Paris : Un homme jugé pour complicité du délit d’agressions sexuelles sur mineur de 15 ans

Un homme doit être jugé ce lundi à Paris pour “complicité du délit d’agressions sexuelles sur mineur de 15 ans”. Il est soupçonné d’avoir commandité et regardé en direct, via internet, des actes commis sur des enfants, notamment philippins. Un phénomène que les enquêteurs français disent être en pleine expansion.

Agressions sexuelles, viols, “voire pire encore” selon un enquêteur : la description des faits commis sur commande dans les réseaux de “live streaming” pédophiles donne l’impression de plonger dans un catalogue de l’horreur. D’autant que les victimes sont des mineurs, pré-pubères, parfois bébés“Le live streaming est un phénomène qui est apparu il y a cinq ou six ans en France. Il s’agit d’un achat sur internet, ou sur le dark web, d’une séquence de viol ou d’agression sexuelle, ou pire même, en direct, par un commanditaire, en général occidental, parfois français“, explique Philippe Guichard, à la tête de l’Office central de répression des violences faites aux personnes (OCRVP), l’organisme de la police chargé des enquêtes en la matière lorsque des Français sont soupçonnés d’être impliqués.

Le paiement se fait, via internet toujours, auprès d’un “money runner”, qui fait ensuite exécuter devant la caméra les actes “commandés”, généralement sur des enfants qui se trouvent en Asie du Sud-Est. “La plupart des affaires que nous traitons, ce sont des mineurs qui sont violés, agressés, dans des pays émergents et surtout aux Philippines. C’est le pays-cible, en ce moment, des commanditaires, notamment l’île de Cebu, qui est un peu spécialisée sur ce phénomène, malheureusement“, poursuit Philippe Guichard.

15 000 images pédopornographiques trouvées dans son téléphone et son ordinateur portables

D’où l’importance d’une collaboration au niveau international entre les différents services d’enquête. Ainsi, dans le cas du Français de 50 ans qui doit être jugé ce lundi après-midi devant le tribunal correctionnel de Paris, ce sont les services américains qui ont alerté les enquêteurs français en 2013. 

À cette époque, l’homme, pilote de ligne, vit à Singapour et travaille pour une compagnie qui dessert la région. Au moment des faits, il n’y a pas de collaboration avec les autorités singapouriennes, il faut donc attendre le retour en France du suspect, en août 2014, pour l’interpeller. Impossible, également, d’aller fouiller dans ses affaires à son domicile étranger, mais ce qu’il a sur lui au moment de son interpellation suffit amplement aux enquêteurs : environ 15 000 images pédopornographiques sont alors trouvées dans son téléphone et son ordinateur portables.

L’analyse des transactions financières de cet homme (chaque séquence vaut 30 à 100 dollars) et de ses échanges de messagerie laissent penser que le quinquagénaire s’apprêtait à lancer son propre réseau de “streaming”. Le pilote doit être jugé pour “complicité du délit d’agressions sexuelles”, mais également “détention, importation, diffusion et consultation habituelle d’images pédopornographiques”. Certains des enfants que l’on voit sur ces photos et vidéos ont moins de trois ans. Le prévenu risque jusqu’à dix ans de prison. Incarcéré en détention provisoire pendant la durée maximale de deux ans, il est désormais libre sous contrôle judiciaire, avec interdiction de quitter la France.

Cette affaire, la première jugée à Paris, devrait en annoncer d’autres : des dizaines de dossier impliquant des Français sont actuellement étudiés par l’OCRVP. Les enquêteurs collaborent notamment avec les organismes de transactions financières. Tous ces cas sont désormais centralisés par le parquet de Paris. Et le phénomène semble amené à s’amplifier : “On a même peur d’être dépassé par les événements“, confie un enquêteur.

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