Affaire Paquita Parra : le corps de la jeune Charentaise à nouveau inhumé mardi

L’enquête sur le meurtre en 1998 de Paquita Parra progresse au moment où le juge d’instruction en charge du dossier vient d’être muté à Bordeaux. D’où l’inquiétude de la famille de la victime

Exhumé le 4 septembre dernier, le corps de Paquita Parra retrouvera, mardi prochain, sa dernière demeure dans le petit cimetière de Villebois-Lavalette, en Charente, en présence de sa famille et des experts de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN). La dépouille carbonisée de cette jeune femme de 30 ans avait été découverte à l’intérieur de sa voiture…

L’histoire de Paquita Parra

Paquita a été assassinée au soir du 3 décembre 1998 et découverte carbonisée au volant de sa Fiat Uno sur un parking de Puymoyen, près d’Angoulême.

Plus tôt ce jour-là, elle s’était présentée à la gendarmerie pour une affaire de chéquier volé. Paquita Parra avait alors demandé son placement sur écoute, inquiète pour sa vie. Son ex-petit ami, Franck C., sera rapidement accusé, placé en détention provisoire et finalement mis hors de cause en 2004. Entre-temps, une juge d’instruction sera dessaisie de l’enquête pour « partialité » et plusieurs centaines de pièces d’un dossier en comprenant plus de 3000 seront supprimées.

En 2010, une ordonnance de non-lieu viendra même clore le dossier. « Une enquête bâclée, un fiasco judiciaire », résume Christine Maze, l’avocate de la famille Parra qui a dû batailler jusqu’en 2015 pour qu’un nouveau procureur de la République d’Angoulême, Jean-David Cavaillé, rouvre ce sombre dossier.

« Trouver le coupable et pouvoir faire notre deuil »

Les enquêteurs de la section de recherches de Poitiers épluchent depuis le moindre indice et ont reçu en juin 2018 l’aide inattendue d’une… lycéenne de 16 ans. En septembre 2017, lors d’une sortie scolaire, celle-ci a découvert des documents ayant appartenu à Paquita Parra dans un bois, à quelques centaines de mètres des lieux du drame : un pull verdâtre, des cartes de fidélité Conforama ou Auchan, un badge Mousquetaire et un porte-chèques du Crédit agricole. Une banale recherche sur Internet permettra à l’adolescente de mesurer l’importance de sa trouvaille et de la confier aux gendarmes.

« Trois profils ADN ont depuis été identifiés sur ces objets. Les deux premiers appartiennent à la lycéenne et à sa mère. Le troisième est inconnu de la justice et pourrait permettre de résoudre l’affaire », dévoile aujourd’hui David Parra, l’un des cinq frères de Paquita. Lui redoute l’exhumation ordonnée par le juge d’instruction Vincent Raffray après la découverte de ce mystérieux ADN : « Déterrer Paquita, c’est irréel… Nous ne sommes pas préparés à ça, mais c’est une nécessité pour connaître la vérité ». Son frère, Jean-Marie Parra, acquiesce : « Nous avons enterré notre sœur il y a plus de 20 ans. C’est très dur, au plus profond de nous-même. Nous redoutons un nouveau coup d’épée dans l’eau, mais tout ce qu’on veut, c’est trouver le coupable et pouvoir faire notre deuil. »

« Le ou les tueurs sont déjà dans le dossier ! »

Les enquêteurs, eux, ne relâchent pas la pression. Les cinq frères Parra ont à nouveau été auditionnés ces derniers mois. D’autres protagonistes de l’affaire aussi, en toute discrétion. Leurs appels téléphoniques ont été passés au crible d’Anacrim, un logiciel d’analyse criminelle employé par la gendarmerie. « Des noms et des incohérences en ressortent », affirme David Parra qui privilégie la piste « de plusieurs coupables ou complices » et perçoit dans cette histoire de chéquier volé « l’une des clés » de l’assassinat.

Catégorique, Maître Christine Maze va même plus loin : « Le ou les tueurs sont déjà dans le dossier ! L’exhumation est un acte fort, je ne peux concevoir qu’il reste sans réponse. Carmen, la mère de Paquita, âgée de 87 ans, a besoin de savoir ». Après deux décennies d’attente, David Parra espère autant « la vérité » qu’il la redoute : « L’éventualité d’un procès aux assises me fait peur. Cela nous confrontera à l’assassin de Paquita, à ses mensonges. Ça serait une autre forme d’exhumation. Mais nous nous battons aussi pour notre mère Carmen. »

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