Société : Comment surmonter un divorce, ses pièges à éviter.

Après un divorce, il est souvent difficile d’imaginer qu’au bout du tunnel puisse renaître le bonheur ou l’espoir. Nos conseils pour passer au mieux ce cap difficile…

Même si les séparations se banalisent, elles n’en restent pas moins douloureuses, surtout pour les femmes, qui les vivent souvent comme un échec, bien que ce soit elles qui prennent la décision trois fois sur quatre. L’explication est simple : contrairement aux hommes, la plupart des femmes font du couple et de la famille la condition de leur bonheur. Leur déception est alors proportionnelle à leur niveau d’exigence. Lorsqu’elles se sentent délaissées, incomprises ou trahies, elles n’hésitent pas à partir, même si elles aiment encore leur conjoint.

Commence alors une longue traversée du désert. « Perdre l’être cher déclenche les mêmes processus psychologiques qu’un décès, reconnaît la thérapeute de couples Camille Rochet*. Quand l’autre s’en va, c’est tout un univers qui s’écroule, surtout après une union de plusieurs années. » Comment favoriser le processus de cicatrisation ? La psychologue nous met sur la piste.S’appuyer sur ses enfants

Jamais. Quand ils grandissent et vivent à leur tour des déceptions amoureuses, il est tentant de trouver en eux une oreille attentive ou de les prendre à témoin. Après tout, c’est leur père qui nous met dans cet état ! Or, une fille ou un fils adulte reste toujours un enfant qu’il faut savoir protéger d’informations qui pourraient déstabiliser sa vie affective. L’intimité de notre vie de couple ne le concerne pas. Inutile par conséquent de rentrer dans les détails ou de le presser pour qu’il vienne nous voir. Un « C’est difficile pour moi en ce moment » suffit largement.

Le conseil de la psy : En cas de blues, téléphonez à votre meilleure amie, et demandez-vous ce qui pourrait faire plaisir à quelqu’un qui vous est cher. Proposer, par exemple, son aide à ses enfants pour garder les petits-enfants permet de se revaloriser à ses propres yeux. Discuter avec quelqu’un qui « est déjà passé par là » peut aussi vous confirmer qu’il ne s’agit que d’un mauvais moment à passer. Pensez aux groupes d’entraide ou aux forums de discussions sur Internet !Faire confiance aux soi-disant amis

Non. Il est normal durant trois ou quatre mois de connaître une période dépressive. Mais attention, se réfugier dans le travail, le sommeil, les médicaments, le tabac, le grignotage, l’alcool, les séries ou les réseaux sociaux pour « oublier » n’est jamais un choix gagnant. A long terme, ces expédients faciles fragilisent la santé ainsi que l’estime de soi.

Le conseil de la psy

Il faut accepter ce temps de transition, sans s’autoflageller. Mais s’inquiéter et ne pas tarder à consulter si les symptômes de mal-être (troubles du sommeil et de l’alimentation, idées noires avec envie de passer à l’acte, apathie, hyperactivité…) persistent au-delà de six mois.Ressasser les bons ou les mauvais souvenirs

Risqué. Idéaliser sa «vie d’avant» ou tout voir en négatif est un réflexe défensif qui ne permet pas d’entamer un deuil véritable. Ce « déni de réalité » est le plus souvent une étape dans la reconstruction. Mais là encore, il ne faut pas qu’il se prolonge.

Le conseil de la psy : En attendant le jour où vous serez capable de considérer votre relation passée avec une certaine objectivité, rangez les albums photos ou les objets qui vous rappellent votre ex-conjoint ; élargissez votre point de vue en parlant aux amis (bienveillants) qui vous apprécient tous les deux ; interdisez-vous de « débiner » votre ex-compagnon devant vos proches et, sans rechercher sa compagnie, faites-en sorte de ne pas le fuir, pour vous confronter à ce qu’il est vraiment.Garder le lien avec son « ex »

Dangereux. Multiplier les contacts avec son ex ou chercher absolument à lui faire « payer » ses erreurs empêche de « solder » l’histoire. Chercher à savoir ce qu’il fait ou devient, permet, certes, de garder une forme de maîtrise sur ce qui nous échappe, de se rassurer en se persuadant qu’on n’a pas tout perdu, de vérifier qu’on reste incomparable par rapport à une éventuelle « nouvelle ». Mais ce pari est porteur de cruelles désillusions, prévient la psychologue.

Le conseil de la psy Parfois, il peut être réconfortant de faire équipe (en cas de déménagement, d’imprévu, de coup dur), de savoir qu’on peut compter sur l’autre… A condition qu’il soit dans le même état d’esprit que vous. Si vous êtes trop dans l’attente par rapport à lui, essayez de vous protéger, en masquant par exemple ses parutions sur Facebook, le temps que vous alliez mieux.

Ce sont les femmes qui demandent majoritairement la séparation. Une décision difficile à prendre mais peut-être aussi l’occasion d’un nouveau départ.Se remettre en question

Positif. L’erreur que nous commettons souvent, lorsque nous venons de subir une séparation, consiste à rejeter la faute sur l’autre. Un couple se compose de deux personnes. Il convient donc de déterminer notre part de responsabilité autant que celle de notre partenaire dans l’échec de notre relation. Les bonnes questions à se poser : « A quel moment les choses ont-elles commencé à déraper ? », « Qu’avons-nous fait pour essayer de réagir ? », « Lui ai-je laissé assez de place pour s’exprimer ? », « A-t-on su demander de l’aide ? », « Qu’ai-je appris au cours de cette relation ? »

Le conseil de la psy : Consultez un psychologue pour y voir plus clair. Il peut être aussi très profitable de tenir un journal de bord. L’écriture oblige à trier ses pensées et à établir des liens de causalité…S’offrir une année de solitude

Valorisant : Si, durant notre enfance, nous nous sommes senties suffisamment choyées, respectées, valorisées, nous pouvons compter sur ce sentiment de sécurité intérieure qui va nous aider à nous reconstruire. Mais si nous sommes fragiles, trouver un pansement affectif est une question de survie ! Pourtant, il est indispensable d’apprendre à vivre seule, sans « un autre », avant de replonger dans une nouvelle union. Sinon, gare aux attentes qui vont peser sur le nouveau couple !Le conseil de la psyNe vous précipitez pas sur un site de rencontres pour vous rassurer. Si vous avez un profil de « dépendante affective », prenez le temps de vous faire accompagner par un psychologue. Les promenades, la méditation, la sophrologie, la nage… peuvent vous permettre d’apprivoiser votre solitude, en plus de favoriser votre réflexion sur vous-même.S’autoriser à être triste ou en colère

Apaisant. Reconnaître sa tristesse, sa peur (de la solitude, de l’avenir), sa colère, sans la juger, nous permet de réfléchir plus objectivement à la situation. Sans compter que le sentiment de culpabilité (modéré) favorise l’introspection ; et que laisser couler ses larmes a de vraies vertus apaisantes.

Le conseil de la psy S’il ne faut pas combattre sa souffrance, il peut être dangereux de s’y complaire. Mieux vaut planifier, chaque jour, une séance de larmes, de colère ou un temps de souci, qui permet de canaliser sa peine. Mais une fois le temps écoulé, passez à autre chose !Chercher à « se retrouver »

Optimiste. Les femmes qui s’en sortent le mieux sont celles qui n’ont pas dissous leur identité personnelle dans le « nous » conjugal. Elles ont des amis et des collègues auxquels elles peuvent se confier, un travail, une passion. D’où l’importance, après une séparation, de chercher à renouer avec ce qu’on a de plus singulier en nous. Faire du shopping ou s’offrir une nouvelle coupe chez le coiffeur ne suffit pas !

Le conseil de la psy : Profitez de cette séparation pour savourer le plaisir de faire vraiment ce qu’il vous plaît, sans compromis. Essayez aussi de vous reconnecter avec vos talents, vos valeurs, vos engagements, que vous aviez peut-être mis de côté avec la vie de couple.

Témoinage — « J’ai appris à me débrouiller seule »Toute ma vie, j’ai été dépendante de Guy, mon mari, matériellement et psychologiquement. Lorsqu’il m’a fait part de sa décision de me quitter, je me suis retrouvée seule, au chômage et sans enfants (qui avaient préféré rester avec leur père dans la maison), dans un studio acheté avec ma prestation compensatoire. J’ai connu des moments douloureux, mais peu à peu, j’ai remonté la pente. J’ai appris à faire mes comptes sur Internet, à remplir une déclaration d’impôt, à ne pas être à découvert. Depuis un an, tous les dimanches après-midi, je vais au cinéma toute seule. Même chose pour les enfants, que j’ai attendus pendant des soirées entières. J’ai compris aujourd’hui qu’ils avaient leur vie. Du coup, comme j’ai relâché la pression, je m’entends beaucoup mieux avec eux ! »Lucienne, 60 ans, divorcée depuis dix ans.

* Camille Rochet est psychologue et thérapeute de couple. 

Elle est l’auteure de : Ma boîte à outils pour être un couple épanoui, éd. Dunod. 16,90 €. Plus d’infos sur son site : Anoustous.com

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