule une femme victime sur dix porte plainte : “C’est incroyable, et ça ne bouge pas. C’est pour ça qu’il faut vraiment faire quelque chose”, dénonce Murielle Salmona. Selon elle, plusieurs raisons expliquent ce chiffre accablant : “Soit les femmes victimes ne peuvent pas le faire parce qu’elles sont choquées, soit parce qu’elles ont peur d’être mise en cause, de ne pas être crue”, détaille la présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie.

Le docteur Salmona ajoute que 90% des viols sont commis par des personnes connues de la victime, ce qui accentue la peur d’en parler ou de déposer plainte : “Il ne faut pas oublier que la majorité des victimes de viol sont des mineurs qui n’ont aucun moyen de se défendre. C’est donc à toute la société d’être solidaire, de protéger et de porter secours à ces personnes”.

Une plainte sur dix aboutit à une condamnation pour viol

Mais le problème ne se limite pas à porter plainte. Car une fois que les victimes ont eu le courage de passer la porte du commissariat, seule une plainte sur dix aboutie à une condamnation pour viol. Une proportion très faible qui s’explique du fait qu’une plainte pour viol peut aboutir à une condamnation pour agression sexuelle (le viol étant un crime, l’agression un délit).

Il apparaît en effet que depuis quelques années, il arrive fréquemment que les juges déqualifient les faits. Pour quelle raison ? Des cours d’assises débordées et un moyen de traiter les affaires plus rapidement. Qui plus est, il est parfois difficile de prouver que l’on a été victime d’un viol lorsque l’on a pas porté plainte immédiatement.

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