Affaire Maëlys : 2 témoignages qui sèment le doute

La chronologie est au cœur de l’enquête. Le 30 novembre dernier, lors de la mise en examen de Nordahl Lelandais, le procureur de la République de Grenoble, Jean-Yves Coquillat, avait détaillé minute par minute la nuit du 26 au 27 août 2017 où la petite Maëlys a disparu au cours d’un mariage à Pont-de-Beauvoisin dans l’Isère. Les gendarmes s’appuient notamment sur la téléphonie, des bandes de vidéosurveillance et des témoignages. D’après le procureur, c’est entre 2h46, moment où le suspect met son téléphone en mode avion et 3h25 du matin, celui où il le désactive, «que l’homicide a eu lieu». Seulement, deux témoignages viennent contrarier cette version. Il s’agit d’un cousin de la mère de Maëlys, Christopher D., et de sa compagne, Delphine G., qui affirment avoir croisé la petite fille dans ce laps de temps.

Lors de sa première audition, selon Le Monde qui a eu accès au dossier, Christopher D. affirmait: «Vers 3h05, nous sommes allés dire au revoir à la mariée, qui était à l’entrée de la salle. Le marié était dans la salle, vers la piste de danse. En repartant pour sortir vers 3h10-3h15, j’ai croisé la petite Maëlys, qui m’a dit: “Au revoir, le papa de Léa (la fille du témoin, dont le prénom a été modifié, NDLR).” Elle était à l’intérieur.» Les horaires donnés par l’intéressé sont approximatifs et diffèrent selon ses trois auditions. Il explique lors de la dernière d’entre elles avoir dit au revoir aux mariés peut-être un peu plus tôt, entre 2h45 et 3 heures, puis être parti à «3h10 ou 3h20».

«Une chronologie impossible»

Sa compagne est, elle, plus affirmative. À la croire, ils ont dit au revoir à Maëlys entre 3h15 et 3h20. Lors de sa seconde audition par les gendarmes, elle précise s’être fixée l’heure de son retour au domicile, à 3h30, en tenant compte des dix minutes de trajet en voiture. Elle ajoute aussi avoir regardé son téléphone à 3 heures du matin avant de dire au revoir aux mariés et de croiser la fillette. C’est notamment sur ce témoignage que l’avocat du mis en examen Nordahl Lelandais compte pour contrecarrer la chronologie du procureur, «impossible» à ses yeux. «Toute l’accusation repose sur ce postulat que la petite disparaît à 2h45», avait affirmé début décembre Me Alain Jakubowicz.

La défense de Nordahl Lelandais, écroué depuis septembre, repose justement sur une disparition plus tardive de Maëlys. Pour l’heure, le suspect maintient son innocence. Selon Le Monde, le procureur de Grenoble se dit «très réservé sur les témoignages quand il s’agit de déterminer un horaire sur ce qu’on a fait lors d’un événement festif».

Vendredi 9 février, la demande de remise en liberté de Lelandais a été rejetée par la cour d’appel de Grenoble. Une première demande avait été rejetée par le juge des libertés et de la détention le 23 janvier. L’avocat des parents de Maëlys, Me Fabien Rajon, s’était «opposé» à sa remise en liberté, en insistant sur des images de vidéosurveillance, également au cœur de l’accusation. Cet appel était avant tout symbolique car Nordahl Lelandais est également mis en examen et détenu, depuis décembre, pour l’assassinat du caporal Arthur Noyer en Savoie en avril dernier. Le suspect de 34 ans était présent jeudi lors de l’audience devant la chambre de l’instruction à Grenoble. «Il n’a aucune raison de se cacher. Il a répondu aux questions qui lui étaient posées comme il l’a toujours fait», avait commenté son avocat.

Une autre disparition étudiée

La piste Nordahl Lelandais est étudiée dans le cadre de la disparition en 2009 de Coralie Moussu, une Gardoise de 32 ans dont le corps avait été retrouvé dans le Rhône un an plus tard. «Le Parquet de Nîmes a écrit fin janvier au juge d’instruction chargé du dossier Lelandais, pour lui demander de vérifier sa présence éventuelle dans le Gard à l’époque des faits», a indiqué Me Patrick Gontard, l’avocat de la famille de la jeune femme. «C’est une piste à creuser, ce n’est absolument pas une certitude absolue, il s’agit uniquement de voir si cette porte peut être refermée».

Onze autres familles de personnes disparues, venues de l’Isère, des deux Savoie et de la Drôme, se sont réunies le 1er février à Lyon afin d’échanger des informations et d’essayer de savoir si leurs proches ont pu croiser le parcours de cet homme, tantôt surnommé «Nono le barjo» ou «Nono le pyro».

source le Figaro

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