Maltraitances : Les parents de Gabin, aux assises

Les parents de Gabin, décédé en 2013 sont jugés à partir de mardi à Guéret (Creuse) pour avoir privé leur enfant d’aliments et de soins. Un médecin qui n’avait pas signalé le péril du garçon sera jugé en 2020.

Gabin avait 22 mois. Malgré un massage cardiaque de près de 40 minutes, les urgentistes du Smur de la Creuse ne parviennent pas à le ramener à la vie, ce 7 juin 2013. Quelques heures après sa mort, un médecin a la difficile tâche d’examiner le bambin et de déterminer les causes de la mort. Il relève la « maigreur extrême de l’enfant en apparence très dénutri et dont on peut voir et compter les côtes ». A 22 mois, Gabin ne pèse que 5,8 kg.

Le légiste note aussi « des traces de saleté extrême aux mains, des stigmates de saleté manifeste au pubis et aux racines des membres inférieurs ». Selon lui, Gabin a souffert, durant ses dernières heures, d’une « déshydratation extrême ».

Le père incapable de donner les dates de naissance et de mort de son fils

En quelques lignes d’un froid rapport d’autopsie, le médecin résume une courte vie de souffrance. A partir de ce mardi et jusqu’à vendredi, ses parents, Edouard R. et Céline V., 40 et 34 ans, sont jugés devant la cour d’assises de la Creuse pour « privation de soins ou d’aliments suivie de mort ». Le médecin de la famille, un temps renvoyé devant les assises, sera finalement jugé en 2020 devant le tribunal correctionnel pour « non-assistance à personne en péril ». « Ce procès est celui de l’indifférence et de la négligence, estime Me Yves Crespin, avocat de l ‘association l’Enfant bleu, seule partie civile dans ce dossier. On est face à des parents qui ont simplement abandonné leur enfant. » Le père reconnaîtra même, durant l’instruction, être incapable de donner les dates de naissance et de mort de son fils.

Pendant 22 mois, Gabin aura ainsi vécu comme oublié par sa famille, entre une mère dépassée et un père alcoolisé. Tous deux étant enfermés dans d’importants problèmes financiers. Au domicile de la famille, les enquêteurs découvrent lors de perquisitions « des vêtements qui jonchaient le sol, des détritus qui encombraient la cuisine, le réfrigérateur contenait des denrées périmées, écrit la juge d’instruction dans son ordonnance de mise en accusation. La literie présentait un très grand état de saleté, empestait l’urine. » Le symbole, pour la juge en charge du dossier, d’une « incompétence manifeste » des parents.

Un seul demi-biberon pour ses trois derniers jours de vie

Un enfant privé des soins élémentaires donc, mais surtout « manifestement privé d’aliments, de manière chronique, puis de manière particulièrement prononcée au cours de ses dernières semaines de vie ». De l’aveu même d’Edouard R., Gabin n’a « pris qu’un demi-biberon » durant ses trois derniers jours. Céline V. ne se souvient pas non plus avoir nourri Gabin le jour de sa mort. Tout juste le trouvait-elle « fatigué »…

Depuis plusieurs mois pourtant, l’enfant avait perdu beaucoup de poids. Au cours de l’hiver 2012, une infection pulmonaire lui a fait perdre cinq kilos. Preuve d’un état de santé dégradé, l’enfant avait même arrêté de marcher depuis décembre 2012.

«Ce procès doit être un signal d’alarme pour tous les médecins»

Des éléments qui ne semblent jamais avoir réellement alerté le docteur V., le médecin traitant de Gabin. A sept reprises entre le 25 janvier 2012 et le 25 avril 2013, il a ausculté Gabin, sans jamais percevoir « le moindre danger » ni « de signe objectif de mauvais traitement ». Une contre-expertise menée après la mort de Gabin se montre pourtant beaucoup plus sévère. En oubliant de noter la taille et le poids de l’enfant, le docteur V. aurait fait preuve d’une « abstention fautive ». « Le fait que l’enfant ne marche pas à l’âge de 20 moi aurait dû l’alerter et orienter Gabin vers une équipe pédiatrique », estime aussi la contre-expertise.

Initialement renvoyé devant la cour d’assises, le praticien de 61 ans sera finalement jugé en 2020 devant le tribunal correctionnel. Il sera toutefois entendu par la cour d’assises cette semaine. « Ce procès doit être un signal d’alarme pour tous les médecins, estime Me Yves Crespin. Seulement 5 % des signalements viennent des médecins, alors qu’ils sont les mieux placés pour voir qu’un enfant est en danger. Cet enfant aurait pu être sauvé. » Contactée, l’avocate des parents de Gabin n’était pas joignable.

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