Charazed Bendouiou: C’est comme ça qu’on vit «quand on ne vit pas.»

Le 8 juillet 1987 à Bourgoin-Jallieu, Charazade Bendouiou, 10 ans, disparaît sans laisser de traces. Depuis 33 ans, sa sœur Ferrouze, qui avait 11 ans et demi au moment des faits, se bat pour connaître la vérité.

Aujourd’hui, l’affaire reste non élucidée. Depuis plus de 30 ans, Ferrouze Bendouiou, la sœur de Charazed qui avait 11 ans et demi au moment des faits, tente désespérément de savoir ce qui a bien pu se passer. Qu’est-il arrivé à sa sœur ? Pourquoi l’enquête a-t-elle été close au bout de deux ans seulement ? Ferrouze, 43 ans, n’a jamais cessé d’espérer des réponses.

33 passés à chercher à résoudre l’énigme de la disparition de sa petite soeur.

Charazed est l’une des disparus de l’Isère, expression consacrée pour désigner le regroupement d’une dizaine d’affaires de disparitions ou de meurtres dans les années 80. «Pour moi le temps s’est arrêté le 8 juillet 1987», le jour de l’enlèvement de Charazed, raconte Férouze.

Cet après-midi là, Férouze, 11 ans, regarde des dessins animés à la télé. Elle refuse d’accompagner sa petite soeur jouer au pied de leur HLM à Bourgoin-Jailleu, en Isère. Charazed sort alors toute seule, descend la poubelle en passant. C’est la toute première fois de sa vie qu’elle a l’autorisation de sortir sans sa grande soeur. La fillette de 10 ans ne reviendra jamais.

Que lui est-il arrivée?

Cette question est depuis restée en suspens. «Dans les heures qui ont suivi sa disparition, ma mère et moi sommes allées la chercher chez des voisins, dans le quartier. Je râlais, je ne comprenais pas. Je me souviens je disais ‘quand on va la retrouver je lui passerai un savon’», raconte Férouze Bendouiou. La police tarde à arriver, croit d’abord à un canular. Pendant 15 jours, c’est le branle-bas de combat dans le quartier. «Je voyais tout ça avec mes yeux d’enfant, je découvrais des concepts dont je n’avais jamais entendu parlé. On me parlait de pédophilie, de prédateur sexuel, de ravisseur… Je ne savais même pas que tout cela existait. Ma vie, qui était douce et heureuse, est brutalement devenue un enfer», poursuit Férouze. «Plus aucun d’entre nous ne pouvait sortir seul, on a passé l’été tous cloîtrés chez nous.»

«J’en étais à me demander si ma soeur avait vraiment existé»

Dans la torpeur des mois d’été, l’activité dans les commissariats et rédactions vire au ralenti, et la disparition de la fillette passe alors quasiment inaperçue dans le reste du pays. Dans les années 80, pas d’alerte enlèvement ou de chaîne d’information en continu. Mal conseillés, les parents de Charazed ne portent pas plainte, car on leur explique que cela pourrait «se retourner» contre l’enfant. «Les seuls journalistes à être venus nous voir sont une équipe de FR3, complètement par hasard. Ils étaient dans la région pour des inondations et ont entendu parlé de l’affaire», raconte Férouze. Un temps précieux est perdu, laissant doucement le mystère s’épaissir.

Les 30 ans qui vont suivre ne seront qu’une suite de ratés judiciaires, de bévues, de «mépris» pour la famille. «Nous n’avons jamais connu ailleurs un tel niveau de mépris social à l’égard des familles», résume Me Didier Seban, l’avocat aujourd’hui chargé du dossier.

Comment construire sa vie quand on est rongée par une absence aussi omniprésente? «Je suis spectatrice de ma vie depuis juillet 1987. J’ai vu des psys, car parfois j’en étais à me demander si ma soeur avait vraiment existé», confie Férouze. «J’ai quelques moments de bonheur, avec mes enfants, notamment, mais ça n’a pas le même goût. Avec mes enfants, je suis la pire des mères poules. Je n’ai jamais lâché la poussette de mon fils une seule fois, ou alors je le tenais par le pied. Je lui ai mis des grelots pour pouvoir l’entendre en permanence quand il est devenu plus turbulent. Dans un square, je suis pire qu’un prédateur, mes yeux ne quittent jamais, à un seul instant mes enfants. Je les fixe comme il n’est pas possible de fixer.»

«Je pense qu’elle est morte. Mais j’aimerais lui permettre de reposer en paix. Mes parents attendent eux toujours son retour, ils s’imaginent qu’une petite fille de 10 ans va frapper à la porte, un matin, ‘coucou je suis revenue’.»

Vous êtes peut-être en possession d’informations pouvant faire avancer l’enquête. Contactez la gendarmerie ou l’association N’oubliez pas Charazed.