Isère : 5 et 20 ans de prison pour un couple salafiste qui a causé la mort de son bébé

La petite Hafsa est décédée à l’âge de 15 mois en mars 2017 d’une péritonite et du syndrome du bébé secoué. Leurs parents s’étaient coupés du monde a priori en raison d’une pratique religieuse rigoriste.

Accusés d’avoir causé la mort de leur petite fille de quinze mois en 2017, deux parents salafistes ont été condamnés ce jeudi par la cour d’assises de l’Isère à 18 ans de réclusion criminelle pour le père et cinq ans d’emprisonnement pour la mère. Mercredi, l’avocate générale avait requis 20 ans de prison contre le premier et 12 ans de réclusion criminelle contre la seconde.

La cour d’assises a reconnu Sami Bernoui, le père âgé de 26 ans, coupable de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, violences volontaires et habituelles, et privation de soins. Par décision spéciale, la cour a également prononcé le retrait total de l’autorité parentale du jeune homme sur son deuxième enfant, un petit garçon placé en famille d’accueil.

Concernant Noémie Villard, la mère âgée de 22 ans, la cour d’assises l’a condamnée à cinq ans d’emprisonnement pour privation de soins et violences volontaires. C’est ce qu’avait demandé lors des plaidoiries son avocate, Me Roksana Naserzadeh, afin de lui permettre de bénéficier d’un accompagnement par un suivi socio-judiciaire – prononcé pour 10 ans – possible uniquement avec une condamnation pour violences volontaires.

« Entièrement de (la) faute » de Sami Bernoui

La jeune femme n’a en revanche pas été condamnée pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Le mandat de dépôt n’a pas non plus été prononcé contre elle : Noémie Villard n’est donc pas retournée en détention à l’issue de l’audience. Avant son procès, elle avait fait 19 mois de détention provisoire, était en liberté sous bracelet électronique et avait entamé une réinsertion professionnelle.

Elle a notamment l’obligation de ne pas entrer en relation avec Sami Bernoui. Mais la cour n’a pas prononcé le retrait de l’autorité parentale contre la jeune femme, qui pourra rester en relation avec son fils. Avant les sept heures de délibéré, Noémie Villard avait dit devant la cour et les jurés que sa « plus grosse peine » était que sa fille Hafsa ne soit « plus là et qu’elle ne reviendra pas ».

Sami Bernoui avait considéré que ce drame était « entièrement de (sa) faute ». « Je n’ai jamais su aimer ma fille comme je devais l’aimer et je n’ai pas su lui donner l’amour dont elle avait besoin ».

Un premier signalement en janvier 2016

« Les deux parents ont contribué à l’état de cette enfant jusqu’à son décès » le 1er mars 2017, causé par une péritonite et un syndrome du bébé secoué, avait affirmé l’avocate générale pendant son réquisitoire. Fustigeant « l’immaturité totale, l’irresponsabilité globale et complète » des deux accusés, elle avait vu chez eux « une sorte de fuite en avant ». « L’image que vous donnez (face aux services sociaux notamment, ndlr) n’est pas conforme à votre vie. Rien est normal dans votre façon de vivre », avait-elle asséné à ce couple, qui s’était coupé du monde a priori en raison de sa pratique religieuse rigoriste.

La représentante du ministère public avait aussi reconnu que la justice aurait pu mieux agir : un signalement au procureur dès janvier 2016 aurait dû être suivi par l’ouverture d’une information judiciaire. Malgré huit fractures costales décelées par le CHU de Grenoble quand la petite fille avait été hospitalisée à l’âge de deux mois, un classement sans suite avait été décidé.

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