Suisse: Un retraité jugé pour abus sexuels sur sa petite-fille de 16 ans

«Tu aimerais qu’il te prenne par derrière pendant que je te fais l’amour? (émoticône de coeur)» Cru, le SMS a été écrit à sa petite-fille Audrey* par Richard*, Un Fribourgeois alors âgé de 70 ans, à deux semaines de la majorité de la jeune femme. C’était le premier lundi de l’été 2018, en fin d’après-midi. Dans la nuit qui a suivi, le septuagénaire avait été surpris par son épouse dans la chambre de l’ado.

Le lendemain matin, en inspectant le téléphone mobile d’Audrey, la grand-mère avait découvert avec effroi l’existence de messages à caractère sexuel échangés entre son mari et leur petite-fille. Le conseiller en assurances sera incarcéré le jour-même. Il avait notamment envoyé une semaine plus tôt un message encore plus explicite à celle qui était apprentie employée de commerce, évoquant la perspective de pénétrations avec le propre frère du retraité «pendant toute une après-midi»; SMS qui se conclut par un «Mmmm j’ai vraiment envie mon amour».

Ce mardi, le grand-père pervers devra répondre d’actes d’ordre sexuels sur une enfant, contrainte sexuelle, violation du devoir d’éducation et pornographie, pour des faits remontant aux 13 ans de la Fribourgeoise, jusqu’à ses 17 ans.

Richard bénéficie entre temps du soutien de la grand-mère de l’ado – qui a rapidement regretté sa dénonciation – ainsi que de la mère Audrey. Et surtout de la victime elle-même, qui avait demandé à être retirée de la procédure pénale deux mois après être devenue majeure. «Je ne veux plus entendre parler de cette enquête concernant mon grand-père et je ne veux plus parler de celui-ci (…) Je suis majeure et libre de mes choix», écrira-t-elle.

Masturbations réciproques, un soir sur deux

Signe particulier de cette sordide affaire: la mère de la future employée de commerce avait emménagé dans la maison de ses parents lorsque ses deux fillettes avaient entre 5 et 2 ans. Deux ans plus tard, elle sera victime d’un grave accident de la route, qui ne lui permettra plus de vivre de manière autonome. Si bien que le conseiller en assurances (alors âgé de 59 ans et décrit comme autoritaire) ainsi que son épouse se sont occupés à la fois de leur fille et de leurs petites-filles.

«L’accusé a progressivement pris une place centrale dans la vie de la victime, se substituant à son père, qu’il critiquait et qu’il dénigrait ouvertement devant elle», stipule la procureure Yvonne Gendre dans son acte d’accusation. La magistrate prétend que le conseiller en assurances a noué une relation «quasi-exclusive» avec Audrey dès ses 13 ans, en la coupant des jeunes de son âge. Si bien que l’ado «idôlatrait son grand-père», lequel aurait exercé sur elle «une grande influence intellectuelle, en la flattant et en lui faisant croire qu’ils partageaient ensemble des choses profondes et hautes.» Des activités comme les visites guidées de la cathédrale du chef-lieu, les livres anciens ou l’astrologie. «Il a profité de la naïveté de sa petite-fille pour lui faire croire à une relation amoureuse», estime la représentante du Ministère public.

Il n’est pas contesté qu’à partir des 14-15 ans de la Fribourgeoise, Richard lui a fait visionner des films pornographiques et lui a raconté ses expériences sexuelles. Dès cette période, le retraité embrassait l’ado sur la bouche et la caressait. Le grand-père a ensuite commencé à masturber sa petite-fille, notamment avec l’aide d’un vibromasseur qu’il lui avait acheté. Et vice-versa. Le tout dans leurs chambres respectives, mais aussi au salon ou dans le garage. Tous les deux ou trois soirs (pas moins de sept rendez-vous nocturnes sont en tout cas attestés dans les treize jours qui ont précédé l’arrestation du septuagénaire).

Lorsque l’apprentie employée de commerce avait entre 16 et 17 ans, son grand-père lui envoyait de nombreuses photos de pénis en érection, ainsi que des vidéos pornographiques. Notamment des scènes d’actes sexuels à trois.

«Imaginer un grand-père et sa petite-fille dans une relation amoureuse, c’est quelque chose d’incompréhensible, de pas facile: ça heurte la morale, les esprits, l’ordre établi», lâche l’avocat du conseiller en assurances, Me Alexandre Emery. «Devant la justice, on ne fait cependant pas de la morale mais du droit. Et en faisant du droit, j’arrive à la conclusion que mon client doit être acquitté. Sa petite-fille a fait des déclarations extrêmement claires à la police: elle a toujours été consentante, et il n’y a absolument aucun élément concret qui permette de penser qu’elle a pu être contrainte.»

Adolescente «instigatrice de certains actes»

L’infraction pénale de contrainte sexuelle nécessite notamment que son auteur exerce des pressions psychiques, rendant sa proie incapable d’une quelconque résistance. «On ne se trouve pas du tout dans ce genre de situation, puisque l’adolescente a plutôt été instigatrice de certains actes, en proposant des rencontres, prodiguant des massages, etc.», argue l’homme de loi.

Les masturbations infligées et demandées à Audrey entre ses 16 et 18 ans ne sont quant à elles pas pénales. «Aucun élément de l’enquête n’en établit l’existence avant cet âge», poursuit Me Emery. À l’exception peut-être de deux SMS, lorsque la Fribourgeoise était encore écolière (à 15 ans et demi), et qu’il appelle «ma petite étoile»: «je suis impatient de te voir et de te caresser dans le cou, et un peu plus. Mille bisous.»

«Nous démontrerons que des messages du même genre ont également été adressés à ses autres petites-filles», rétorque le défenseur. Et de concéder que les derniers échanges en vue d’un plan à trois avec son propre frère – que l’employée de commerce ne connaissait pas ailleurs pas – doivent être qualifiés d’«extrêmement choquants»: «les pulsions de l’être humain sont des fois difficiles à comprendre. Des actes préparatoires ne sont cependant pas punissables.»

Prénoms d’emprunt

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