Aude : Tyranniques depuis des années avec leurs enfants, les parents condamnés

Le père de famille, qui cognait quotidiennement sur ses enfants, a été condamné à quatre ans de prison ferme, la mère à un an avec sursis pour non-dénonciation de mauvais traitements.

Un énorme vide. Jacques*, 46 ans, principal prévenu dans ce dossier, est absent. Placé sous contrôle judiciaire depuis juin 2017, il n’était pas présent, ce vendredi, dans le prétoire pour répondre de ses actes devant le tribunal correctionnel de Narbonne. Au contraire de son ex-compagne, Murielle*, 41 ans, également poursuivie dans cette affaire, et des victimes, deux de leurs quatre enfants, Hélène* et Florian*, âgés de 17 ans, qui, eux, font face aux juges.

La maison de la terreur

Jacques devait répondre de violences habituelles sur ses deux enfants, Murielle, assistée de Me Sébastien Pinet, de non-dénonciation de ces mauvais traitements. Les violences duraient depuis près de 10 ans. D’abord à Nice, puis à Sigean, où avait emménagé la famille, et à Port-La Nouvelle où travaillait le paternel… Durant l’instruction menée par la présidente Estelle Devoto, leur domicile fut qualifié de “maison de la terreur”.

Hélène était régulièrement frappée à coups de pied, de poing… Jacques, qui était en fait son beau-père, l’insultait, l’humiliait quotidiennement. Il lui avait cassé la cheville, un bras, causé une entorse à un genou. Hélène avait eu des coquards… Jacques lui avait fait avaler une cigarette en lui écrasant la tête contre le sol, ou encore dévaler les escaliers en lui tirant les cheveux. Il obligeait les deux enfants à nettoyer le bar qu’il avait ouvert, les gifles pleuvaient, et parfois les coups de tête aussi. “Je vais tapisser ta chambre avec ton sang”, avait-il un jour promis à sa belle-fille.

Il oblige sa fille à avaler une cigarette, il lui casse une cheville…

Ces enfants, il les cognait à coups de balai, cassant même le manche sur le dos de Florian, qui, lui, est bien son fils. Florian, les experts le décrivent comme un adolescent “épuisé”. En 2009, à Nice, le père avait déjà écopé d’un rappel à la loi pour avoir battu Hélène. Des signalements, il y en eut en réalité plusieurs dans cette sordide affaire… Jusqu’au jour où celui réalisé par l’Education nationale – le personnel du collège de Port-La Nouvelle – permettra aux gendarmes de mettre au jour ces maltraitances.

La mère ? Le contenu de ses auditions fut très évolutif. Elle ne confirmera l’ensemble des faits qu’après avoir pris connaissance des déclarations de sa fille. C’est grâce à Hélène que la famille fut délivrée du tyran qu’elle accuse de l’avoir embrassée sur la bouche. Et lorsqu’il reviendra à la maison alors que le juge l’en avait interdit, c’est elle encore qui préviendra les gendarmes. “Ma fille a pris ma place”, confiera une Murielle penaude à la barre. 

Jacques, lui, durant l’enquête, commencera par nier puis finira par reconnaître ce qu’il appelle ses “méthodes éducatives”. “Il me prostituait et me menaçait de mort, il nous a fait quitter Nice pour nous isoler… C’est pour ça que je n’ai pas pu le dénoncer. Et j’étais follement amoureuse de cet homme”, assène Murielle, qui était aide à domicile à l’époque et dont le précédent conjoint, le père d’Hélène, se montrait déjà violent… 

Il prostituait sa femme

Jacques l’avait inscrite sur le site internet “qui veut baiser ma femme ?” Un fait qui vient éclairer le tempérament des deux prévenus : ils ont été condamnés pour acte de cruauté sur un animal. “C’était lui, ça. Il avait attaché le chien avec une corde au cou”, corrige Murielle.

Aujourd’hui, Murielle vit avec ses quatre enfants. Jacques, lui, est reparti dans la région de Nice. Dans quelques jours, sa peine lui sera notifiée : quatre ans de prison ferme. Le tribunal a délivré un mandat d’arrêt à son encontre. Murielle, elle, écope d’un an de prison avec sursis. Le procureur de la République, Esther Paillette avait requis, le concernant, trois ans de prison dont un avec sursis, et quatre mois avec sursis pour Murielle. 

Le tribunal est donc allé bien au-delà.

“Je n’ai pas eu d’enfance”

Hélène et Florian ont eu la force, le courage de témoigner à la barre. “J’avance, j’essaie de travailler… Je suis soulagée et en colère. J’ai grandi trop vite. Je ne me suis pas amusée, je n’ai pas eu d’enfance, pas d’anniversaire comme mes copines…”, lâche Hélène. “Moi, je n’avais déjà plus de contacts avec ma mère depuis l’âge de 8 ans, et maintenant j’ai l’impression que je n’ai pas eu de père, j’ai le sentiment que mes parents ne se sont jamais occupés de moi”, confie Florian.  

*Tous les prénoms ont été changés pour protéger les victimes

Me Gros du barreau de Carcassonne a défendu les intérêts des enfants.

Source l’indépédant

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