Mort du bébé d’un couple salafiste: le virage radical d’une femme discrète

“Je me suis sentie libre”. Lundi, devant la cour d’assises de l’Isère qui juge un couple salafiste accusé d’avoir causé la mort de leur bébé, la mère a tenté d’expliquer sa difficile construction identitaire et son basculement vers le salafisme.

“Pour la première fois, je faisais mes propres choix. Pour moi, je ne me fermais pas.” L’histoire de Noémie Villard, 22 ans aujourd’hui, est celle d’un virage radical, examiné au premier jour du procès, avant l’examen des faits.

Noémie Villard et Sami Bernoui sont accusés de violences volontaires ayant entraîné la mort, sans intention de la donner, privation d’aliments ou de soins, et violences volontaires et habituelles sur leur enfant. 

Avant ce drame, Noémie Villard grandit dans une famille à la double culture, musulmane par sa mère, et catholique par son père. Elle fait face aux conflits entre ses deux familles n’acceptant pas l’union de ses parents.

Eux refusent de voir la religion entrer dans leur foyer, quand sa grand-mère paternelle l’emmène pourtant dans une église. “Je ne trouvais pas ma place. J’aimais tout le monde, je voulais que tout le monde s’entende bien.” Alors elle se tait pour ne blesser personne.

Avant, elle suit aussi des études, plutôt bonne élève, curieuse. “J’aime bien apprendre.”. Son père régisseur l’emmène au spectacle. Sa mère l’inscrit à l’équitation, à la danse, au cirque, à la poterie. Elle fera aussi du piano de 8 à 15 ans, passant plusieurs examens, à la porte du conservatoire.

Ses parents viennent de divorcer après une longue période conflictuelle, elle reste vivre avec sa mère avec qui elle avait une relation fusionnelle : “Je ne pouvais rien faire sans elle”. 

C’est à cette époque qu’elle se renferme et trouve un refuge dans la religion. Elle commence à lire par elle-même des ouvrages religieux, puis consulte internet. “Le terme salafiste, je ne le connais pas”, affirme-t-elle. 

– En jilbab à l’audience –

Alors, la jeune fille décrite unanimement comme gentille, discrète, douce, attentionnée part à Grenoble, s’installe seule et suit des cours de langues étrangères appliquées.

C’est le temps de la liberté, où avec un groupe de copines également versées dans le salafisme, elle se met à porter le voile, le jilbab, long vêtement recouvrant la tête et le corps qui ne laisse voir que l’ovale du visage. Une tenue dans laquelle elle se présente à l’audience, pour “paraître telle qu’elle est”. 

Elle cesse d’écouter de la musique, puis quitte l’université. Son “rêve” est de se marier et “d’avoir une famille parfaite, pas comme la mienne”. Elle qui n’a jamais eu le moindre flirt a rencontré un homme, qu’elle a vu deux fois. Ils se choisissent.

Le mariage religieux se déroule en l’absence de Noémie Villard, représenté par un tuteur devant l’imam. La fête en petit comité a lieu le 14 février 2015.

Pour tenter d’éviter cela, avec la peur d’un voyage en Syrie et alors que la France est marquée par les attentats de Paris de janvier 2015, sa famille l’a “séquestrée”, selon ses mots, la privant de ses papiers d’identité.

Mais elle s’enfuit avec celui qu’elle décrit comme son “sauveur”. C’est le début de sa vie avec Sami Bernoui, aujourd’hui âgé de 26 ans et père de ses deux enfants dont la petite Hafsa, qui décèdera à 15 mois en mars 2017. D’une relation fusionnelle avec sa mère, elle passe à une relation fusionnelle avec son mari.

Pour une experte psychiatre, elle a trouvé dans le salafisme, version radicale de la pratique de l’islam, “un carcan extérieur” et “rassurant” pour étayer son caractère immature et égocentrique. Et de quoi faire écran à sa “peur” de l’extérieur, qu’elle décrit elle-même.

Avec AFP

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