Un prétendu réseau de violeurs à l’UCL: c’était un fake lancé sur les réseaux sociaux

Une histoire pour le moins sordide a tenu en haleine des milliers d’étudiants de l’UCL la semaine dernière. Sur le groupe Facebook UConfessions, Sarah, une jeune étudiante à Louvain-la-Neuve, y a décrit, en sept épisodes, les agissements d’un prétendu réseau de violeurs opérant dans la cité estudiantine. Sauf qu’en réalité, Sarah n’est pas une fille, et toute l’histoire était une fiction.

Tout a commencé le 31 décembre dernier. Peu avant midi, une publication apparaît sur le groupe Facebook UConfessions. Une page sur laquelle, comme son nom l’indique, les étudiants de l’université peuvent partager des confessions de manière anonyme. La plupart du temps, on y retrouve des messages humoristiques. Mais à la veille de la nouvelle année, la lettre écrite par une certaine Sarah n’avait absolument rien de drôle.

Comme elle l’explique, la jeune femme, Namuroise d’origine, a débarqué à LLN en septembre pour y suivre un Master en sciences de gestion. Et elle avait l’intention de se “dévergonder” un peu dans la ville où la fête ne s’arrête pour ainsi dire jamais, du moins pendant l’année scolaire.

Des étudiants se faisaient passer pour des agents de sécurité pour droguer et violer des filles

Cela dit, Sarah ne s’attendait certainement pas à vivre une expérience aussi traumatisante lors de sa toute première nuit au kot. En pleine nuit, elle est réveillée par un bruit de verre brisé provenant de la salle commune. Elle se lève, s’y rend et découvre avec effroi Patrick, son cokoteur, assis dans un fauteuil et qui la fixe du regard avec un doigt posé sur la bouche: “Chuuut”, lui dit-il. “Au sol, adossé contre la table, se trouve un homme portant une veste noire avec le logo de ******** sur l’épaule. Son bras est en sang et il est inanimé. Je lâche mon téléphone et je crie”, écrit la jeune femme. 

Que s’est-il passé ensuite? Pour le savoir, les internautes devront attendre le lendemain. Pendant une semaine, ce sont ainsi sept “épisodes” qui seront publiés quotidiennement sur la page. On y apprend notamment que le fameux Patrick est à la tête d’un réseau d’étudiants qui se font passer pour des agents de sécurité, droguent les filles pour ensuite les emmener au kot et les violer. 

 “Leur mode opératoire était simple. Patrick se procurait le GHB (la drogue du viol, NDLR). Quand un des membres du groupe avait envie de violer une fille, il envoyait un message à Patrick avec le nom de la fille, la date et l’endroit où elle se rendrait. Patrick s’arrangeait pour droguer la fille à son insu, pendant que son client attendait, affublé d’une veste de vigile afin d’inspirer la confiance à la fille droguée et à ses amis inquiets. Il ne lui restait plus qu’à la cueillir, et elle ne se rappellerait de rien le lendemain”, peut-on lire dans le dernier épisode publié ce lundi 6 janvier.

Quand l’histoire dépasse la fiction

Durant une semaine, les milliers d’étudiants qui ont suivi l’histoire se sont demandé si elle était bien réelle, et donc inquiétante, ou s’il s’agissait tout bonnement d’une fiction. Le couperet est finalement tombé ce lundi soir: tout était inventé, avoue l’auteur, qui ne s’appelle pas Sarah et qui n’est d’ailleurs pas une fille. Dans une ultime publication, il explique sa démarche. 

“Je ne viens pas d’arriver à Lou­vain-la-Neu­ve, je ne m’appelle pas Sarah, je ne suis pas une fille. L’histoire que je vous ai racontée n’est pas une histoire vraie, même si elle se passe à Louvain et que beaucoup de détails la rendent réaliste. Mais cela ne veut pas dire que tout ce que j’ai raconté est faux.

Cette année, aux 24h vélo, des informati­ons ont circulé selon lesquelles des filles avaient été droguées. A part dans certains cercles ou régionales, on n’en a presque pas entendu parler. Lou­vain-la-Neu­ve est une ville géniale, à l’ambiance unique, mais cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas s’y passer des choses graves. Des monstres, il y en a partout.

En novembre, à Bruxelles, une fille a été embarquée par un faux taxi « collecto », avant d’être violée par un homme qui portait un uniforme de la STIB. C’est de cela que je me suis inspiré pour l’histoire des faux gardes de sécurité.

Bien entendu, le but n’était pas d’instaurer un climat de peur. J’ai délibérément choisi de faire cela pendant le blocus afin que cela n’incite pas certains à ne plus vouloir sortir de chez eux. A chaque épisode, cela prenait une ampleur plus importante. Plus de 3.000 commentai­res par épisode, 20.000 votes sur le sondage réalité/fiction et près de 100.000 personnes atteintes par les derniers épisodes. L’impact que cela a eu a dépassé mes attentes. C’est en jouant avec la frontière entre la réalité et la fiction, en intégrant des références au monde néo-louvaniste, que ce récit a pu atteindre autant de monde, et donc que mon objectif de sensibili­sa­ti­on a pu être intégré par un si grand nombre. Je suis conscient que cela a pu interpel­ler, voire choquer, mais les meilleures campagnes de sensibili­sa­ti­on sont souvent les plus boulever­san­tes. Vous savez maintenant tous que l’histoire est fausse, mais vous avez aussi compris (si vous ne le saviez pas déjà) qu’il faut toujours rester prudent en soirée, sans bien entendu tomber dans la paranoïa.”L’auteur de la publication, ce lundi 6 janvier 2020

La police et l’université contactées

On l’a compris, son but était donc de sensibiliser les étudiants sur les dangers que peuvent représenter une ville étudiante comme Louvain-la-Neuve. L’auteur inconnu de partager ensuite les numéros et les sites des services d’urgence dédiés aux victimes de harcèlement et de viol.

Contactés par la RTBF, les administrateurs de la page ont confirmé qu’il s’agissait bel et bien d’une fiction. Il n’empêche, certains étudiants ont contacté la police et l’université pour leur faire part de leur inquiétude, ont-ils également précisé au service public.

Du côté des lecteurs, nombre d’entre eux ont applaudi l’auteur pour son travail -original- de sensibilisation. D’autres en revanche lui reprochent d’avoir voulu faire le buzz sur un sujet aussi délicat que celui du viol.

Laisser un commentaire