Témoignage: Elle a été harcelée à l’école durant dix ans

Le harcèlement est un fléau, particulièrement chez les jeunes. Mais on a beau le savoir, ce problème reste trop fréquent encore aujourd’hui et ses impacts ne doivent pas être sous-estimés. Steffi 22 ans, a ainsi été victime de harcèlement scolaire durant 10 ans : de la troisième primaire jusqu’à sa dernière année de secondaire. Elle revient sur les pires années de sa vie.

“Le harcèlement et l’intimidation sont des sujets qui malheureusement me parle. Quand je lis l’histoire de quelqu’un victime de harcèlement, je bouillonne de l’intérieur, parce que je sais mieux que quiconque quelles cicatrices peut laisser le harcèlement. De la troisième primaire jusqu’à mon dernier jour de rhéto, j’en ai été victime. Avant cela, j’étais une enfant heureuse et insouciante. Je m’entendais bien avec tout le monde jusqu’à ce que je sois exclue du jour au lendemain et que trois filles de ma classe commencent à se moquer de moi. Quand je voulais participer à un jeu ou passer du temps avec d’autres enfants, plus personne ne voulait être avec moi. Je ne sais pas comment les instigatrices ont réussi, mais après un certain temps, j’ai été ignorée par presque toute la classe, comme si je n’existais pas.

Des faits minimisés par les professeurs

Ma meilleure amie de l’époque m’a même lâchée, peut-être par peur d’être elle-même exclue… Les auteurs du harcèlement ont également réussi à monter mes cousines contre moi. Elles ont été tellement menaçantes que mes cousines, ne voulaient plus me parler et refusaient même d’être vues avec moi. Ce problème a heureusement été résolu au sein de la famille, mais la fréquence des brimades à l’école n’a fait qu’augmenter, tout comme la solitude à laquelle j’étais confrontée. Au fil des années, je me suis défendue comme je le pouvais, mais le harcèlement que me faisaient subir mes camarades de classe a toujours été minimisé par les enseignants.

‘Ne réagis pas comme ça. Tu ne fais qu’aggraver les choses’ est une phrase qui me hante encore et qui à l’époque ne faisait qu’accentuer ma solitude.

Avec ce genre d’encouragement, je préférais me taire. Même à mes parents, je n’ai pas pu me confier.

Calme et renfermée

Jusqu’à ma dernière année de secondaire, j’ai été victime de harcèlement presque tous les jours, ce qui fait de moi aujourd’hui, une femme calme et renfermée. Afin de ne plus être blessée, je ne montre plus mes émotions. Je me suis enfermée sous une carapace et j’ai pensé qu’en changeant d’école, je pourrais laisser ces années de harcèlement derrière moi et enfin me faire des amies, mais ça n’a pas été le cas. Lorsque je me suis inscrite dans une autre école, j’ai bien vérifié qu’aucune fille de mon ancien établissement ne serait là. Je ne connaissais personne dans cette école, j’étais prête à mettre toutes les chances de mon côté, mais au cours de la deuxième semaine, le cauchemar a recommencé et a pris des proportions énormes.

L’impression d’être la seule à souffrir

J’ai reçu des appels téléphoniques menaçants, été victime de cyberharcèlement. On m’a lancé des objets alors que j’étais aux toilettes, volé mon vélo, jeté de la nourriture au visage…

On se moquait aussi de moi à cause de problèmes de dos persistants. Je suis atteinte de scoliose, ce qui a beaucoup amusé mes persécuteurs. Pendant 3 ans, on m’a dit que je marchais de travers juste pour attirer l’attention, alors que je souffraisà chaque instant. J’ai souffert d’une hernie, ce qui a entraîné une intervention chirurgicale. Après cela,j’ai dû rester à la maison pendant 2 mois pour récupérer, sans le soutien d’amis, puisque je n’en avais pas. C’était une période très difficile pour moi et durant laquelle je déprimais. Pas au point de vouloir en finir avecla vie, mais je me posais sans cesse la même question : ‘Suis-je la seule personneau monde à me sentir si mal ?’

Architecte de mon bonheur

En raison du harcèlement, j’ai changé d’école trois fois, mais l’histoire s’est répétée dans chaque école. Je ne sais pas pourquoi j’ai toujours été la cible de ces comportements. Cela reste un gros point d’interrogation à ce jour. Ce que j’ai appris, c’est que je suis l’architecte de mon propre bonheur, même si je porte toujours en moi les conséquences du harcèlement. Je suis extrêmement sensible : même un compliment bien intentionné peut me faire pleurer tellement je n’y suis pas habituée. Et même si aujourd’hui j’ai de vrais amis, j’ai toujours du mal à faire confiance.

La peur de faire ou de dire quelque chose de travers est toujours présente, tout comme la peur d’être à nouveau victime de harcèlement.

Je ne raconte pas mon histoire pour susciter la pitié ou pour me victimiser, mais pour que le gens prennent conscience de ce fléau. Le harcèlement est un problème grave et persistant et son impact est encore trop souvent sous-estimé. Ce n’est que depuis ma participation à une comédie musicale, où j’ai interprété une chanson qui décrit parfaitement ce que je ressentais depuis des années, que je me suis déchargée de ce fardeau. J’essaie de regarder positivement vers l’avenir. J’ai obtenu mon diplôme d’enseignante primaire et je continue à étudier pour pouvoir enseigner dans le secondaire. Il peut sembler étrange que je veuille retourner dans un environnement scolaire, mais j’ai toujours rêvé de me tenir devant une classe. Avec mon passé, une chose est sûre : je ne tolérerai jamais le harcèlement.”

L’impact du harcèlement

“Le harcèlement est un comportement systématique, causé et répété par un individu ou un groupe, entraînant des souffrances physiques et/ou psychologiques », explique Ellen Somers, coach anti-intimidation et auteure d’un livre sur le sujet.“La grande différence entre le harcèlement et les taquineries ? Avec le harcèlement, il n’est pas question d’une relation égale entre l’agresseur et la victime, il y a réellement un bourreau et une
victime. Il existe différentes formes de harcèlement, du harcèlement relationnel au cyberharcèlement, et ce à l’école, en rue ou sur le lieu de travail.”

Pourquoi certaines personnes harcèlent ?
“C’est très personnel, mais il peut y avoir plusieurs raisons à cela comme attirer l’attention sur soi ou au contraire détourner l’attention. On pourrait penser que le but premier d’un harceleur est de faire souffrir sa victime, mais il arrive que celui-ci ne se rende pas compte des conséquences à court et long terme. Pourtant le harcèlement peut avoir un impact très important sur la victime comme l’hyperventilation, les peurs sociales, le stress chronique, l’épuisement professionnel ou encore la dépression. Pour ne pas dépasser la limite, il existe une règle d’or que tout le monde devrait considérer comme majeure : traitez les autres comme vous voulez être traité.”

Peut-on prévenir le harcèlement ?
“Lorsqu’il y a eu des éléments d’intimidation entre deux parties, il est difficile de redresser la situation. Lorsqu’une personne est victime, son entourage a tendance à donner toutes sortes de conseils. Bien que cela parte d’un bon sentiment, la victime de harcèlement se sent très angoissée et a le sentiment d’être seule au monde. Sa méfiance est si grande, qu’il est plus que probable qu’elle ne tienne pas compte de ces conseils. Mais dans une classe ou en équipe sur le lieu de travail, il y a sûrement des gens avec qui la victime a ne fût-ce qu’une petite affinité. C’est en se concentrant sur les choses positives, même minimes, que le harcèlement peut cesser.”

Comment peut-on en sortir ?
“L’auteur et la victime ont chacun leur propre version des faits. La victime se sent opprimée et se place au plus bas sur l’échelle. Si elle se concentre sur les choses positives et qu’elle arrive à garder la tête hors de l’eau, elle se donnera de l’assurance et développera son estime d’elle-même. Les harceleurs s’attaquent aux plus faibles, alors montrez-vous sous votre meilleur jour.”