Appel d’une relaxe : Laly, 8 ans, avait été défenestrée par un camarade de classe récidiviste

Jugée pour quelques minutes d’inattention où l’un de ses élèves avait défenestré mortellement la fillette en 2015 à Périgueux, l’institutrice avait été relaxée. Mais le parquet s’oppose à cette décision et fait appel, ouvrant la voix à un nouveau procès.

« Je m’attendais à cet appel, je l’espérais du moins », reconnaît Franck Baril, le père de la petite Laly, cette enfant de 8 ans défenestrée par un camarade de classe le 8 janvier 2015 à Périgueux, en Dordogne. Le parquet d’Angoulême (Charente) a décidé de faire appel de la relaxe prononcée le 2 janvier à l’encontre d’Élisabeth Jaccard, l’institutrice qui avait la responsabilité de la fillette atteinte d’une trisomie 21 au moment du drame.

Jugée pour homicide involontaire, cette enseignante et directrice de l’école privée du Sacré-Cœur se voyait reprocher une faute caractérisée consécutive à son manque de vigilance au cours des trois minutes ayant précédé le drame. Le parquet avait requis 6 mois d’emprisonnement avec sursis. Le tribunal correctionnel en a pourtant décidé autrement : Élisabeth Jaccard ne possédait pas toutes les informations susceptibles d’éviter un tel accident.

Le garçon de 8 ans qui a poussé Laly par la fenêtre du premier étage était en effet atteint de violents troubles du comportement. En octobre 2013, ce même enfant avait déjà défenestré une fillette de 2 ans et demi chez une assistante familiale. L’Aide sociale à l’enfance (ASE), à qui était confié ce garçon, avait alors évoqué un simple « incident ». Retranchée derrière le secret professionnel, l’institution n’a dans ce dossier jamais été poursuivie et considère n’avoir commis « aucune faute ».

L’institutrice comprend la décision du parquet

Ainsi, seule Élisabeth Jaccard a vu sa responsabilité engagée. Elle-même s’attendait à une condamnation. « Laly est morte et ça ne sert à rien », expliquait-elle au Parisien le 2 janvier en apprenant sa relaxe. « Je continue à ne pas comprendre cette décision. Je n’ai jamais nié ma responsabilité. Alors cela me semble normal que le parquet fasse appel », avance-t-elle aujourd’hui.

Le père de Laly, lui, « ne cherche pas un coupable à tout prix. Mais ma famille ne peut souffrir sans qu’aucune responsabilité ne soit reconnue. Nous avons déposé notre fille à l’école, elle n’est pas revenue et personne ne serait responsable ? Nous ne pouvons entendre ça ! Alors peu importe la sanction, nous demandons simplement qu’une responsabilité soit pénalement établie. »

Franck Baril qui aurait souhaité des poursuites à l’encontre de l’ASE n’en veut pas pour autant à Élisabeth Jaccard. « On ne souhaite pas l’accabler, elle est aussi victime de l’ASE. »

Le père de Laly réclame un changement de loi sur le secret professionnel

De son côté, le parquet d’Angoulême n’a pas souhaité s’exprimer sur sa décision. Mais dans un réquisitoire rendu en mars 2018 et cité par le quotidien Sud Ouest, le procureur de la République Jean-David Cavaillé avait estimé qu’Élisabeth Jaccard avait été suffisamment informée par l’Aide sociale à l’enfance.

Mercredi, l’enseignante a accueilli Franck Baril et sa famille à l’école du Sacré-Cœur. Des fleurs ont été déposées dans la chapelle de l’établissement, cinq ans après le drame. « Je reste à leurs côtés, et solidaire de leur combat contre l’ASE. L’objectif, c’est de faire bouger les lignes », insiste Élisabeth Jaccard. Franck Baril appelle désormais les parlementaires à modifier la loi en matière de secret professionnel, « pour que l’ASE change sa façon de faire… Je me battrai jusqu’au bout ». Seule certitude : le procès en appel se déroulera à Bordeaux. Aucune date n’a encore été communiquée.

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