Le combat d’une mère pour voir ses deux filles enlevées par leur père au Liban: “J’ai épuisé tous les recours”

Depuis seize mois, Clémence Rouher est au Liban pour tenter de récupérer ses filles, enlevées à Périgueux par son ex-mari. Condamné en France, ce dernier se protège derrière la justice libanaise.

En août 2018, Clémence Rouher a quitté travail et famille pour Beyrouth (Liban) après avoir obtenu un droit de visite des autorités libanaises. Son enfer avait commencé quatre mois plus tôt lorsque, après une semaine de vacances chez leur père, ses filles sont restées introuvables.

Je me suis dit : ‘La justice française est malhonnête, corrompue, raciste, donc je ne peux plus lui faire confiance.’Alfred Chidiac, père de Yasmine et Salomé

à franceinfo

« Il s’était enfui avec elles au Liban, son pays natal », raconte Clémence Rouher via WhatsApp. Un choc pour la maman de Yasmine et Salomé, 13 et 10 ans, qui avait déjà saisi le juge des affaires familiales face au comportement de son ex-mari, depuis leur divorce en 2014.

« Il ne respectait pas ses jours de garde et les gendarmes devaient souvent intervenir, il faisait manquer des jours d’école à ses filles, une enquête a aussi révélé son côté manipulateur », énumère l’avocate de Clémence Rouher, Me Pohu-Panier. « Ni le parquet de Périgueux ni celui de Bordeaux qui ont été saisis n’ont réagi à la hauteur de ce qui se tramait », poursuit l’avocate.

«L’État a fait une erreur en ne protégeant pas mes enfants»

Pire, c’est une erreur administrative qui a rendu possible l’enlèvement des fillettes. « L’interdiction de sortie du territoire que nous avions obtenu n’avait pas été enregistrée, résultat il a pu les faire monter dans un avion en Italie », pointe l’avocate. « L’État a fait une erreur en ne protégeant pas mes enfants qui se retrouvent désormais soumis à une justice qui n’en a que le nom », scande Clémence Rouher désormais confrontée à la justice libanaise. « Ici les affaires familiales sont gérées par le tribunal religieux qui accorde tous les droits au père, la mère n’a aucun droit », résume-t-elle.

En octobre 2018, après six mois éloignée de ses filles, elle parvient enfin à faire appliquer son droit de visite. « Jusqu’en juin 2019, je pouvais les voir une à deux fois par semaine sous la surveillance d’une assistante sociale. Malgré tout, je leur apportais un petit plat que j’avais cuisiné pour faire comme à la maison », raconte la maman. En juillet 2019, grâce à sa ténacité et avec un avocat libanais, elle obtient une première victoire : celle de faire juger sa situation par le tribunal civil. « C’était une première historique. »

Le comité de soutien appelle à l’aide

Mais le combat n’est pas terminé, désormais elle se bat pour l’exequatur rendu en juin 2018, contre laquelle son ex-conjoint a fait appel. « C’est une procédure qui permet de faire appliquer à l’étranger une décision de justice française », explique-t-elle. La condamnation du père, en octobre 2019, par le tribunal correctionnel de Périgueux pourrait peser dans la balance : cinq ans de prison avec mandat d’arrêt, pour enlèvement.

Aujourd’hui, après seize mois de combat à ses côtés, le comité de soutien pour le retour de Yasmina et Salomé vient d’interpeller l’État français « pour qu’il accélère la prise de décision du Liban ». Pour soutenir « cette super maman », le comité a aussi lancé une cagnotte sur Leetchi. « Chaque audience est payante, les frais d’avocats sont très élevés et les prix ont été multipliés par trois depuis le début des manifestations dans le pays », détaille Clémence Rouher. Le prix à payer pour pouvoir voir ses filles quelques heures par semaine, en attendant son vœu le plus cher, « qu’on rentre toutes les trois à Périgueux ».

D’après LP

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