Affaire Katell Berrehouc : Pourquoi le suspect, arrêté il y a deux ans, a été remis en liberté

Le meurtre de Katell Berrehouc, une étudiante d’Auvers-sur-Oise, est une affaire qui aurait pu rester dans les archives de la justice comme un “cold case”. Vingt-trois ans plus tard, le dossier a rebondi. Un suspect a fini par être identifié.

Mis en examen 23 ans après les faits à la faveur d’une expertise ADN, le suspect du viol et du meurtre de Katell Berrehouc a finalement été remis en liberté en novembre 2019.

  • Katell Berrehouc, 19 ans, a été retrouvée morte, à moitié nue sur le lit de ses parents à Auvers-sur-Oise en 1995.
  • Alors que les enquêteurs s’étaient cassé les dents sur l’affaire pendant plus de deux décennies, un homme avait fini par être confondu par son ADN en 2017.
  • Mais en novembre, la cour d’appel de Versailles l’a finalement libéré après dix-huit mois de prison.

Dans la voix d’Alain Berrehouc, il y a de la colère bien sûr. De l’incompréhension aussi. Mais surtout de la peur. Celle de ne jamais connaître la vérité sur l’assassinat de sa fille Katell, perpétré en 1995 à leur domicile d’Auvers-sur-Oise (Val-d’Oise). Alors que les autorités avaient mis 23 ans à appréhender un suspect, celui-ci a obtenu sa remise en liberté, le 22 novembre, auprès de la cour d’appel de Versailles (Yvelines). En détention provisoire depuis dix-huit mois, Cyril E. attendait de comparaître devant une cour d’assises pour « viol » et « meurtre ». « Et d’un seul coup, il est libéré, souffle Alain Berrehouc. Je ne comprends pas pourquoi… »

La cour d’appel de Versailles n’a pas vraiment motivé sa décision. Mais l’avocat de Cyril E. avance une explication. « Mon client avait été mis en examen sur la base d’un seul rapprochement statistique ADN contestable, confie Sylvain Cormier. J’ai repris le dossier à l’automne. Quand j’ai découvert cela, j’ai déposé une demande de mise en liberté qui a convaincu la cour d’appel. Cette affaire n’a pas encore livré tous ses secrets… »

Allongée à moitié nue sur le lit de ses parents

L’affaire remonte au 11 mai 1995. De retour du collège ce jour-là, le jeune frère de Katell découvre son corps sans vie au domicile familial. Elle est allongée à moitié-nue sur le lit de ses parents, un legging noué autour du cou. L’enquête démontre qu’elle a été étranglée dans la matinée. Mais aucune autre marque de violence physique ou sexuelle n’est découverte. La présence de traces sur son cadavre laisse toutefois penser que l’élève en hypokhâgne, âgée de 19 ans, a eu un rapport sexuel peu avant sa mort.

Pendant des années, les enquêteurs vont se casser les dents sur cette affaire. Tour à tour, ils soupçonnent un ancien camarade de l’école primaire de Katell, le facteur et même Michel Fourniret. Avant de se résoudre, faute de résultat, à clore le dossier en 2005. Mais des prélèvements ADN ont été effectués. Et en 2017, à la faveur du projet « Cold Case » lancé par le parquet de Pontoise, une nouvelle comparaison avec le fichier national des empreintes génétiques finit par livrer un nom : celui de Cyril E.

Photomontage illustrant le dossier «21e Minute» consacré aux victimes d'erreurs judiciaires.
Photomontage illustrant le dossier «21e Minute» consacré aux victimes d’erreurs judiciaires. – 20 MINUTES

>> Retrouvez notre webdocumentaire consacré aux Cold Case

Des traces ADN ou un simple rapprochement statistique ?

Vingt-trois ans après, ce courtier en assurance marié et père de famille n’a aucun souvenir de cette affaire. Arrêté, il confirme seulement qu’à l’époque des faits, il faisait du porte-à-porte pour vendre des lithographies. Et qu’il a pu donc arpenter les rues d’Auvers-sur-Oise. « Cet homme avait déjà été condamné pour vol et agression sexuelle en 1994, précise Juliette Demaldent, l’avocate d’Alain Berrehouc. Et puis, son ADN a été retrouvé sur le legging, sur le caraco de Katell mais aussi sous un de ses ongles cassés, sans qu’il parvienne à l’expliquer… »

Une affirmation que réfute aujourd’hui Sylvain Cormier. « L’analyse ADN est contestable puisqu’il s’agit uniquement d’un rapprochement statistique avec des probabilités. » L’avocat a donc demandé à la juge d’instruction de procéder à de nouvelles expertises génétiques afin d’y voir plus clair. La magistrate a toute latitude pour accepter ou refuser sa demande. Mais aussi pour renvoyer, ou non, Cyril E. devant une cour d’assises pour « viol » et « meurtre ». Sa décision devrait être connue dans les prochaines semaines.

Source avec 20 minutes

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