Paris : une jeune fille au pair harcelée sexuellement par le médecin qui l’employait

L’homme doit comparaître le 15 janvier devant le tribunal correctionnel de Paris pour des faits de travail dissimulé et harcèlement sexuel commis sur une jeune femme de 25 ans.

Elle a résisté pendant près d’un an avant de s’effondrer. Et de porter plainte. Cassandra (le prénom a été modifié), 25 ans, vient d’être confrontée à son ex-employeur, médecin à Paris, alors que ce dernier était entendu, dans le cadre d’une garde à vue, dans les locaux du commissariat du XIIIe arrondissement.

À l’issue de son audition par la police, le 12 décembre, le suspect, âgé de 64 ans, s’est vu signifier sa convocation, le 15 janvier prochain, devant le tribunal de grande instance de Paris pour être jugé pour « harcèlement sexuel » et « travail dissimulé ». Et, d’ici là, il s’est vu interdire d’entrer en contact avec la victime. Selon nos informations, le docteur mis en cause a nié en bloc les accusations portées par son ancienne employée.

Originaire du nord de la France, Cassandra avait été engagée comme responsable dans une boulangerie à son arrivée à Paris en 2016. Deux ans plus tard, elle est débauchée par le médecin qui lui propose de devenir jeune fille au pair afin de s’occuper de ses deux enfants en bas âge. Le docteur assorti sa proposition d’une offre de logement, à titre gratuit, dans un studio. « Je devais être payée 1200 euros net par mois et ne plus avoir de loyer à payer, c’était très intéressant, reconnaît aujourd’hui la jeune femme. J’ai commencé par faire quelques heures de baby-sitting le week-end avant d’être engagée à plein temps. »

«Son esclave personnelle, sa nounou attitrée»

Après quelques semaines passées à gérer le quotidien des enfants de son employeur, Cassandra fait l’objet de remarques répétées à connotation sexuelle. « J’ai eu droit à des questions sur mes origines avant de m’entendre dire que j’étais son esclave personnelle ou sa nounou attitrée, révèle-t-elle. J’ai ensuite eu droit à des remarques pesantes sur mon physique et à des envois de SMS dans lesquels il faisait tout le temps référence à ma poitrine… »

Pis : la jeune femme assure aussi avoir été victime d’une dizaine de claques sur les fesses portées par son patron. Au point que ses enfants ont fini par imiter leur père en s’en prenant de la même manière à leur nounou. « Il se promenait aussi simplement vêtu d’un caleçon et d’une paire de bottes de cow-boy devant moi dans son appartement, poursuit Cassandra, la voix entrecoupée de sanglots. Un jour, il m’a saisi les joues pour me faire ouvrir la bouche avant de m’enfoncer une liasse de billets dedans. Tout en me disant : c’est comme ça qu’on paye les stripteaseuses ! »

Tenir bon pour les enfants

La jeune femme, sous l’emprise financière de son employeur, – « je n’avais pas de contrat de travail, j’étais payée en espèces et je n’avais pas non plus de contrat de location pour le studio », confie-t-elle encore –, subit les fréquentes humiliations de son employeur, sans mot dire. Interrogé sur son attitude en garde à vue, le médecin s’est défendu en arguant que ses paroles étaient prononcées sur le « ton de l’humour » et qu’il était incompris des « gens démunis d’une telle ouverture d’esprit » avant de soutenir qu’il considérait son employée « comme sa fille » (sic).

Décrite par plusieurs témoins comme une jeune fille « réservée, douce, professionnelle, attentionnée et honnête », Cassandra assure avoir tenu bon pour « les enfants ». « Ils m’ont appelé maman pendant tout le temps où je me suis occupée d’eux… Je ne voulais pas les laisser tout seuls. » La jeune femme a fini par mettre un terme à cette douloureuse situation, en novembre dernier, en portant plainte.

« Le parquet de Paris a pris cette affaire très au sérieux, estime Me Manuel Abitbol, l’avocat de Cassandra. Ma cliente est soulagée par l’interdiction qui a été faite à son ex-employeur d’entrer en contact avec elle. Nous attendons désormais sereinement ce procès. »

Les accusations d’agression sexuelle pas retenues par le parquet

« Je me suis sentie comme une moins que rien, à la merci de cet homme et de son argent, témoigne encore Cassandra. Il connaissait très bien ma situation précaire et il en a profité. Il s’est permis de me traiter comme ça parce qu’il a de l’argent. Il me disait : tu es mon esclave, c’est moi qui te paie ; les filles comme toi ne demandent que ça ; tu es là pour t’occuper de mes enfants et me faire à manger et que ça saute ! »

De son côté l’avocat du médecin, Me Yves Monerris rappelle que le parquet n’a pas retenu les accusations d’agression sexuelle dans la prévention et estime que cette affaire pose deux problèmes. D’une part le statut de jeune fille au pair qui n’exige pas la signature d’un contrat avant de rappeler que cette jeune fille a été hébergée et a reçu des gratifications. Sur le harcèlement l’homme de loi estime que cette affaire va devoir ouvrir le débat sur le fait que même dans la sphère privée les « gauloiseries ne sont plus autorisées en France ».

Avec LP

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