Il a tué et démembré sa compagne : l’historien russe Oleg Sokolov était déjà accusé de violences

Le meurtre sordide avoué par le professeur d’histoire suscite une controverse sur les violences conjugales en Russie et l’impunité de leurs auteurs.

La justice russe doit décider lundi du placement en détention provisoire, ou non, de l’historien Oleg Sokolov pour le meurtre de sa jeune compagne. L’audience est prévue à 14 heures locales (midi heure française). Samedi, à Saint-Pétersbourg, des policiers ont sorti le sexagénaire de la rivière Moïka en état d’ébriété. Dans son sac à dos, il transportait un pistolet d’alarme et… deux bras de femme.

Arrêté et placé en garde à vue, l’historien de 63 ans a confessé dimanche avoir tué et démembré l’ancienne étudiante qui partageait sa vie, Anastassia Echtchenko, 24 ans. Selon le frère de la victime, qui dit lui avoir parlé peu avant sa mort, « c’est la jalousie » qui est le mobile du crime. « Elle lui a dit aller à l’anniversaire d’un ami étudiant. Il l’a passée à tabac, elle est sortie quant même, puis elle est rentrée… », a confié Sergueï Echtchenko au site d’information RBK.

Les techniciens de la police de Saint-Pétersbourg ont sondé la rivière Moïka en quête des restes de la jeune femme/AFP.
Les techniciens de la police de Saint-Pétersbourg ont sondé la rivière Moïka en quête des restes de la jeune femme/AFP.  

Des associations voient dans cette sordide affaire un nouveau symptôme des violences faites aux femmes en Russie, où elles sont décriminalisées depuis 2017. « Il ne faut pas attendre qu’une victime se fasse exécuter, il faut faire de la prévention », s’insurge sur Facebook une militante pour les droits des femmes, Alena Popova.

Dénonçant un système judiciaire « pourri qui protège les hommes violents jusqu’au moment où l’on a un cadavre », elle estime que « ce meurtre aurait pu être empêché ». Car Oleg Sokolov, selon le quotidien populaire Moskovski Komsomolets, avait déjà été accusé de violences contre au moins une de ses étudiantes.

Attachée à une chaise, menacée d’être marquée au fer rouge

Une pétition lancée sur le site Change.org avait même recueilli 5.300 signatures en quelques jours, fustigeant l’inertie de la direction de l’université, et l’accusant d’avoir fermé les yeux sur le comportement « monstrueux » du professeur.

Une étudiante qui avait eu une liaison avec lui en 2008 avait déposé une plainte à la police à l’époque. Il l’aurait attachée à une chaise et frappée au visage, menaçant de la marquer au fer rouge parce qu’elle voulait le quitter, selon Moskovski Komsomolets qui publie la plainte.

Les auteurs de la pétition ont adressé leur texte à Vladimir Poutine, ancien élève de cette université, et réclamé la démission du doyen et d’autres responsables. Aucune mesure disciplinaire n’a été prise à l’encontre du professeur. « C’est une preuve de l’impunité dont bénéficient (en Russie) les hommes violents », s’insurge Alena Sadikova, qui dirige le centre Kitej d’assistance psychologique aux femmes.

L’immeuble où vivait Oleg Sokolov à Saint-Pétersbourg/AFP
L’immeuble où vivait Oleg Sokolov à Saint-Pétersbourg/AFP  

Auteur de plusieurs livres dont certains traduits en français, Oleg Sokolov était titulaire d’une chaire d’histoire à l’université d’Etat de Saint-Pétersbourg. Il a été décoré de la Légion d’honneur en 2003 et a travaillé comme conseiller sur des films et documentaires sur Napoléon.

Il aimait aussi interpréter les rôles de l’empereur ou de ses généraux dans des reconstitutions historiques de grandes batailles du Premier empire. Employé par ailleurs par l’Issep, l’école fondée par l’ancienne députée d’extrême droite Marion Maréchal, il en a été limogé immédiatement à l’annonce de son arrestation.

Avec AFP

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