Tiphaine Véron : vers le chemin de la vérité après sa disparition

Pour la première fois, la famille livre tout ce qu’elle a découvert, mais surtout ce qu’elle ignore, un an et demi après la disparition de Tiphaine Véron.

La porte de la vérité a deux clefs : l’une s’appelle l’étude, l’autre la souffrance, écrivait Victor Hugo (1). Depuis la disparition de la Poitevine Tiphaine Véron au Japon, le 29 juillet 2018, la famille vérifie, jour après jour, l’impression de l’écrivain. Quelques jours avant l’organisation de la première assemblée générale (2) de l’association loi 1901, créée début décembre 2019, les proches ont envoyé un courrier à leurs contacts, notamment journalistes. Un point complet sur ce qu’ils ont découvert mais surtout ce qu’ils ignorent. Au centre d’une enquête japonaise qu’elle estime incomplète (lire plus bas), la famille dit s’engager dans un « bras de fer ».

« Convaincre la juge de l’envoi de policiers français »

« Nous réclamons une enquête franco-japonaise comme le prévoient les accords internationaux, de nouvelles et sérieuses auditions doivent avoir lieu. Des caméras de vidéosurveillance doivent encore être vérifiées et des données de téléphonie récupérées si c’est encore possible. Il faut aussi que la juge ait accès à tous les éléments du dossier, comme les traces de luminol (révélateur de traces organiques, NDLR) révélées dans la chambre de Tiphaine. Nous ferons tout pour convaincre la juge française de demander l’envoi de policiers français. » 

La famille ne croit pas à la thèse de l’accident (notamment après d’importantes recherches menées avec les spécialistes de Moutain Medic Events au mois de mai 2019). Elle souhaite désormais s’entourer « d’un véritable arsenal juridique » en recherchant notamment un nouvel avocat au Japon. Elle prépare également un nouveau déplacement au pays du Soleil levant en début d’année (date indéterminée) pour obtenir les données manquantes de l’opérateur téléphonique japonais, Softbank. Et rencontrer encore des témoins avec un interprète à temps plein. « Nous envisageons de commander une nouvelle enquête à un détective privé. »

L’association permettra la recherche de subventions

Toutes ces investigations ont un coût très important. Depuis le début des recherches, environ 50.000 € ont été dépensés (25.000 € en recherches, 15.000 € en transports, 7.000 € pour les avocats…). La création de l’association loi 1901, « Unis pour Tiphaine Véron », permettra aux proches de demander des subventions. Notamment auprès de la Ville de Poitiers et de l’État.

info@unispourtiphaine.org ; missing.tiphaineveron@gmail.com (1) Philosophie prose, 1835-1840. (2) Assemblée générale de l’association Unis pour Tiphaine Véron, samedi 11 janvier 2019, à 18 heures, Maison du peuple, à Poitiers.

Téléphonie : Free a aidé la famille

Les frères de Tiphaine ont longuement travaillé sur les données du compte Google maps de Tiphaine Véron. Les points GPS ont permis de suivre les déplacements de leur sœur dès son arrivée au Japon et jusqu’au dimanche, 11 h 40, où sa trace disparaît (fin de la connexion wifi). « Nous avons la certitude que Tiphaine se trouvait bien dans l’hôtel jusqu’à ce moment-là, affirme la famille. Elle est restée dans sa chambre d’hôtel pour faire des recherches, des réservations de trains et d’hôtels, pour vérifier son compte bancaire et étudier ses itinéraires du jour (temples et sites des bouddhas). » Mais il manque toujours les données de bornage de l’opérateur japonais Softbank. Elles permettraient de savoir où était Tiphaine après son départ de l’hôtel et jusqu’à sa disparition. « Désespérés, nous avons écrit à Xavier Niel (Free). Avec son équipe, il nous a aidés à comprendre pourquoi : dès 18 h 11, le 29 juillet 2018, le téléphone de Tiphaine ne fonctionnait plus pour une cause irrégulière (chute du téléphone, batterie enlevée, téléphone submergé…) » La famille attend toujours de la police japonaise et de Softbank les données comprises entre 11 h 40 et 18 h 11, pour comprendre.

Une enquête japonaise bâclée ?

En mai 2019, deux membres de la police judiciaire de Poitiers étaient partis à Nikko récupérer le dossier d’enquête de leurs homologues japonais. Sept mois d’attente et une traduction des 150 pages plus tard, la famille de Tiphaine Véron y a enfin eu accès. Le dossier comprend des photos, de la documentation sur le bornage du téléphone et les auditions de l’hôtelier, de sa fille, des clients de l’Hôtel Turtle Inn, au moment où Tiphaine s’y trouvait. « Des auditions menées tardivement, sous notre pression, celle de la police et de la diplomatie française. Et surtout des auditions incomplètes et extrêmement contradictoires autour du départ de l’hôtel de Tiphaine », estime la famille. « C’est très étrange : le jour de son arrivée à Nikko et avant son départ de l’hôtel, le 29 juillet 2018, les propos de tous les témoins concordent. Mais à partir de 10 heures (heure de son départ supposé), les versions de tous diffèrent. Comment se fait-il que ces vérifications n’aient pas été creusées, les versions confrontées ? Les témoignages divergent d’autant plus que le départ de Tiphaine de l’hôtel n’aurait pas eu lieu avant la fin de matinée, d’après les informations de géolocalisation que nous avons réussi à obtenir. »
Les proches évoquent un « manque d’expérience » de la police japonaise et deux spécificités culturelles pour l’expliquer : les Japonais ne cherchent pas leurs disparus, conséquence des phénomènes des « évaporés » (disparitions volontaires). Et même si la criminalité est officiellement faible au Japon, la découverte de cadavres (parfois démembrés) n’entre pas dans la comptabilité criminelle tant que l’affaire n’a pas été résolue. Malgré l’insistance des autorités à montrer aux proches la tranquillité d’une ville touristique comme Nikko, ces derniers affirment avoir découvert des cas d’agressions dans le passé et des profils de délinquants sexuels.

LES DATES CLES

27 juillet 2018 : Tiphaine Véron atterrit à l’aéroport international de Tokyo. Elle doit passer trois semaines de vacances dans le pays.

29 juillet 2018 : descendue dans un hôtel de Nikko, dans une ville touristique à 150 km de la capitale, elle est officiellement portée disparue.

6 août 2018 : la sœur et les deux frères de Tiphaine participent aux recherches avec les policiers nippons. Anne Désert, la maman, adresse un courrier au président de la République, Emmanuel Macron, pour « réclamer plus de moyens de recherches ».

9 septembre 2018 : Sibylle Véron, sa sœur, lance un appel aux touristes à Nikko pour savoir s’ils disposent de photos.

17 octobre 2018 : Sibylle Véron interpelle Emmanuel Macron dans la cour de l’Élysée à l’occasion de la visite du Premier ministre japonais, Shinzo Abe.

10 novembre 2018 : près de 500 citoyens participent à une marche à Poitiers « pour retrouver Tiphaine ».

20 février 2019 : l’enquête est au point mort. Une déclaration de « présomption d’absence » est déposée au tribunal d’instance de Poitiers.

Du 7 au 17 mai 2019 : une mission de recherches est organisée et financée par la famille au Japon avec des spécialistes du secours en montagne. En vain.

Du 24 juillet au 1er août 2019 : Anne Désert et Damien Véron partent au Japon pour organiser une manifestation à Nikko, un an jour pour jour après sa disparition.

Le 26 juillet, Anne Désert lance un appel vidéo sur YouTube depuis Tokyo pour demander à d’éventuels témoins de se manifester. 

Du 4 au 6 août 2019 : nouvelles recherches menées à terre autour de l’hôtel avec Damien Véron, cinq bénévoles et sept chiens de Japan Rescue Dog. Sans résultat.

Avec La NR

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